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Des Marocains ayant quitté l’Ukraine et d’autres encore bloqués racontent

Plus de 2.000 Marocains ont quitté l’Ukraine via notamment la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie et la Hongrie. Médias24 a pu joindre certains d’entre eux et d’autres encore bloqués aux frontières ukrainiennes. Témoignages.

L'ambassadeur du Maroc en Pologne, M. Atmoune, à la frontière accueillant des ressortissants marocains.

Des Marocains ayant quitté l’Ukraine et d’autres encore bloqués racontent

Le 1 mars 2022 à 19h25

Modifié 1 mars 2022 à 19h25

Plus de 2.000 Marocains ont quitté l’Ukraine via notamment la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie et la Hongrie. Médias24 a pu joindre certains d’entre eux et d’autres encore bloqués aux frontières ukrainiennes. Témoignages.

La guerre en Ukraine s’intensifie. Ce mardi 1er mars marque la sixième journée de combats menés dans plusieurs villes du pays, notamment à Kharkiv, Kiev et Zaporijia.

Sur environ 10.000 étudiants marocains, plus de 2.000 ont pu quitter l’Ukraine via les frontières avec la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie et la Hongrie. Depuis ces pays, ils pourront rentrer au Maroc à bord de vols mis en place par la compagnie aérienne nationale Royal Air Maroc. D’autres en revanche sont encore bloqués à l’intérieur de l’Ukraine ou aux frontières.

« Des évènements que nous n’oublierons jamais »

Ghita*, étudiante en 5e année de pharmacie et résidente à Zaporijia, a réussi à se rendre en Hongrie après 4 jours de route. « Nous sommes épuisés », confie-t-elle, mais soulagée et heureuse de se sentir enfin en sécurité.

« Avec d’autres amies marocaines, nous avons réussi à quitter Zaporijia à bord d’un train. La traversée vers Lviv a duré environ 24 heures. C’était pénible. Le train s’arrêtait à chaque fois que l’armée ukrainienne signalait un danger au conducteur. Les arrêts duraient entre 15 minutes et une heure. Pendant ces moments, on éteignait toutes les lumières et on restait silencieux, terrorisés ».

« Dès qu’on était à nouveau hors de danger, l’armée ukrainienne nous laissait reprendre la route. Lorsque l’on est arrivés à Lviv, on a dû prendre un second train puis un taxi pour arriver à Zahony, à la frontière hongroise. Au cours de chaque attente entre deux moyens de transport, on avait peur de perdre la vie compte tenu de l’insécurité qui régnait, sans parler des difficultés à monter à bord des trains. »

« Ensuite, on a dû attendre de 19h à 02h du lendemain matin pour traverser les frontières ukrainiennes, suite à un problème d’autorisation. Aux frontières avec la Hongrie, l’armée ukrainienne nous a demandé nos passeports et nos titres de séjour pour s’assurer que l’on provenait bien d’Ukraine. Pour entrer en Hongrie, nous n’avions besoin que de nos passeports. Le visa n’était pas nécessaire. »

« Une fois arrivées aux frontières hongroises, nous avons été prises en charge par les responsables de l’ambassade marocaine en Hongrie, qui nous attendaient. Nous avons été bien reçues. L’ambassadrice en personne était là. On nous a également donné de l’eau et de la nourriture. »

« Nous avons ensuite pris un troisième train, pendant environ cinq heures, pour enfin arriver à Budapest, capitale de la Hongrie. Nous sommes actuellement hébergées gratuitement dans un hôtel. »

« J’ai pu acheter mon billet à 1.200 dirhams pour le Maroc, un prix raisonnable. Le vol est prévu ce jeudi 3 mars », raconte-t-elle, soulagée.

Ghita se remémore avec tristesse les derniers évènements qu’elle a vécus avant de quitter sa ville de résidence en Ukraine. « Tout ce que l’on peut dire, c’est qu’on a eu de la chance de pouvoir quitter Zaporijia à temps. Dès qu’on est sorties de la ville, les attaques se sont intensifiées malgré la résistance des Ukrainiens, et les civils ont été armés. »

« Je ne parviendrai jamais à chasser ces évènements de mon esprit. Je sens que j’ai besoin de consulter un médecin, un psychologue peut-être, qui m’aidera à me rendormir le soir. Je revois tout ce que j’ai vécu ces derniers jours en fermant les yeux. J’ai laissé tomber ma maison et toutes mes affaires en Ukraine. »

« J’ai également peur de perdre 5 ans d’études alors qu’il ne me restait que 3 mois pour obtenir mon diplôme », conclut-elle.

« Nous sommes heureux de pouvoir enfin rentrer au Maroc »

Ilyes*, étudiant en ingénierie à Kharkiv, a pu se rendre en Roumanie en compagnie d’autres marocains. Comme Ghita et ses amies, la traversée en train a été particulièrement pénible : difficultés pour monter à bord, longues heures de route, panique des passagers à chaque arrêt.

« Arrivés aux frontières roumaines, nous avons été accueillis par des associations locales qui ont gentiment mis à notre disposition de la nourriture, de l’eau et des lits pour que l’on puisse se reposer. Nous avons également reçu des cartes SIM avec des recharges internet. »

« On s’est donc reposés un peu avant de reprendre le chemin en direction de Bucarest, la capitale. Une responsable de l’ambassade, que nous avons contactée, nous a réservé des taxis gratuitement pour que l’on se dirige vers l’ambassade. Une fois sur place vers 3h du matin lundi (28 février, ndlr), nous n’avons trouvé personne. Le gardien a informé les responsables de notre présence et, quelques minutes plus tard, l’ambassadeur, qui n’était pas au courant de notre arrivée, a donné ses instructions pour que l’on ne manque de rien : nourriture, eau et autres, en attendant qu’il nous rejoigne. »

« Nous sommes heureux de pouvoir enfin rentrer chez nous. Nous avons pris nos billets pour le 3 mars », raconte-t-il, fatigué mais soulagé.

« Toujours bloqués aux frontières »

D’autres étudiants sont encore bloqués aux frontières avec la Hongrie. C’est le cas de Hassan*, étudiant à Kharkiv. Contacté par nos soins, il nous raconte, désemparé, sa situation.

« Les bombardements ont commencé jeudi (24 février, ndlr) à Kharkiv. Nous avons dû passer la soirée dans la cave d’une cité universitaire. Le lendemain, sans plus attendre, nous avons décidé de nous rendre à Lviv en train pour rejoindre la Hongrie. Nous sommes partis à 17h. »

« Je n’ose même pas vous raconter ce que l’on a vécu rien que pour monter à bord du train. La traversée a duré 30 heures. C’était très long, le train était saturé et on n’avait même pas d’endroit où s’asseoir. Nous avons donc passé les 30 heures debout, sans nourriture et sans pouvoir fermer l’œil. »

« Arrivés à Lviv, nous en avons profité pour recharger nos téléphones à la gare, avant de reprendre un autre train en direction des frontières avec la Hongrie. Nous avons poursuivi la route sans pouvoir dormir ou nous reposer. »

« Actuellement, on se trouve au niveau des frontières ukrainiennes avec la Hongrie depuis environ 40 heures, dans un froid insupportable. Plusieurs étudiantes, ne supportant plus la fatigue, le manque de sommeil et de nourriture, ont eu des malaises. »

« Nous n’avons pas encore été pris en charge par l’ambassade. Un responsable est venu nous voir, nous promettant de revenir avec des autobus pour nous transporter vers la capitale hongroise, mais il n’est jamais revenu, alors que tous les ressortissants des autres pays sont pris en charge très rapidement après leur arrivée. »

« Nous sommes encore bloqués et ne savons pas quoi faire. Nous espérons que nous serons rapidement pris en charge, parce que l’on ne sait pas comment nous allons pouvoir passer une autre nuit dans ces conditions », conclut-il.

« Seuls 10% à 15% des Marocains ont pu quitter l’Ukraine pour l’instant »

Médias24 a également contacté un Marocain résidant depuis plusieurs années en Ukraine, qui a pu quitter le pays par la Roumanie.

Avec son épouse, il a fait le trajet en voiture. « Pour me rendre en Roumanie à travers le point de passage Siret, j’ai utilisé une application qui renseigne sur la présence ou non de l’armée russe sur la route, ainsi que sur les attaques en cours dans les différentes villes d’Ukraine. Au lieu de faire 700 km de route depuis Dnipropetrovsk, nous en avons fait 1.200 pour arriver à Lviv, afin de contourner tous les endroits dangereux signalés par l’application », nous explique Ismail*.

« Ma voiture est de couleur noire et possède des fenêtres teintées. Avec mon épouse, nous avons failli être attaqués par l’armée ukrainienne dans l’une des villes traversées après l’annonce du couvre-feu. Ils ont cru que nous étions de l’armée russe. »

Selon lui, « la guerre n’est pas près de finir. Elle vient tout juste de commencer. Les Ukrainiens refusent de baisser les bras et les civils commencent à être armés pour défendre leur pays. C’est le cas notamment de mon beau-frère qui a refusé de quitter sa ville. Si la situation continue de dégénérer, la Roumanie, la Hongrie et les autres pays finiront par fermer leurs frontières ».

« Les Marocains et Ukrainiens qui ont pu quitter l’Ukraine sont ceux qui ont fait le départ il y a au moins un ou deux jours. La situation est pire à présent. Sans une intervention des responsables marocains, je ne vois pas comment les étudiants encore bloqués pourront se rendre aux frontières, d’autant que la distance est très longue et que les conditions de déplacement sont de plus en plus difficiles. Sans parler des étudiants en première année qui n’ont pas encore démarré leurs études et suivent toujours des formations pour maîtriser la langue. »

« Sur environ 10.000 étudiants marocains en Ukraine, à peine 10% à 15% ont pu quitter le pays. Certes les autorités marocaines et les ambassadeurs marocains ont fait du bon travail, mais ce n’est pas encore fini. Les ambassades d’Égypte et d’Israël ont dépêché des bus pour ramener leurs ressortissants de différentes villes vers les frontières. Le Maroc doit en faire de même », estime-t-il. [NDLR: une source marocaine nous signale que le recours aux bus est possible pour les petites communautés mais présente d’énormes difficultés pour des communautés importantes comme les Marocains qui sont la deuxième communauté étrangère en Ukraine. Par exemple car il faut escorter chaque bus. L’Inde, premier pays ayant une communauté en Ukraine, n’a pas non plus affrété de bus].

« Ceux qui n’ont pas pu quitter l’Ukraine à temps avaient des contraintes. De nombreuses universités ont refusé de leur rendre leurs passeports. A ma connaissance, 13 Marocains n’ont pas encore pu les récupérer et se retrouvent bloqués dans différentes villes d’Ukraine. Trente autres sont bloqués à Soumy, une ville au nord-est de l’Ukraine où des missiles balistiques commencent à être lancés. Ces étudiants ne pourront pas se rendre seuls aux frontières. Une intervention des autorités marocaines est nécessaire », conclut-il.

* Les prénoms de nos interlocuteurs ont été modifiés.

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