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Fès. Les médersas ou le chef-d’œuvre des Mérinides

Les plus belles médersas du Royaume ont été construites au cours de la première moitié du XIVe siècle. Les dynasties qui ont régné sur Fès, les Mérinides notamment, ont édifié ces bâtisses, symbole de splendeur et condensé d’un art hispano-mauresque porté à son paroxysme. Radioscopie d’un chef-d’œuvre architectural.

Crédits - Médias24

Fès. Les médersas ou le chef-d’œuvre des Mérinides

Le 17 mai 2022 à 12h28

Modifié 17 mai 2022 à 13h32

Les plus belles médersas du Royaume ont été construites au cours de la première moitié du XIVe siècle. Les dynasties qui ont régné sur Fès, les Mérinides notamment, ont édifié ces bâtisses, symbole de splendeur et condensé d’un art hispano-mauresque porté à son paroxysme. Radioscopie d’un chef-d’œuvre architectural.

Etudier et loger dans des bâtiments dont chaque centimètre carré invite à la transcendance. Quand on visite les médersas, on se remémore un âge où le fond comme la forme devaient converger vers l’élévation spirituelle. Consacrer autant d’énergie, de moyens et d’hommes pour bâtir un lieu de savoir semblerait aujourd’hui hors de propos et surtout hors budget. Pourtant, à cette époque, ériger des lieux qui illustraient l’ambition esthétique des dynasties ayant régné tour à tour sur la capitale spirituelle était une entreprise naturelle. Le contraire aurait été inenvisageable.

« Ce qui est beau m’est cher, tant grande en soit la somme. Ni trop se peut payer chose qui plaît à l’homme. » Voilà en quelques mots la réponse du sultan Abou Inan à son intendant qui lui présentait, après l’achèvement de la médersa Bou Inania en 1355, le registre des dépenses de construction. La légende voudrait qu’Abou Inan prit ce même registre et le jeta dans la rivière qui traverse la médersa.

Cette anecdote, c’est l’historien Léon l’Africain qui la rapporte. Elle résume l’état d’esprit du sultan mérinide lorsqu’il entreprit la construction de la médersa Bou Inania à Fès. Le beau lui était cher indiscutablement. Cette scène est évoquée dans le livre Les Médersas du Maroc, publié en 1928 aux éditions Albert Morancé ‘Documents d’architecture’ et écrit par l’historien d’art Charles Terrasse (1893-1982), une des figures marquantes de l’historiographie française du XXe siècle. Cet ouvrage donne à voir également une remarquable compilation de 70 planches héliogravures de grande facture et d’une rare poésie, documentant l’esthétique de ces bâtiments d’exception au cours du siècle dernier.

En 2015, la Maison de la photographie à Marrakech avait exposé les tirages photographiques de Charles Terrasse et d’autres médersas marocaines. L’exposition avait été présentée sur les murs de la médersa Ben Youssef, à l’occasion du 30e anniversaire de l’inscription de Marrakech au patrimoine mondial de l’Unesco.

Charles Terrasse écrivait, en août 1927 à Fès, dans l’avant-propos de cet ouvrage : « (…) Ce dont on ne trouvera qu’un reflet dans ce livre, et ce qu’il était quasi impossible d’y faire entrer, c’est le charme même de ces monuments évocateurs d’une civilisation ancienne et très différente de la nôtre : et qui est fait, parmi les marbres, les bois sculptés, les plâtres ciselés, parmi les lumières éblouissantes et les ombres fraîches, parmi le vol des colombes et le chant des fontaines, d’émotion vague devant les blanches formes des priants immobiles. »

Grâce et légèreté : la signature artistique des Mérinides

Hammad Berrada, l’auteur de l’ouvrage La médersa dans la ville paru aux éditions Marsam en 2017, précise pour sa part que « toutes les dynasties ont contribué quelque part à ériger ces médersas. Chacune a joué un rôle, en y mettant ses meilleurs mâalems. Et cela a donné une harmonie architecturale incroyable ».

Les belles médersas du Maroc ont été construites, pour la plupart, durant la première moitié du XIVe siècle. Comme le précise Hammad Berrada, chaque dynastie y a laissé son empreinte. Cette époque historique du pays était favorable à de tels projets. Charles Terrasse rapporte à ce propos que « sous la royauté des premiers Mérinides, successeurs des Almohades, le Maghreb connut une tranquillité relative et une grande prospérité. L’art almohade a comme caractère l’ampleur, et se rapproche ainsi de l’art roman (Il s’est épanoui en Europe occidentale aux XIe et XIIe siècle, et s’établit entre l’art préroman et l’art gothique, ndlr). L’art mérinide a comme qualités dominantes la légèreté, la grâce. A l’époque où il florissait, le style gothique rayonnant s’épanouissait en France ».

Jadis, les médersas, comparables à des collèges musulmans, abritaient des étudiants venus des campagnes pour suivre l’enseignement dispensé dans certaines grandes mosquées des villes. A Fès, cet enseignement était prodigué principalement au sein de l’université-mosquée Al Qaraouiyine et dans la mosquée des Andalous, les deux institutions faisant office d’établissements d’enseignement. « Ce qu’il faudrait peut-être voir, ce n’est pas tellement le mode opératoire, mais le contenu de l’enseignement. Celui-ci était bien sûr religieux, théologique, mais il y avait aussi un savoir scientifique. Il ne faut quand même pas l’oublier. D’ailleurs, l’une des écoles les plus brillantes en mathématiques était à Marrakech. Le savoir n’était pas que religieux dans les médersas contrairement à ce qu’on pourrait penser. Tandis que le savoir des zaouïas était, lui, religieux et mystique », nous explique le politologue, écrivain et enseignant-chercheur, Hassan Aourid.

Influence andalouse

Quand on parle de Fès comme l’« âme du Maroc », c’est d’abord grâce à sa mosquée-université Al Qaraouiyine, mais également à ses médersas qui participaient à l’effervescence intellectuelle d’antan. « La Qaraouiyine étant l’université, les médersas n’étaient en vérité que des internats. Le professeur qui habitait la médersa était celui qui donnait l’emploi du temps à ceux qui étudiaient le lendemain. Les étudiants habitant ces médersas n’apprenaient pas que le Coran, mais également l’astronomie, les sciences et d’autres langues », confirme Hammad Berrada.

« Plus tard, les Saâdiens vont abandonner l’idée de médersas construites comme des palais pour en construire d’autres un peu partout. C’est pour cela qu’on retrouve des dizaines, sinon des centaines d’écoles rurales dans le sud du Maroc, construites par les Saâdiens. Alors que les médersas mérinides étaient citadines. Les étudiants venaient de l’extérieur de la ville pour étudier à la Qaraouiyine. »

Avec l’université Al Qaraouiyine, les médersas représentaient des lieux de savoir prestigieux. Parmi les plus importantes, on peut citer la Bou Inania, la Sahrij, la Cherratine, la Sffarine et la Attarine. Elles incarnent la quintessence de l’art hispano-mauresque qui a été, selon certains historiens, ramené d’Andalousie. Une version des faits contestée par d’autres.

La médersa Cherratine – (Crédits Médias24)
La médersa Cherratine – (Crédits Médias24)
La médersa Cherratine – (Crédits Médias24)
La médersa Cherratine – (Crédits Médias24)
La médersa Cherratine – (Crédits Médias24)

Grandeur et renaissance

Ces dernières années, une attention toute particulière a été réservée à ces bâtisses. Cinq médersas – faisant partie des 27 monuments historiques concernés par la convention signée devant le Roi Mohammed VI, le 4 mars 2013 – ont été restaurées. Il s’agit de la médersa Sbaiyine (XIVe siècle), la médersa Sffarine (XIIIe siècle), la médersa Sahrij (XIVe siècle), la médersa Mesbahia (XIVe siècle) et la médersa Mohammédia (XIIIe siècle, rénovée au XXe siècle).

Après l’achèvement des travaux de restauration, le Souverain avait donné ses instructions en juin 2016 pour la réouverture de ces cinq médersas. L’objectif était de reloger les étudiants du cycle terminal ‘Alamiya’ de l’université Al Qaraouiyine dans la médersa Mohammédia, la médersa Sffarine et la médersa Mesbahiya. La médersa Sahrij (bassin en français, ndlr), elle, devait accueillir les étudiants de la filière ‘Calligraphie marocaine’ à l’université Al Qaraouiyine.

Hammad Berrada rappelle que « l’université de la Qaraouiyine s’est faite dans le temps (sa construction débute en 859 sous le règne de la dynastie idrisside, ndlr). C’était un simple sanctuaire religieux au départ, du temps des Idrissides, et ce n’est qu’à l’époque des Almoravides, puis des Almohades, qu’elle s’est agrandie. Et c’est seulement sous les Mérinides qu’elle a été véritablement ornementée. Et les Alaouites en ont fait par la suite un sanctuaire extraordinaire. C’était l’université jusqu’à l’arrivée du protectorat français. On y apprenait plusieurs disciplines, y compris l’astronomie. C’était une université connue et reconnue. Je trouve actuellement que la Qaraouiyine est à l’image de la mosquée Hassan II. On y retrouve absolument tous les matériaux décoratifs marocains : bois, stuc ou zellige qui sont travaillés de manière extraordinaire. Chaque dynastie marocaine a déployé ses meilleurs ouvriers dans la construction de la Qaraouiyine. Quand on se retrouve entre les colonnes de la Qaraouiyine, on se croirait dans la mosquée de Cordoue. On a là un monument national d’une très grande qualité architecturale ».

L’original et les copies

« La première médersa construite à Fès est Sffarine. Elle date du XIIIe siècle. La première de toute l’Afrique du Nord », nous indique Hammad Berrada. Elle a été fondée entre 1271 et 1272 sous Abou Youssef Yacoub Ben Abd el Hakk, dans le quartier des travailleurs du cuivre, sffarine, les dinandiers. L’art mérinide atteignit son apogée quelques années plus tard sous Abou Said Otman qui régna de 1310 à 1331. Ce souverain a fait construire à Fès la médersa du Dar el Makhzen et la ‘merveille’ de Fès, la médersa Attarine. Son successeur Abou El Hassan a érigé une autre merveille, la médersa de Salé et, à Fès, il a fondé la médersa Mesbahia et la médersa Sahrij. Le grand Abou Inan Farès fit enfin construire à Fès et à Meknès, les deux médersas qui portent son nom. La Bou Inania de Fès est, à tous égards, un monument exceptionnel. Il faut franchir un espace de temps de plus de deux siècles pour rencontrer dans l’histoire de l’architecture la construction d’un nouveau collège (médersa, ndlr). En 1565, le Saâdien Abdallah El Ghalib Billah fit reconstruire, à Marrakech, l’ancienne médersa d’Abou Youssef. Ce monument est d’une rare splendeur », détaille Charles Terrasse dans son ouvrage, Les Médersas du Maroc.

Hassan Aourid, professeur de sciences politiques à l’Université Mohammed V à Rabat, souligne à ce propos : « Je pense qu’on ne peut pas ignorer l’apport des Mérinides. Les médersas des Mérinides, c’est plus que des médersas, aussi bien sur le plan de la construction et de l’architecture que sur le mode opératoire. On les trouve un peu partout dans les grandes cités, à commencer par Fès. Mais l’archétype des médersas, c’est la Bou Inania. C’est le modèle. Et ce modèle, on trouve pratiquement sa représentation à Meknès, à Salé et même à Marrakech. La Bou Inania de Meknès, c’est tout simplement la transposition du modèle de Fès en miniature. Sur le plan opératoire, les médersas accueillaient des étudiants (tolba, ndlr) qui venaient de partout et qui y habitaient. Il y a donc la notion d’internat et de prise en charge. »

L’extraordinaire Bou Inania

La médersa Bou Inania de Fès a été construite entre 1350 et 1355 et portait originairement le nom de Muttawakkiliya. Elle est désignée après sous le nom de Bou Inania en souvenir de son fondateur. C’est la plus importante des médersas bâties par la dynastie mérinide. Elle est surtout la plus grande en superficie, précise Hammad Berrada. C’est aussi la médersa la plus visitée par les touristes à Fès.

« Abou Inan la voulut ainsi. Elle est, en tout, extraordinaire. (…) Elle comprend une école coranique ; elle est pourvue d’un imposant minaret ; elle est accompagnée d’une horloge monumentale, édifice unique en Afrique du Nord », décrit l’historien de l’art français, Charles Terrasse. Il poursuit plus loin dans le texte : « Cette chaire (destinée à la khoutba de vendredi, ndlr), escalier de bois au haut duquel est aménagé un siège, montre encore sur ses côtés quelques restes de son ancienne décoration. Les petits panneaux de bois (du cèdre notamment, ndlr) sculpté et les mosaïques sont d’une incroyable finesse. »

La décoration de la médersa Bou Inania est somptueuse. Les piliers de la cour sont ornés de zelliges. Les linteaux portent des inscriptions gravées et des motifs floraux. Toute la partie inférieure des murs est ornée de plâtres gravés. Les consoles qui soutiennent les auvents sont également décorées de sculptures. « Le style de cette ornementation est excellent, bien qu’on y puisse noter un peu moins de finesse qu’à l’Attarine », ne manque pas de souligner Charles Terrasse. Car si elle est nettement moins imposante que la Bou Inania, la médersa Al Attarine, plus ancienne, reste la plus belle. C’est aussi l’avis de Hammad Berrada, l’auteur de La Médersa dans la ville. « La médersa Attarine a été construite (entre 1323 et 1325, ndlr) par le grand-père d’Abou Inane, Abou Said. Et elle est beaucoup plus belle que la médersa Bou Inania. » Cette médersa porte le nom du quartier dans lequel elle a été construite : El Attarine (les marchands d’épices, ndlr).

La médersa Bou Inania – (Crédits Médias24)

El Attarine, la ‘merveille’ de Fès

Dans un chapitre consacré à la médersa El Attarine dans son livre Les Médersas du Maroc, Charles Terrasse revient sur les coulisses de la construction de cette bâtisse. « L’auteur du Kirtas (Rawd Al-Qirtas, Histoire des souverains du Maghreb (Espagne et Maroc) et annales de la ville de Fès, écrit par Ibn Abi Zar Al Fasi, ndlr) qui écrivait en 726/1326, nous a laissé ces lignes sur la médersa Attarine : ‘En l’an 723, au début du saaban (mois de chaâbane dans le calendrier hijri, ndlr), l’émir des Musulmans, Abou Saïd – qu’Allah l’assiste et le secoure !- ordonna de construire la médersa importante voisine de la moquée d’El Karaouiyne. Elle fut construite sous la surveillance de seih béni Mohammed Abdallah ben Qasim, le mezwar (chef des officiers et des fonctionnaires de la Cour). L’émir des Musulmans assista aux premiers travaux des fondations en compagnie des docteurs et des hommes de piété, et resta là jusqu’à ce que fût achevé le tracé des fondations et que fût commencée la construction. Cette médersa fut une merveille parmi les monuments laissés par ces souverains. Aucun roi, avant lui, n’en avait construit une semblable’. »

La médersa El Attarine est décrite ainsi comme une ‘merveille’ parmi les monuments de Fès par les contemporains de l’époque de sa construction. Une opinion partagée à ce jour. D’autres médersas ont été élevées par les Mérinides depuis la construction d’El Attarine. Mais elle demeure de l’avis de tous le chef-d’œuvre, de par l’harmonie de ses proportions et la grâce de son ornementation. « Les Mérinides sont restés dans un summum de travail sur le plan esthétique, qui ressemble à la dynastie de Grenade », affirme Hammad Berrada, plasticien de formation.

La médersa El Attarine – (Crédits Médias24)
La médersa El Attarine – (Crédits Médias24)
La médersa El Attarine – (Crédits Médias24)

En quête de postérité

A l’évocation des Mérinides, Hassan Aourid ajoute qu’il est essentiel de souligner que c’est la phase qui a connu un va-et-vient très important entre le Maghreb et l’Andalousie. « Il y avait un afflux énorme d’artisans, de mâalems, mais aussi de savants. Je crois que c’est fondamental. Deuxième élément à préciser à mon sens : il y a eu une tradition. Parce qu’en fin de compte, construire des écoles, cela relève aussi bien de la responsabilité du sultan que de son image. Cela concourait à son prestige et à sa quête de postérité. Malheureusement, il y aura une petite phase de flottement ou de ce qu’on pourrait appeler des siècles obscurs. Et il y aura une régénérescence avec les Saâdiens. Et il s’avère que c’est un modèle qui se poursuivra avec les Alaouites. »

L’ambition des sultans mérinides était claire : faire de cette grande ville religieuse et intellectuelle qu’était Fès la cité de l’art. Les témoignages écrits, les inscriptions même des médersas et les relations des historiens ne laissent aucun doute sur cette quête. L’emploi du marbre dans la construction des médersas, surtout à Fès, s’inscrit dans cette visée. Ainsi, les cours de la médersa Bou Inania et de la médersa Mesbahia sont pavées de marbre blanc, tandis que les colonnes de la Medersa Attarine sont couvertes de marbre noir. « Le marbre onyx de Tlemcen, à la pâle couleur d’ivoire jauni, a été réservé pour les chapiteaux : les chapiteaux de la salle de prière de la Bou Inania et de la Mesbahia à Fès, ceux de la médersa de Taza sont les chefs-d’œuvre du genre. C’est enfin des plaques de marbre blanc que sont gravées les inscriptions de fondation dont les lettres se détachent en blanc sur fond vert », précise l’historiographe français Charles Terrasse.

Le rôle décoratif du bois, de cèdre notamment, est lui aussi considérable. Toute surface apparente est enrichie de sculptures, d’inscriptions ou de motifs géométriques ou floraux divers. Ces bois sculptés des médersas, qui autrefois étaient relevés de couleur et d’or, apparaissent encore dans toute leur splendeur.

Enfin, les tesselles de zellige sont utilisées comme pavement dans les cours, les salles de prière ou les couloirs. Elles habillent les murs jusqu’à un mètre cinquante ou deux de hauteur avant d’être remplacées par des plâtres gravés. Elles ornent aussi les minarets.

Carrés, losanges et rosaces

« Des décors infiniment déliés sont réalisés au moyen de ces combinaisons de formes colorées. Ils sont presque toujours géométriques et dessinent des carrés, des losanges, des rosaces, des entrelacs d’une extraordinaire variété. Les décors floraux de zelliges sont très rares et demandent une prodigieuse habileté de main. Ceux qui ornent l’entrée de la salle de prière de la médersa des Attarine sont des plus remarquables » précise encore Charles Terrasse dans son livre. (voir aussi ses planches)

« Ce qui est très beau dans la Attarine, c’est son architecture. D’abord sur le plan, elle est petite mais très bien construite, et il y a du zellige qui n’existe nulle part ailleurs, même dans la Bou Inania qui a été construite bien après. Les médersas construites par le sultan mérinide Abou El-Hassan Al Marini, celle de Sahrij et la toute petite Sbaiyin ont été restaurées, mais elles ont chacune une architecture différente. Dans la Attarine, on sent dans la décoration, que ce soit du bois, du stuc ou du zellige, une recrudescence de la qualité des produits », détaille Hammad Berrada. La médersa El Attarine est aujourd’hui ouverte au public.

Quant à la médersa Sahrij, elle est située dans les environs immédiats de la mosquée des Andalous, dans la partie orientale de la ville de Fès. Elle faisait partie jadis d’un ensemble de constructions élevées par l’émir Abou Al Hassan en 1321, alors qu’il n’était encore que le khalifa de son père Abou Saïd Otman. « Cet ensemble de constructions comprenait, outre ce collège, une seconde médersa qui porte aujourd’hui le nom de médersa Sbaiyin et une maison d’hôtes […] La cour était ornée jadis d’un très beau bassin de marbre blanc, d’où le nom populaire sous lequel la médersa est connue aujourd’hui », écrit Charles Terrasse.

La médersa Sbaiyin, en référence aux sept lectures du Coran, est de petite dimension et n’abrite que quelques cellules de tolba. À l’époque de sa fondation, elle était connue sous le nom d’Al Madrasa As Soghra (la petite médersa, ndlr), par rapport à la grande médersa voisine, Sahrij. D’ailleurs, même si elle faisait partie du lot des cinq médersas restaurées en 2016, Sbaiyin n’a pas été retenue dans l’opération d’hébergement des étudiants de l’université Al Qaraouiyine, en raison de l’étroitesse de ses chambres. A l’inverse, la médersa Cherratine, construite en 1670 par le sultan alaouite Moulay Rachid, pouvait abriter plus de cent trente tolba. Elle est l’une des dernières médersas construites au Maroc. Elle se distingue par sa simplicité et sa sobriété, et diffère en cela des autres médersas de la dynastie mérinide. La bâtisse est située à proximité de la mosquée Al Qaraouiyine, dans le quartier des cordiers, d’où son nom : Cherratine. Cette médersa est ouverte aux visiteurs.

Ces médersas, qui visaient à participer à leur époque à l’émergence de plusieurs générations d’érudits, expriment chacune leur singularité, portant leur propre empreinte esthétique, de la plus sobre à la plus majestueuse.

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