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Fès. De Bab en Bab avec Hammad Berrada

L’auteur de plusieurs ouvrages sur le patrimoine, dont « Fès de Bab en Bab : promenades dans la Médina », nous trace l’itinéraire parfait pour visiter le centre historique de la ville. Ce circuit est à la fois une invitation au voyage et un flash-back historique de 12 siècles.

Fès. De Bab en Bab avec Hammad Berrada

Le 24 mai 2022 à 15h05

Modifié 28 mai 2022 à 21h30

L’auteur de plusieurs ouvrages sur le patrimoine, dont « Fès de Bab en Bab : promenades dans la Médina », nous trace l’itinéraire parfait pour visiter le centre historique de la ville. Ce circuit est à la fois une invitation au voyage et un flash-back historique de 12 siècles.

S’il n’y avait qu’un seul circuit à parcourir dans la cité aux 10.000 ruelles, lequel choisir ?

Médias24 a posé la question à un fin connaisseur de la médina. Hammad Berrada est en effet l’auteur de plusieurs livres sur le patrimoine : La médersa dans la ville ; La poterie féminine au Maroc ; Jardins historiques au Maroc, pour ne citer que ceux-là.

Le plasticien de formation, diplômé des Beaux-Arts à Toulouse en 1971, a également publié Fès à vau-l’eau aux PM éditions en 1999 ; Fès, les deux rives aux éditions La Croisée des chemins en 2010 ; Fès de Bab en Bab : promenades dans la Médina aux PM éditions en 2002 et aux éditions Marsam en 2011.

C’est dans ce dernier opus qu’il propose onze promenades, dont un circuit motorisé de deux à trois heures pour partir à la découverte du centre historique de Fès. Déployé au creux d’un vallon de près de 350 hectares, il fut, dès le Moyen Âge, un des grands foyers du commerce international et du rayonnement culturel et spirituel de la région.

Entre mode de vie et artisanat

Avant de nous engager dans les entrailles de la médina, Hammad Berrada nous relate son rapport à la cité : « Je suis né dans la médina de Fès. C’est donc ma ville. En plus, c’est l’une des plus belles. Je veux dire qu’il n’y a pas une seule rue où il n’y pas un monument historique, que ce soit une mosquée, une médersa, un palais, une place. Il ne faut pas oublier que Fès était la capitale à l’époque des Idrissides et, plus tard, à la période des Mérinides. Ensuite, elle l’est redevenue au début de la dynastie alaouite. Ce n’est qu’au moment du protectorat qu’elle a perdu son rôle de capitale. »

Pour notre guide, « ce qu’on voit quand on visite un palais ou une médersa, c’est un travail traditionnel qui n’est plus repris. C’est surtout une trace de cette période-là. Parce que, quand on parle de l’artisanat, on parle de métiers qui étaient très importants à l’époque. C’était le commerce et l’industrie d’un temps désormais révolu. Aujourd’hui, on parle d’artisanat, parce que tout simplement l’utilisation n’est plus la même. Le travail du zellige et du bois, par exemple, était fait pour bâtir. C’est la même chose, quand on parle de vêtements. » La cité aux 30.000 artisans témoigne en effet d’un savoir-faire qui jadis était vital. Pour apprécier le ‘made in Morocco’ haut de gamme, la capitale spirituelle est sans conteste la meilleure adresse. Pour cela et plus encore, les ruelles sont multiples et ne se ressemblent pas. Les itinéraires aussi.

Medersa Bou Inania.

La carte et le territoire

Parmi tous les itinéraires qu’offre la médina de Fès, Hammad Berrada préfère celui qui part de Bab Boujloud, donnant sur le quartier du même nom et qui se termine à Bab El Khokha. Cet itinéraire passe par plusieurs médersas et souks.

« Quand on entre par Bab Boujloud, on a la plus grande médersa en termes de surface, l’une des plus importantes aussi : la médersa Bou Inania. Et de suite, on a les grands souks, à commencer par celui d’El Attarine et la médersa El Attarine, la plus belle selon moi. » De là, Hammad Berrada propose de passer par une autre médersa, Al Mesbahyia et, ensuite, par la première médersa du Maroc qui date du 13e siècle, la médersa Sffarine. « Elle est juste en face de la bibliothèque Al Qaraouiyine, qu’on peut visiter aussi. »

« On arrive après à la place R’Cif et on peut continuer sur Bad El Khokha, et là on peut visiter la médersa Chemmaïne qui, elle, est plus petite. Toutes ces médersas datent du 13e et 14e siècle et ont été construites par les Mérinides. Je crois que c’est le circuit le plus intéressant. Bien entendu quand on arrive à la médersa Sahrij, on peut aussi visiter la grande mosquée Al Andalous, la deuxième plus grande mosquée de Fès. » L’auteur précise que la médina est coupée en deux parties par l’oued Fès.

Chaque rive a sa mosquée ‘signature’. D’un côté, Al Qaraouiyine et de l’autre, Al Andalous, les deux mosquées étant contemporaines. « La première pierre déposée à Fès par Moulay Idriss Ier, c’était à Al Andalous. Il a abandonné la ville plus tard. Et c’est son fils, Moulay Idriss II qui a choisi le côté Al Qaraouiyine pour développer la ville », explique Hammad Berrada.

Medersa Al Mesbahiya
Mosquée Al Andalous
Médersa Attarine

Le portail et la muraille

Selon notre guide, il faut compter généralement deux heures pour boucler ce circuit. « Après, si vous voulez entrer dans chaque lieu (palais, médersa, zaouïa, mosquée…), là il vous faut bien sûr une journée », précise-t-il.

Pour Hammad Berrada, s’il n’y avait qu’un seul endroit à visiter à Fès, ce serait bien du côté de « la Qaraouiyine et tout ce qu’il y a autour : Attarine, Sffarine, etc. C’est un très bel endroit de la médina. Il y a de jolies places, des monuments, des souks et une vie trépidante. C’est très beau », défend l’auteur qui lui est né sur l’autre rive en 1948, dans le quartier Al Andalous du côté de Sidi Boujida.

En proposant dans son livre onze promenades, de bab en bab, Hammad Berrada fait allusion à la médina et à ses remparts. « Quand je dis dans le livre d’aller de tel bab à tel autre, c’est pour visiter l’intramuros, les ruelles et les monuments qui les jalonnent. Il y a autant de portes à Fès qu’à Marrakech ou Meknès, un peu moins à Essaouira, bien qu’il y ait une véritable kasbah. À Marrakech, il y a aussi des portes Almohades, très belles », indique l’auteur dont le livre Fès : de Bab en Bab fait partie d’une série de quatre autres sur Marrakech, Meknès, Essaouira et Rabat-Salé.

Il faut savoir aussi que « les remparts de la médina de Fès ont été déplacés par les Almohades, les Almoravides et les Mérinides ensuite, relève l’auteur. C’est une ville qui a grandi. Marrakech a elle aussi grandi de la même manière ».

Ouvrir des portes

Parmi toutes les portes de la médina de Fès, Bab El Guissa (construite au 11e siècle par le prince Zénète Agissa Ibn Dounas), se place, par la sobriété de son architecture, en haut de la liste pour Hammad Berrada.

« Elle est un peu spéciale. Elle n’a été déplacée qu’une seule fois au temps des Almohades et elle n’a plus bougé, je pense. Parce que toutes les portes ont été déplacées. Quand on veut agrandir la ville, on déplace les portes. Certaines portes l’ont été de plusieurs mètres. Celle-ci garde une architecture assez particulière », décrit notre interlocuteur, qui précise par ailleurs qu’il tient ses références historiques de ses lectures. Celui qui a guidé dans son travail sur les portes de Fès, c’est l’historien et orientaliste français Roger Le Tourneau (1907-1971), spécialiste de la civilisation musulmane et de l’Afrique du Nord. L’historien français, qui y a vécu un temps, a publié aux éditions Hachette en 1965 La vie quotidienne à Fès en 1900.

Dans ses premiers livres sur Fès, Hammad Berrada avait demandé que les médersas soient restaurées. « Certaines ont été perdues entre-temps. Depuis, tout a été restauré et dans le bon sens. L’Ader-Fès (Agence de dédensification et de réhabilitation de la médina, ndlr) a mené à bien ce travail de réhabilitation. On a maintenant une ville qui revit et j’espère que cela continuera. »

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