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Abdellatif Zaghnoun : « La CDG ne sort pas du tourisme, elle change de mode d’intervention » (3/5)

ENTRETIEN. Après avoir annoncé qu’une page était désormais tournée et que le groupe CDG renouait avec la rentabilité, et expliqué les bases et axes de la transformation opérationnelle et de la réorganisation de la CDG, Abdellatif Zaghnoun, son directeur général, nous expose les changements de l’intervention du groupe dans le tourisme, tout en restant un secteur prioritaire.

Abdellatif Zaghnoun : « La CDG ne sort pas du tourisme, elle change de mode d’intervention » (3/5)

Le 7 mars 2022 à 13h52

Modifié 7 mars 2022 à 19h44

ENTRETIEN. Après avoir annoncé qu’une page était désormais tournée et que le groupe CDG renouait avec la rentabilité, et expliqué les bases et axes de la transformation opérationnelle et de la réorganisation de la CDG, Abdellatif Zaghnoun, son directeur général, nous expose les changements de l’intervention du groupe dans le tourisme, tout en restant un secteur prioritaire.

Le tourisme reste un secteur prioritaire pour la Caisse de dépôt et de gestion (CDG). En revanche, le mode d’intervention a changé. Le groupe ne sera plus, comme il l’a été par le passé, opérateur et développeur. Il maintient son rôle d’investisseur, sachant qu’il a été le plus gros investisseur dans le tourisme marocain au cours des dernières années.

Médias24 : Vous vendez vos parts dans des hôtels. Beaucoup sur le marché craignent que la CDG ne se désengage du tourisme. Pourriez-vous nous expliquer votre stratégie dans ce secteur ?

– Cette perception est totalement fausse. La CDG ne sort pas du secteur. D’ailleurs, pendant la crise, nous avons non seulement maintenu notre activité dans le tourisme, mais aussi livré de nouvelles unités hôtelières.

Nous avons même créé au sein du groupe une branche entièrement consacrée à nos interventions dans le tourisme, portée par notre filiale Madaëf, et qui est en phase de déploiement d’un plan de développement ambitieux.

A titre d’illustration, notre branche dédiée au tourisme représente 35 actifs hôteliers en activité, 16.500 lits en exploitation et 2.350 en cours de développement, 10 parcours de golf opérationnels, 16 enseignes hôtelières internationales partenaires et surtout, plus de 5.000 emplois directs créés et d’autres à venir.

C’est dire que nous restons pleinement engagés dans le tourisme !

– En réalité, vous ne sortez pas du tourisme mais réduisez votre exposition… Il y a un changement important.

– Il est vrai que nous avons changé notre manière d’intervenir dans ce secteur. Nous avons en effet abandonné le mode « opérateur » initialement et historiquement adopté par le groupe, au profit du renforcement du mode « investisseur ».

Auparavant, la CDG achetait le foncier, s’impliquait dans le process d’expropriation le cas échéant, construisait seule l’hôtel et le gérait elle-même.

Aujourd’hui, ce modèle ne convient plus.

Désormais, si un investisseur veut construire un hôtel et s’il a un business plan convaincant, nous pouvons envisager d’entrer dans son tour de table, sans dépasser les 49%. Par ailleurs, nous sommes pleinement disposés à accueillir des investisseurs dans le capital des hôtels actuels de la CDG.

Le groupe se concentre ainsi sur son rôle d’accompagnateur, d’investisseur stratégique qui contribue à faciliter et à ouvrir la voie au secteur privé, dans une logique de parfaite complémentarité.

C’est ce que nous souhaitons accomplir à travers nos interventions actuelles et futures dans le secteur du tourisme.

– Vous privilégiez dorénavant une position minoritaire dans l’hôtellerie…

– Nous avons décidé à ce propos, dans le cadre de notre stratégie 2017-2022, de nous concentrer sur l’émergence des stations et pas uniquement sur le développement de capacités, dans un cadre renouvelé avec l’Etat, et de recentrer notre portefeuille hôtelier sur les actifs stratégiques en privilégiant les actifs à fort potentiel, tout en sortant progressivement du périmètre des actifs non stratégiques.

Ainsi, tous nos futurs investissements dans le secteur s’inscriront dans une logique minoritaire et purement financière.

– En parlant des stations, prenons l’exemple de Saïdia. Où en êtes-vous ? 

– Nous avons beaucoup investi dans cette station, à hauteur de 2,7 milliards de dirhams environ.

Nous y avons livré plusieurs hôtels, portant la capacité de la station à 5.500 lits, dont 4.300 réalisés par la CDG, sans oublier les composantes d’animation que nous avons créées. Nous sommes en train d’en faire une véritable destination. Mais pour aller encore plus loin, nous avons besoin de la contribution et de l’implication des autres parties prenantes.

Vous savez, à l’époque, lorsque les promoteurs privés ont quitté Saïdia, le projet était moribond. Plus encore, nous n’avions récupéré que la composante touristique, parce que toute la composante résidentielle, la plus rentable sur le court terme, avait été vendue.

Nous avons d’abord dû refaire l’infrastructure pour un coût d’environ 300 millions de dirhams, puis nous avons commencé à développer. Nous avons ainsi livré, à ce jour, cinq unités hôtelières pour une capacité de près de 4.300 lits. Nous comptons livrer une résidence hôtelière au cours de cette année. Nous y avons également développé un complexe résidentiel, deux golfs, une marina, une médina, ainsi qu’un aquaparc – l’un des meilleurs d’Afrique – opéré par un gestionnaire suisse.

Si nous avons investi 2,7 milliards de dirhams dans cette station, c’est que nous y croyons fermement. L’objectif, désormais, est d’attirer l’investissement privé en proposant, entre autres, du foncier à bas prix pour encourager le développement d’autres hôtels dans la station.

Mais pour que le privé vienne, il faut que l’existant fonctionne bien. Pour cela, la station a besoin de la forte implication de toutes ses parties prenantes pour développer sa promotion, améliorer sa connectivité, désenclaver son arrière-pays… Il nous est impossible de développer et de gérer seuls les 700 hectares de la station.

D’ailleurs, voyez l’exemple de Taghazout où le privé est présent. La station avance particulièrement bien.

Aujourd’hui, Taghazout Bay, qui s’étend sur 615 hectares, est composée d’ensembles hôteliers, touristiques et résidentiels haut de gamme, dont six hôtels opérationnels et deux en développement. Un accent particulier est porté sur les infrastructures sportives et les activités de loisirs, avec le développement d’un golf 18 trous et son extension en 9 trous, la mise en place d’un centre d’argan, d’un Beach club, d’un centre commercial ainsi que d’académies de golf, de tennis et de surf.

Notre contribution à la station de Taghazout se poursuit pleinement avec la livraison d’un hôtel Hilton prévue en 2022, et d’un Marriott prévue en 2023.

Au cours des dernières années, aucun investisseur national n’a autant investi que la CDG dans le secteur touristique.

– Il faut donc comprendre que l’engagement du groupe dans le tourisme s’est renforcé, avec un changement de son mode d’intervention uniquement…

– Tout à fait ! Même pendant cette difficile période de crise, nous avons pu livrer le Hyatt Regency de Taghazout en juin 2021, le Radisson Blu Al Hoceima et le Radisson Residences Al Hoceima en juillet 2021, qui ont fait une belle saison l’été dernier.

Nous allons bientôt livrer le Marriott Rabat et les Kasbah Ait Abbou et Kasbah Dar al Hiba avec nos partenaires de la Société marocaine d’ingénierie touristique (SMIT) et du groupe Akwa. Ces ouvertures représentent plus de 3.000 lits supplémentaires. Elles permettront de créer plus de 3.000 emplois directs et indirects.

Nous sommes par ailleurs engagés avec le Club Med dans des travaux d’extension du village Club Med Marrakech.

Je rappelle également que nous avons livré le Banyan Tree en 2018, hôtel unique en Afrique, sans oublier le Sofitel Tamuda Bay.

Au cours des dernières années, aucun investisseur national n’a autant investi que la CDG dans le secteur touristique.

Donc oui, nous continuons à jouer pleinement notre rôle en tant qu’investisseur majeur dans le tourisme, notamment en cette période difficile. En effet, malgré les difficultés liées à la crise du Covid-19, je tiens à dire que nous n’avons ni licencié ni réduit les salaires. Nous avons maintenu tous nos effectifs opérant dans le secteur.

– Il y a également eu de nouvelles initiatives dans le domaine de l’entrepreneuriat touristique avec le programme Eco6…

– La contribution de la CDG au tourisme ne s’arrête d’ailleurs pas là. Nous avons lancé notre programme entrepreneurial Madaëf Eco6, afin d’encourager les jeunes porteurs de projets dans l’activité touristique à créer leurs entreprises.

Notre programme vise ainsi la dynamisation de l’entrepreneuriat et le développement d’écosystèmes innovants et durables autour des projets et destinations touristiques de Madaëf.

Cette initiative, inédite à l’échelle nationale, est déployée en six éditions : Taghazout, Saïdia, Al Hoceima, Tamuda Bay, Fès et celle autour des golfs du groupe.

Lors de chaque édition et dans chaque région concernée, on lance un appel à manifestation d’intérêt auquel postulent des petites ou moyennes entreprises, des startups, des artisans, des coopératives ou des commerçants. Un jury choisit les meilleurs candidats, porteurs d’un projet axé sur l’inclusion sociale, le développement durable ou l’innovation et ayant démontré un potentiel intéressant en lien avec l’activité hôtelière ou touristique. On les accompagne sur tous les plans : financier, foncier, locaux, formation et, bien sûr, l’accès aux marchés à même de booster leur chiffre d’affaires.

A ce jour, nous accompagnons déjà 75 entreprises dans le cadre de ce programme.

À SUIVRE.

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