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Parc national de Tazekka. Dans le domaine forestier du cerf de l’Atlas

Le cerf de l’Atlas est l’une des espèces emblématiques du Parc national de Tazekka, situé à 46 km au sud-ouest de la ville de Taza. L’animal a été réintroduit dans ce site il y a près de trente ans. Ces forêts de chêne liège, chêne vert, chêne zéen et de cèdre de l’Atlas abritent une mosaïque d’écosystèmes biologiques. Pas moins de 60 grottes et gouffres sont accessibles aux randonneurs et amoureux de spéléologie.

Parc National de Tazekka. Forêt de chênes - Chêne Liège (Quercus suber) et Chêne Vert (Quercus ilex) L'auteur (© Cornelius Schlawe)

Parc national de Tazekka. Dans le domaine forestier du cerf de l’Atlas

Le 24 mai 2022 à 10h15

Modifié 4 juin 2022 à 15h25

Le cerf de l’Atlas est l’une des espèces emblématiques du Parc national de Tazekka, situé à 46 km au sud-ouest de la ville de Taza. L’animal a été réintroduit dans ce site il y a près de trente ans. Ces forêts de chêne liège, chêne vert, chêne zéen et de cèdre de l’Atlas abritent une mosaïque d’écosystèmes biologiques. Pas moins de 60 grottes et gouffres sont accessibles aux randonneurs et amoureux de spéléologie.

Le cerf de l’Atlas, c’est l’histoire d’une résurrection. Cet animal qui aurait disparu du Moyen Atlas septentrional il y a plus de deux siècles, menacé par la présence de l’homme, est aujourd’hui bel et bien vivant. 71 individus parcourent aujourd’hui une réserve de cinq cent hectares dans le Parc national de Tazekka, situé à 46 km au sud-ouest de la ville de Taza.

Une renaissance qui survient après le lancement en 1994 d’un programme de réintroduction. Appelé aussi cerf de Berbérie (Cervus elaphus var. barbarus), c’est l’unique représentant de la famille du cerf présent sur le continent africain. Et le royaume privilégié de cette espèce endémique est la forêt de chêne liège et de chêne zéen.

D’une hauteur allant jusqu’à 1,40 mètre pour un poids pouvant atteindre 200 kg, le cerf de l’Atlas se caractérise par une robe brun clair tirant sur le roux l’été, et brun foncé tirant sur le gris en hiver. Ses bois, dont la longueur avoisine le mètre, lui confèrent un air de supériorité détaché.

« Le cerf de Berbérie est surtout crépusculaire. En été, les cerfs se nourrissent toute la matinée, puis le soir et durant la nuit. En hiver, ils préfèrent la journée surtout s’ils peuvent se réchauffer au soleil. Les jours ventés, les cerfs ne quittent pas la forêt et le maquis », décrit l’Union mondiale pour la nature (UICN).

Cerf de Barbarie (© Cornelius Schlawe)

Retour à la vie

Avec le mouflon à manchettes réintroduit pour sa part dans le parc de Tazekka en 1998, le cerf de l’Atlas est l’espèce emblématique de ce site. On peut aujourd’hui observer ces deux spécimens qui avaient disparu de la nature et failli ne jamais réapparaître, lors des randonnées proposées par la direction du parc, même si l’accès à leur enclos reste interdit. « Les visiteurs peuvent voir ces espèces et d’autres encore à distance, à travers par exemple des miradors aménagés qui sont réservés à l’avance », nous indique Brahim Ismaili, directeur du Parc national de Tazekka depuis douze ans.

Le parc qu’il dirige a réalisé des études de faisabilité pour la réintroduction des espèces menacées. « L’objectif ultime est de faire de la réhabilitation dans la nature, et non en enclos. C’est-à-dire faire des lâchers dans la nature. Et on va y arriver. Il y a aussi un projet en cours : la réintroduction du singe Magot. C’est un projet unique à la fois au Maroc et en Afrique. Le singe Magot a disparu du parc et on essaie de le réintroduire. »

Pour ce docteur en biologie de la nutrition animale et du pastoralisme, la conservation des espères rares passe par la conservation de l’écosystème. C’est ce que les spécialistes appellent les espèces-parapluies. En écologie, une espèce-parapluie est une espèce dont l’étendue du territoire permet la protection d’un grand nombre d’autres espèces. « Si on conserve les espèces-parapluies, on conserve également les espères rares et endémiques. On va faire un programme de suivi de ces espèces-parapluies, à travers des relevés dans tout le parc pour avoir une idée sur leur abondance, leur évolution… », nous apprend Brahim Ismaili. La principale mission du parc de Tazekka demeure donc la conservation de la nature, à l’image des autres parcs nationaux.

Cerf de Barbarie (© Cornelius Schlawe)

À l’état sauvage

La faune du Tazekka comprend plus de 30 espèces de mammifères dont le sanglier, le hérisson d’Algérie, le lièvre, l’écureuil, le porc épic, le chacal, le renard, la belette, la loutre, la genette et la mangouste. S’y ajoutent 83 espèces d’oiseaux sédentaires ou de passage. Une avifaune riche représentée par de nombreuses espèces : perdrix gambra, baille des blés, tourterelles des bois, pic vert, pinson des arbres, geai des chênes, etc. Sur le site du parc, « on peut également observer le vol majestueux de plusieurs espèces de rapaces, tels que le vautour percnoptère, la circaète Jean-le-blanc, l’aigle de Bonelli, le faucon pèlerin et la chouette chevêche », indique la direction du parc.

Le site de Tazekka offre ainsi aux visiteurs des paysages pittoresques et une diversité biologique remarquable caractérisée par la présence de formations forestières très anciennes, datant de plus de 600 ans. « C’est un parc qui se distingue par une grande diversité de l’écosystème. C’est également un parc forestier par excellence parce que le domaine forestier représente une grande et majeure partie du parc, plus de 70%. Aux visiteurs, on montre d’abord les espèces d’arbustives, c’est-à-dire le chêne liège, le chêne vert, le chêne zéen et le cèdre de l’Atlas. On leur explique aussi comment faire la différence entre toutes ces espèces. Il y également des parties qui ont été reboisées dans le parc, avec par exemple le pin d’Alep. On essaie de sensibiliser et d’encadrer les associations pour respecter les espèces rares et menacées qui ne doivent pas être arrachées. D’ailleurs, la loi 22-07 interdit la coupe de certaines espèces et des objets naturels en général », expose le directeur du parc de Tazekka.

Chêne liège (© Cornelius Schlawe)

« Gestion intégrée »

Une route goudronnée traverse le parc. « On peut découvrir un certain nombre de paysages grâce à cette route. Elle est divisée en deux : une partie régionale et une autre provinciale. La route régionale s’étend de Taza jusqu’à l’embrochement de Maghraoua. Et de l’embrochement de Maghraoua jusqu’à oued Imlil, c’est la route provinciale. En plus, on a investi un montant important dans l’aménagement des infrastructures du parc, selon les règles de l’art, notamment dans un certain nombre de sites récréatifs », souligne notre interlocuteur.

L’objectif de la direction du parc est de partager la gestion de ces sites récréatifs avec les associations locales, de manière à avoir des retombées économiques pour les populations locales. Leur gestion a été d’ailleurs déléguée à ces associations locales. « À travers cette délégation, on a créé de l’emploi, au moins deux emplois par site. Et aussi des emplois indirects (transport, vente de produits locaux, etc.) », informe Brahim Ismaili. Un seul site récréatif peut générer un chiffre d’affaires allant jusqu’à cinq millions de dirhams. Selon le directeur du parc, partager la gestion avec la population locale permet d’instaurer un climat de confiance tout en garantissant la conservation de la nature, surtout que le Parc national de Tazekka s’étend sur près de 14.000 hectares. Ce zonage a été repensé dans les années 1990 pour intégrer les différentes dynamiques de l’écosystème forestier, notamment les grandes forêts de chêne vert et de chêne liège.

Tous les sentiers mènent à la nature

Cette richesse des paysages et des écosystèmes offre aux randonneurs un réseau de sentiers important. « On a fait une carte et une étude sur les randonnées, et on a limité les randonnées à 30 circuits. Ces 30 sentiers de randonnées représentent toutes les parties du parc et ses écosystèmes. Une diversité du paysage qui intègre bien sûr le patrimoine bâti et les actifs agricoles. Les visiteurs du parc apprécient énormément cette diversité. Le parc est visité d’ailleurs toute l’année, surtout en période de neige et pendant le printemps », explique le directeur du parc.

Sur les 30 sentiers, chacun présente des particularités avec différents degrés de difficulté en fonction de la catégorie d’âge et de la condition physique. « Au cours d’une randonnée, on peut trouver une grotte ou un patrimoine bâti et déjeuner chez l’habitant par exemple. Après, tout dépend du choix du visiteur. S’il a envie et peut faire une randonnée difficile, on peut lui en recommander quelques-unes. S’il veut une simple randonnée facile de deux heures, il peut trouver ce genre de randonnées dans le parc. Il peut aussi faire juste deux kilomètres autour du parc. On a fait en sorte d’avoir une offre diversifiée pour satisfaire tout type de randonneurs », décrit Brahim Ismaili.

Pour visiter le parc, le directeur conseille de contacter les guides qui préparent aussi bien la randonnée que les détails liés à l’hébergement, le transport, la restauration, etc. Il faut compter au minimum deux journées, un week-end par exemple. « Le club de Tazekka Park organise ce type d’activités. Généralement, les randonneurs de Casablanca, Rabat ou les autres villes viennent faire des randonnées en groupe. On leur organise à l’avance le programme d’activités. Il y a aussi l’association Friouato (spéléologie et tourisme de montagne) et d’autres encore qui organisent ces activités », indique notre interlocuteur.

Le parc dispose par ailleurs d’un gîte d’étape à Ain Bechar ouvert toute l’année, ainsi que de campings : Bab Boudir et Ademane, ouverts en juillet et en août. Il existe également plusieurs cafés sur le site dont les plus accessibles sont ceux de Ras El Ma, Friouato et Bab Boudir.

Au fond du gouffre

En plus des randonnées forestières, les clubs du parc organisent des visites spéléologiques, car le parc abrite une soixantaine de grottes. Taza est surnommée à juste titre la capitale des grottes. Certaines peuvent être visitées librement tandis que d’autres nécessitent un matériel spécifique et un guide formé en spéléologie. « Il y a dans le parc toutes sortes de grottes. Certaines sont ouvertes aux visiteurs et d’autres réservées aux spéléologues et aux passionnés de spéléologie », précise Brahim Ismaili. Là encore, les clubs partenaires du parc organisent les visites.

Le parc de Tazekka abrite notamment la fameuse grotte Friouato (le gouffre du vent, en amazighe), connue aussi bien à l’échelle nationale qu’internationale. Pour l’instant, elle n’est pas encore rouverte, pour des raisons de sécurité liées notamment à un incident survenu en 2016. La direction du parc s’est attelée au problème pour l’ouvrir à nouveau au public. Il y a aussi la grotte Bouslama qui, elle, est indiquée pour la visite, y compris des élèves. Découverte par un spéléologue français en 1934, elle porte le nom de « La reine des grottes ». Elle se  caractérise par des décorations formées par des roches sédimentaires pendant plusieurs millénaires. En outre, elle se distingue par un patrimoine faunique et floristique remarquable. « On peut visiter les grottes l’été par exemple, parce qu’elles présentent un climat très froid. Notre objectif  est de faire en sorte que le parc soit visité tout au long de l’année. Il faut savoir que c’est un lieu d’estivage pour les habitants de Taza qui en profitent toute l’année, même l’hiver », conclut le directeur du parc national de Tazekka.

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