Affaire “Samanah Country Club” : Marprom SA en liquidation
Engluée dans les tracas financiers et judiciaires, Marprom SA perd le bénéfice du redressement pour basculer dans la liquidation judiciaire. Rendu le 17 mai, ce jugement vise également ses filiales Samanah Mangement Tourism, Samanah Golf Management et Samanah Hôtels.
Fiasco consommé dans l’affaire « Samanah Country Club ». Marprom SA, société qui devait piloter « le plus beau complexe touristique de Marrakech », est officiellement en faillite. Elle a été placée en liquidation judiciaire par un jugement rendu le 17 mai 2022 (dossier n° 2018/8306/74).
La décision émane du tribunal de commerce de Marrakech. Elle frappe non seulement Marprom SA, mais aussi ses filiales Samanah Mangement Tourism, Samanah Golf Management et Samanah Hôtels. Marprom conteste sa mise en liquidation, objet d'un recours devant la cour d'appel.
En cessation de paiement depuis 2014, Marprom SA avait d’abord fait l’objet d’une tentative de redressement. Cette procédure a été étendue à ces trois filiales en 2017. A l’époque, l’idée était encore d’assurer « la continuation » de l’entreprise en cédant ses actifs et passifs. Aujourd’hui, l’ensemble du groupe bascule officiellement dans la « situation irrémédiablement compromise ».
Marprom SA est la branche marocaine de Marprom Holding SAS. Cette société rattachée au groupe français Alain Crenn est elle-même en liquidation depuis 2020, jugement rendu par le tribunal de commerce de Paris.
Entre 2006 et 2007, le groupe Crenn s’était engagé avec l’Etat marocain à réaliser le projet Samanah Country Club sur une superficie de 288 ha. Objet de deux conventions d’investissement (2,5 MMDH), ce projet avait été confié à Marprom SA qui devait réaliser un golf sur 100 ha, 600 villas et maisons de haut standing et trois hôtels 5 étoiles.
En 2011, Marprom a été cédée à Gaël Paclot et Daniel Boisson, marquant le début d’un feuilleton juridico-financier pour la société qui était déjà critiquée en raison du retard de livraison du projet.
Près de trois ans après son installation, le nouveau duo d’actionnaires a déclaré Marprom en cessation de paiement pour ouvrir une procédure de redressement. S’ensuivra une plainte pour « escroquerie » contre les anciens propriétaires, Alain Crenn et Richard Hennessy, accusés d’avoir maquillé les comptes de Marprom. Cette plainte déposée à Paris concerne également le cabinet KPMG.
Les nouveaux actionnaires font eux-mêmes l’objet d’une plainte pour « détournements ». Elle a été initiée en 2018 par Financière des voiles, qui détenait 49% des actions dans Marpom Holding, la société mère de Marprom. Par un jugement rendu en 2019, Gael Paclot et Daniel Boisson ont été dessaisis de la gestion de Marprom au profit du syndic Houcine Dinar. Chargé d'abord du redressement, cet expert-comptable a été reconduit dans ses fonctions pour mener désormais la liquidation.
Au moment de sa cession en 2011, Marprom avait été critiquée pour le retard de livraison du projet. Une centaine d’acquéreur avaient versé des avances sans obtenir leur titre de propriété, le complexe ayant été érigé sur le format de « vente en état de futur d’achèvement ».
Selon nos informations, le problème persiste à ce jour. Plusieurs de ces victimes ont même été condamnées à rembourser des crédits immobiliers engagés sur les biens en question, nous indique une source judiciaire.
Avant la mise en liquidation, des investisseurs se sont manifestés pour acquérir l’ensemble des actifs de la société et relancer le projet. Nos sources indiquent que ces offres ont toutes été rejetées, certaines dépassant les 200 MDH. Chez des acquéreurs potentiels, l'intérêt est d'actualité. Dès l'annonce de la liquidation, certains se sont renseignés en vue de se positionner sur des lots spécifiques.
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