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Fès. La médina de… Yassir Jawhar

10.000 ruelles et 300 hectares d’histoire. Le génie artisanal marocain atteint son acmé dans la capitale spirituelle, dont la médina est le cœur battant. Nous parcourons ses dédales avec le président de l'arrondissement de Fès-Médina.

Fès. La médina de… Yassir Jawhar

Le 25 mai 2022 à 12h28

Modifié 28 mai 2022 à 21h38

10.000 ruelles et 300 hectares d’histoire. Le génie artisanal marocain atteint son acmé dans la capitale spirituelle, dont la médina est le cœur battant. Nous parcourons ses dédales avec le président de l'arrondissement de Fès-Médina.

« Notre médina. » Pas la médina de Fès ou juste la médina. Quand Yassir Jawhar parle du « centre historique de Fès », le sentiment d’appartenance imprègne chacun de ses propos. Il résume en une formule forte sa relation avec sa ville : « Fès m’habite. »

Bien que le président de l’arrondissement de Fès-Médina soit un homme très occupé, il trouve le temps de nous parler de l’ancienne médina qui est en chantier. Suivre un chantier, tout en étant au plus près des attentes des citoyens, est d’ailleurs un travail à temps plein. Il faut dire que tous les projets de réhabilitation de l’ancienne médina, lancés au cours des dernières années grâce à une forte impulsion royale, lui donnent un nouvel élan, un espoir de renaissance et même de renouveau.

Yassir Jawhar, le président de la circonscription communale de Fès-Médina.

« L’Histoire du Maroc est née à partir de la médina de Fès, qui est liée à plusieurs dynasties, dont la dynastie alaouite dont nous sommes si fiers, annonce Yassir Jawhar. C’est la plus grande médina, peut-être au monde et certainement en Afrique. Ce sont 10.000 ruelles et plus de 300 hectares. Elle est le berceau d’Al Qaraouiyine, la plus ancienne université au monde. La médina est riche de ses médersas, ses fondouks, ses palais et demeures qui, aujourd’hui, sont en cours de réhabilitation. Et beaucoup sont déjà en train de devenir des maisons d’hôtes ou des centres de formation. Donc, on ne pourrait pas promouvoir la destination Fès et sa région sans évoquer la médina qui est un musée à ciel ouvert. »

La cité compte en effet pas moins de 9.000 demeures historiques, 11 médersas, 43 écoles coraniques, 83 mausolées, 176 mosquées et 1.200 ateliers d’artisanat d’art, pour ne citer que quelques-uns de ses lieux patrimoniaux.

 

Retour aux sources

Yassir Jawhar, également président délégué du Conseil régional du tourisme (CRT) de Fès, est natif de cette ville. Son histoire familiale est ancrée dans la capitale spirituelle du Royaume. Il nous confie que son nom « Jawhar » leur « a été imposé par les colons. Notre vrai nom est Zerhouni. On nous a changé notre nom depuis les années 1940. Je suis un pur Fassi, j’ai grandi dans cette ville et j’y ai suivi mon éducation au sein de l’école nationale ». Il a enchaîné avec des études supérieures au sein de l’Institut supérieur international de Tourisme de Tanger (ISITT). Il a également obtenu une licence et un master à l’Université de Fès. Et « même si j’ai travaillé pendant deux ou trois années à Casablanca, je me suis toujours dit qu’il ne fallait pas laisser tomber Fès. Il y a de l’espoir pour qu’elle puisse se positionner avec force au sein des différentes destinations touristiques », clame-t-il.

Classée au patrimoine universel de l’Humanité par l’Unesco depuis 1981, l’Athènes de l’Afrique, comme on l’a surnommée, surprend par la richesse des traces de mémoire et d’histoire. C’est donc dans ce véritable musée à ciel ouvert, plus précisément dans « la médina de Yassir Jawhar », que nous sommes allés à la découverte de cinq lieux emblématiques.

Al Qaraouiyine : la tête d’affiche de Fès

Al Qaraouiyine.

« Je commencerai évidemment par Al Qaraouiyine, la plus ancienne université au monde (Construite en 859 sous le mandat de Fatima al Fihriya, elle est également l’un des plus grands ensembles architecturaux de Fès, ndlr). L’université Al Qaraouiyine et sa mosquée est à la fois un lieu historique de savoir et un lieu de culte. J’invite tous les Marocains à visiter ce lieu emblématique de la ville, à faire leur prière ou à se recueillir et à admirer sa beauté architecturale. Il faut rappeler que plusieurs oulémas et chercheurs de grande renommée sont sortis de la ville de Fès grâce à l’université Al Qaraouiyine (À partir du Xe siècle, l’université est dotée d’une bibliothèque contenant plus de 30.000 volumes, dont 10.000 manuscrits, ndlr). J’espère que la mosquée Qaraouiyine sera un jour ouverte aux touristes internationaux. Parce qu’on a beau parler de cette université et de sa mosquée, et on a beau commercialiser la destination de Fès à travers ce lieu de mémoire et d’histoire, c’est un lieu incontournable à visiter. »

Al Qaraouiyine.

La médersa Mohammadia : un trésor architectural

Porte d’entrée de la médersa Mohammadia.

« C’est la médersa qui a regroupé jadis les plus grands maîtres artisans. Elle a été réhabilitée dernièrement (fondée vers la fin du XIIIe siècle et rénovée par le Sultan Mohammed V au XXe siècle, ndlr). Malheureusement, elle n’est pas encore ouverte au public, mais nous espérons qu’elle le sera prochainement parce qu’il y a beaucoup de choses à voir. La médersa Mohammadia se démarque par une architecture exceptionnelle, à la hauteur du Maroc et de son histoire. Il y a eu bien sûr d’autres médersas, comme la médersa Bouanania, ou la médersa Sffarine qui a également été rénovée. J’ajouterai aussi que la médersa Mohammadia, qui était chargée de la formation des oulémas, est opérationnelle tout comme la médersa Sffarine. Ces médersas logent plusieurs oulémas africains qui suivent leur cours au sein d’Al Qaraouiyine (Les médersas de Mohammadia, Sffarine, Sahrij, Sbaiyine et Mesbahia ont été réhabilitées par l’Ader-Fès et relèvent désormais de l’université Al Qaraouiyine, ndlr). C’est un grand projet qui entre dans la consolidation de ‘l’âme de Fès’ et participe à la valorisation de notre médina. Il témoigne de l’intérêt particulier qu’accorde notre pays à l’éducation et au renforcement de la formation de nos oulémas au sein des différents pays africains et au Maroc également. »

Porte d’entrée de la médersa Mohammadia /médersa Bou Inania.

La place Sffarine : au rythme du cuivre

Place Sffarine.

« C’est là où sont établis les dinandiers. La place Sffarine donne aussi sur Khizanat (bibliothèque) Al Qaraouiyine. La médersa Sffarine est à côté aussi (Cette médersa a été construite dans un style traditionnel en 1280 par le sultan mérinide Abou Youssef Yaâcoub, ndlr). Ce qui me plaît spécialement dans la place Sffarine, c’est le fait qu’elle soit vivante. C’est-à-dire qu’il y a beaucoup d’animation, de voix, de sons. On y trouve toujours des artisans, des dinandiers essentiellement qui s’adonnent à leur métier. Et en plus d’effectuer ce travail au quotidien, ces dinandiers animent par la même occasion la médina à travers le martelage incessant et rythmé du cuivre» (De la place Sffarine, on peut aussi se rendre dans la rue des Teinturiers et découvrir des échoppes où l’on teint encore les écheveaux de laine et de coton, ndlr).

Place Sffarine.
Place Sffarine.
Place Sffarine.

Hammam Ben Abbad et hammam Sffarine

Hammad Ben Abbad – Plafond.

« Ils sont situés dans la rue des Hammamat et ont été également réhabilités et rénovés. Le hammam Ben Abbad (Datant du 14e siècle, il remonte à l’époque mérinide et se distingue par sa distribution spatiale et sa richesse décorative, ndlr) est déjà ouvert. Le hammam Sffarine devrait, pour sa part, ouvrir très prochainement. Le hammam Ben Abbad est l’endroit parfait pour se ressourcer, se reposer, prendre le temps et essayer d’oublier le stress du quotidien. C’est aussi un endroit symbolique, synonyme de propreté, de pureté, des notions essentielles dans notre vie et notre éducation et culture musulmane. Je parle de ces lieux pour évoquer également la mémoire de nos prédécesseurs qui ont donné une grande importance à la propreté. Ces hammams doivent être visités. À ce propos, après sa rénovation, le hammam Ben Abbad est devenu comme un petit centre de spa et pourrait attirer autant les touristes nationaux qu’internationaux. »

L’entrée du hammam Ben Abbad.

Fondouq Chemmaïne : sur les toits du savoir

« J’évoquerai aussi Fondouq Chemmaïne (qui tire son nom du marché des fabricants de cierges, chammâ, en arabe, ndlr). Ce qui est extraordinaire dans ce lieu, c’est qu’à partir des terrasses de ce fondouq, on peut avoir une vue panoramique de toute la mosquée Al Qaraouiyine et de ses toits. C’est donc un lieu à visiter que je recommande à tout le monde. Fondouq Chemmaïne a été également réhabilité. Il y a des artisans qui y travaillent encore aujourd’hui. Il n’est pas opérationnel à 100%, mais il est ouvert. Il donne d’ailleurs un aperçu des travaux de réhabilitation qui ont été menés au sein de la médina. C’est le cas pour le hammam Ben Abbad cité précédemment. À ce titre, j’aimerais ajouter que l’animation des fondouqs et des bâtisses historiques, réhabilités à travers des fonctions compatibles et dans des conditions d’exploitation appropriées, est quelque chose de très important pour le renouveau de la médina. Fondouq Lakbach, par exemple, a été octroyé à une association qui met en avant tout le processus de réalisation du caftan et de confection des broderies qui peuvent intéresser les visiteurs. D’autres fondouqs ont été également octroyés à des associations de femmes pour les produits de terroirs et d’artisanat. Parce qu’il faut savoir qu’à la base, le but de ces fondouqs était de rapprocher les artisans du touriste-visiteur afin que ce dernier puisse voir comment les produits étaient créés et réalisés dans un objectif de commercialisation. Il y a donc toute une réflexion qui est menée depuis quelque temps déjà pour l’animation de ces fondouqs, et cela se poursuit toujours. »

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