Artisanat : quel a été l’impact de l’explosion des cours mondiaux des matières premières ?
Après la crise sanitaire, l’artisanat est maintenant confronté à une explosion des cours mondiaux des matières premières, ayant entraîné une très forte inflation des prix à la consommation et une spéculation qui empêchent ce secteur de rebondir. Les explications des présidents des chambres d’artisanat de Marrakech et de Fès.
Contrairement aux hôteliers qui retrouvent des couleurs grâce aux arrivées croissantes de visiteurs étrangers, les artisans doivent faire face à une nouvelle crise générée par le conflit Russie-Ukraine. Celui-ci a provoqué une énorme hausse du coût des intrants et bouleversé leur chaîne logistique.
Prix des matières premières doublé
Le président de la chambre d’artisanat de Fès nous confirme que le secteur n’est toujours pas sorti de la crise. Pour illustrer son propos, il cite l’exemple d’artisans qui ont passé commande de matières premières à un certain prix avant le début du conflit, et se sont retrouvés avec une hausse ingérable dépassant 100%.
Abdelmalek Bouteyine nous apprend ainsi que le cuivre jaune qui coûtait 70 dirhams le kilo en 2021 n’est plus disponible à moins de 170 DH/kg, tandis que le rouge qui était à 90 DH/kg atteint des sommets à 200 DH/kg.
"Halte aux spéculateurs qui profitent du contexte mondial pour imposer leurs prix"
S’il estime normal le fait de devoir s’acquitter d’une augmentation de prix, notre interlocuteur trouve beaucoup moins juste la forte spéculation engendrée récemment par certains importateurs de matières premières, qui se sont constitués en quasi-monopole sans contrôle des autorités publiques.
Au nombre de quatre, ces groupements imposent, selon lui, des tarifs de vente gonflés en organisant ponctuellement des ruptures de stocks qui provoquent, in fine, une forte inflation des produits importés.
Citant l’exemple des dinandiers qui importent trois fois par an des containers de cuivre, Bouteyine affirme que la majorité des transactions organisées par ces sociétés d’importation s’accompagne souvent d’une absence de contrôle en termes de facturation et de déclaration d’impôts auprès des services fiscaux.
« L’explosion du prix du transport par container n’a rien arrangé »
Le président des artisans de Fès évoque également la forte hausse du coût du transport par container des intrants commandés, dont le prix est passé de 9.000 à 30.000 DH avant la crise du Covid, jusqu’à 200.000 DH aujourd’hui.
Pessimiste quant à l’avenir d’un secteur qui générait en 2019 des milliards de dirhams, Bouteyine préconise un contrôle accru des autorités pour mettre fin à la spéculation. Il recommande également la création d’un mécanisme de compensation, à l’image du gaz, du sucre… et plus récemment les taxis et transporteurs touristiques affectés par la hausse du prix du gasoil.
« Une subvention publique pour compenser les hausses des prix des intrants »
Le président de la chambre d’artisanat de Marrakech plaide également pour la mise en place temporaire d’une subvention en vue de compenser la hausse du coût des divers intrants importés comme le cuivre, le verre, le bois, la colle, les clous...
En l'absence de visibilité sur la fin du conflit en Europe qui perturbe toutes les chaînes mondiales d’approvisionnement, Hassan Choumais avance que la victime collatérale qu’est l’artisanat ne retrouvera pas le même niveau d’activité ni le chiffre d’affaires de 2019 avant, a minima, l’année 2023.
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