Éclairage public : une économie potentielle d'un milliard de dirhams
Plusieurs grandes villes s’inscrivent dans une démarche d'efficacité énergétique concernant l'éclairage public, en optant pour le contrat de performance énergétique. Cela ouvre un marché considérable aux différents opérateurs, avec un potentiel d'économie estimé à un milliard de dirhams.
"Le potentiel d’économie d’énergie pour notre pays est énorme. On peut l’estimer à 1 milliard de dirhams chaque année, le parc national d’éclairage public étant d’environ 1,6 million de points lumineux", déclare à Médias24 Hadaf Bennis, le président nouvellement élu de l’Association marocaine de l’éclairage public et chef du service éclairage public de la ville de Fès.
C’est grâce au "relamping" que le Maroc peut réaliser ces économies d’énergie. "Le relamping est l’opération qui consiste à remplacer le parc d’éclairage par des technologies comme le LED, qui permettent de réduire la facture énergétique. Les technologies les plus récentes permettent jusqu’à 80% d’économie d’énergie", explique Hadaf Bennis.
D’après lui, les villes marocaines s’inscrivent de plus en plus dans cette démarche. Elles ouvrent ainsi un grand marché, tant pour les exploitants, les fournisseurs, les installateurs que les fournisseurs de service. Cette dynamique ouvre également la voie au développement de solutions de smart city au Maroc.
Mais ce "relamping" demande des moyens financiers dont ne disposent pas toujours les villes, elles se tournent donc vers le contrat de performance énergétique (CPE), un outil qui leur permet de mobiliser le financement et les compétences du secteur privé.
Hadaf Bennis explique que le contrat de performance énergétique peut prendre la forme soit d'une société de développement local (SDL), soit d'un contrat de gestion déléguée, ou encore d’un partenariat public-privé, en notant que cette dernière option ne sera possible qu'après finalisation du cadre juridique du PPP.
Fès a réduit sa facture énergétique de 73% dans certains quartiers
La ville de Fès, dont Hadaf Bennis gère le service d’éclairage public, a déjà réussi par ses moyens propres à faire le relamping de 25% de son parc. Sur les zones où ce relamping a été réalisé, il a été constaté une baisse de la facture énergétique de 73%.
Pour maintenir cet élan, Fès a fait le choix d’une SDL. Après un appel à manifestation d’intérêt, c’est le groupement Citelum-Nabilum qui a été retenu comme partenaire privé. Il sera associé à la commune dans la nouvelle SDL, à hauteur de 49% des parts. L’objectif est d’arriver à une économie d’énergie d’au moins 60% et à un taux de disponibilité (le ratio des lampes allumées à un instant T par rapport à l’ensemble du parc, ndlr) d’au moins 97,5%.
Le partenaire privé avait été choisi en juillet 2018. Cependant, le projet tarde à se concrétiser en raison du manque de financement des redevances du côté de la commune. Selon nos sources, ce dossier est en passe d’être débloqué.
D’autres villes comme Salé et Marrakech ont été précurseures dans la création d'une SDL pour l’éclairage public. Elles ont réussi à faire des économies d’énergie, mais à la différence de Fès, les objectifs ne sont pas contractualisés sous peine de pénalités. Sala Noor (SDL opérant à Salé) a été créée en 2012, en premier lieu dans un souci d’amélioration de la gestion du parc, alors que Hadirate Al Anwar (SDL opérant à Marrakech) a été créée en 2016, à une époque où les technologies n’étaient pas encore abouties.
Dorénavant, beaucoup de villes marocaines se joignent à cette dynamique, mais toutes n’ont pas choisi l’option de la SDL. À Tanger par exemple, le choix a été porté sur un contrat de gestion délégué. Le processus est engagé puisque le conseil de la ville l’a déjà voté. Selon nos sources, Meknès se dirige également dans cette voie.
À Agadir, le chef du service de l’éclairage public, Karim Amkar, contacté par Médias24, révèle que la décision n’a pas encore été prise quant au choix entre la SDL ou la gestion déléguée. Le nouveau plan d'action communal (PAC) est en cours de préparation, et plusieurs pistes seront examinées, y compris des objectifs de performance en interne, sans externaliser cette fonction.
Car, selon Karim Amkar, Agadir a la chance d’avoir un Plan de développement urbain (PDU) qui prévoit de grands investissements en éclairage public, qui comprennent des technologies de dernière génération offrant une efficacité lumineuse de 150 lm/W et permettant la télégestion.
Agadir n’a donc pas le même souci de financement pour le renouvellement du parc que d’autres villes. C’est la raison pour laquelle le besoin de s’associer à un partenaire privé n’est pas aussi crucial. Il signale dans ce sens que le parc de la ville est déjà à près de 15% en technologie LED.
La DGCT soutient cette dynamique
Consciente du potentiel que présente le CPE et pour faciliter la tâche aux communes qui veulent s’engager dans cette voie, la Direction générale des collectivités territoriales (DGCT), au niveau du ministère de l’Intérieur, a adressé en 2018 une circulaire à ce sujet aux différentes communes au Maroc.
Cette circulaire encadre l’ensemble des procédures relatives aux contrats de performance énergétique, notamment le diagnostic du réseau, le choix du mode de gestion, les appels à manifestation d’intérêt et le choix définitif des partenaires privés.
De surcroît, elle s’est attelée à un projet de Plan national d’éclairage public (PNEP), qui prévoit selon nos sources de financer jusqu’à 30% des investissements des communes dans la performance énergétique relative à l’éclairage public.
Contactée par Médias24, une source au sein de la DGCT nous confirme qu’un projet de plan a été préparé en partenariat avec la CDG. À ce jour, il n’a pas encore été validé par le gouvernement, la question du financement du volet subvention n’étant pas encore réglée.
Contactée par Médias24, Mohammed El Haouari, directeur du pôle des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique au sein de l’Agence marocaine pour l’efficacité énergétique (AMEE), nous explique que, dans le cadre de la stratégie énergétique 2030, l’AMEE se tient à la disposition des communes marocaines pour leur offrir l’assistance technique nécessaire, notamment pour la réalisation des études et l’établissement des cahier des charges.
"Nous travaillons également sur le renforcement des capacités des communes, à travers des ateliers de formation et des guides sur la gestion du projet parce que les ressources humaines sont un élément très important pour conduire ce genre de projets", a-t-il souligné.
Une opportunité de développer la smart city
Le renouvellement du parc d'éclairage des villes marocaines, et les contrats de performance énergétique qui se mettent en place sont l'occasion, selon Hadaf Bennis, de penser à intégrer des solutions de smart city. Les CPE peuvent également se concevoir dans ce sens.
En effet, l’éclairage public des villes offre un réseau existant (les câbles) et des supports idéaux (les poteaux) pour déployer des solutions de smart city, comme la télégestion des feux de circulation, la télégestion des systèmes d’arrosage, les caméras de vidéosurveillance, etc. "On pourrait même véhiculer de la data dans les câbles, mais cette technologie n’est pas encore mature", signale-t-il.
Enfin, le renouvellement du parc donne l'opportunité d’intégrer des solutions de smart city y compris dans l’éclairage public, s'agissant de la télégestion de l’allumage des lampes, de l’intensité de la lumière ou encore de la détection des pannes à distance.
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