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Gaspillage d’eau, 230.000 puits non autorisés, usage irrationnel : l’autre sécheresse que subit le Maroc

Durant ces cinq dernières années, le Maroc a enregistré une diminution drastique de ses ressources en eau. Il s’agit certes de l’une des conséquences du changement climatique, mais l’usage irrationnel de cette denrée devenue rare est une autre facette de la pénurie qui sévit dans le Royaume.

Gaspillage d’eau, 230.000 puits non autorisés, usage irrationnel : l’autre sécheresse que subit le Maroc

Le 13 juillet 2022 à 16h11

Modifié 13 juillet 2022 à 16h49

Durant ces cinq dernières années, le Maroc a enregistré une diminution drastique de ses ressources en eau. Il s’agit certes de l’une des conséquences du changement climatique, mais l’usage irrationnel de cette denrée devenue rare est une autre facette de la pénurie qui sévit dans le Royaume.

L’eau qui se fait de plus en plus rare au Maroc, la sécheresse due au changement climatique, la baisse du niveau des barrages et des nappes phréatiques… Ces constats ont-ils changé notre rapport à l’eau ? Pas sûr.

L’usage irrationnel de l’eau est aussi l’une des causes de la situation dramatique que vit le Maroc en cette année 2022. Une cause reléguée au second plan… qui n’en demeure pas moins dramatique. Preuve en est des données et chiffres alarmants présentés le 7 juillet dernier par Nizar Baraka, ministre de l’Equipement et de l’eau, devant la commission des Infrastructures, de l’énergie, des mines et de l’environnement.

Plus de 230.000 puits non autorisés

Sur 258.931 points d’eau recensés entre mars et mai 2022 dans 66 communes et provinces, seuls 22.519 sont autorisés, selon les données avancées par le ministre.

L’exploitation non autorisée des puits, qui entraîne un usage excessif des eaux souterraines, ainsi que le pompage illégal, font perdre de grandes quantités d’eau avant même qu’elles ne soient utilisées pour répondre aux besoins en eau potable.

A ce sujet, Nizar Baraka a fait savoir, mardi à la Chambre des conseillers, que son ministère va bientôt mettre en place un guichet unique pour faciliter l’obtention des autorisations de creusement des puits. L’objectif est d’identifier le nombre de puits creusés et leur capacité afin de mieux gérer les ressources hydriques du pays.

A Safi, il faut acheminer le double du besoin en eau potable

Autre exemple frappant révélé par Nizar Baraka : « Pour approvisionner Safi en eau potable et industrielle, nous devons acheminer le double de son besoin, voire plus », a-t-il déclaré devant la commission des Infrastructures. « Pour que la ville de Safi aie un débit de 140.000 m3 d’eau par jour, nous devons y acheminer 540.000 m3/jour, soit deux fois les besoins du grand Marrakech en eau potable. »

En 1994, des bateaux d’eau potable pour Tanger

Le ministre a ainsi appelé à « changer de comportements, en particulier en période de pénurie », mais aussi à « accélérer la signature des contrats de gestion participative des nappes (30 nappes restantes) », afin d’éviter de revivre la sécheresse de la période 1990-1995, d’autant que « la période 2018-2022 est la plus sèche jamais enregistrée au Maroc ».

Pendant les années 90, « la sécheresse avait empêché l’alimentation de Tanger en eau potable. La ville avait dû être approvisionnée à partir du barrage Al Massira via des bateaux », a rappelé Nizar Baraka.

Depuis le 1er septembre 2021, « le volume des apports en eau s’élève à environ 1,83 MMm3, soit un déficit de 85% par rapport à la moyenne annuelle d’une année normale », a-t-il souligné.

La rationnement est une réalité dans certaines villes, comme Oujda, depuis février dernier. A Beni Mellal également. Sans compter d’autres villes elles aussi menacées.

« La période 2018-2022 a connu une succession d’années sèches, enregistrant des déficits annuels successifs de 54%, 71%, 59% et 85%. » Cette situation a empêché la régénération des stocks d’eau : « Au 5 juillet, les barrages au niveau national affichaient un taux de remplissage de 30,2%, correspondant à 4,87 MMm3 d’eau, contre 46,5% une année auparavant. »

« A titre d’exemple, l’apport en eau du barrage Sidi Mohamed Ben Abdellah est estimé à 51 millions de m3, ce qui équivaut à un déficit de 93% », a encore fait savoir le ministre.

La chaleur aggrave la situation

Devant la commission des Infrastructures, Nizar Baraka a fait le point sur de nombreux indicateurs, notamment la température.

« Après les années 2010, 2017 et 2020, 2021 est la quatrième année la plus chaude depuis 1981″, a-t-il indiqué, notant que « la température moyenne a dépassé d’environ 0,9°C la température normale durant la période allant de 1981 à 2010″.

Le Maroc a connu, depuis début septembre 2021 au 7 juillet 2022, une baisse des précipitations. Durant cette période, celles-ci « vont de 11,5 mm à 325 mm, soit un déficit estimé à 50% au niveau national par rapport à la moyenne des précipitations enregistrée à la même période l’an passé ».

Dans le détail, ce déficit s’établit :

entre 17 et 48% dans les bassins hydrauliques de Guir-Ziz-Ghriss, Draâ-Oued Noun, Sebou, Loukkos, Bouregreg et Chaouia ;

entre 50% et 65% dans les bassins hydrauliques de l’Oum Er-Rabia, Tensift, Souss-Massa, Moulouya et Sakia El Hamra-Oued Eddahab.

Concernant la surface enneigée, « elle a sensiblement diminué au niveau du Royaume au cours de la période 2018-2022, passant de 45.000 km2 en 2018 à 5.000 km2 en 2022, soit une baisse d’environ 89% ».

« Le nombre de jours de neige a également considérablement baissé, passant de 41 jours en 2018 à 14 jours en 2022, en baisse de 65%. »

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