Recrutement des enseignants : les explications de Chakib Benmoussa

La limite d'âge fixée par le concours de recrutement d'enseignants est-elle légale ou discriminatoire ? Toutes les conditions sont-elles réunies pour assurer l'attractivité du métier d'enseignant ? Quid de la revalorisation des salaires ? Dans un échange avec Médias24, le ministre de l'Éducation nationale répond à ces questions.

Chakib Benmoussa, ministre de l'Education nationale, du Préscolaire et des Sports.

Recrutement des enseignants : les explications de Chakib Benmoussa

Le 21 novembre 2021 à 11h01

Modifié 22 novembre 2021 à 16h19

La limite d'âge fixée par le concours de recrutement d'enseignants est-elle légale ou discriminatoire ? Toutes les conditions sont-elles réunies pour assurer l'attractivité du métier d'enseignant ? Quid de la revalorisation des salaires ? Dans un échange avec Médias24, le ministre de l'Éducation nationale répond à ces questions.

« Nous avons un cap qui a été énoncé et affirmé dans le Nouveau Modèle de développement, dans la déclaration gouvernementale, et devant le Parlement. Nous devons le maintenir si nous voulons transformer l’école en école de qualité qui répond aux attentes, qui est un ascenseur social favorisant l’inclusion. »

Chakib Benmoussa, ministre de l’Éducation nationale, du préscolaire et des sports semble déterminé à conserver les nouveaux paramètres de sélection en vue du recrutement de 15.000 candidats à l’enseignement. Parmi ces critères, un en particulier a suscité de nombreuses critiques et un début de protestation : seuls les candidats ayant moins de 30 ans seront admis à passer ce concours de recrutement.

Benmoussa, qui s’exprimait samedi soir au cours d’un échange avec Médias24, rappelle que « c’est ce critère [une école de qualité répondant aux attentes] qui va déterminer si nous avons réussi notre mission à l’Éducation nationale ».

De ce fait, le ministre semble dire que, toutes choses étant égales par ailleurs, les enseignants débutants ayant moins de 30 ans sont plus performants que les plus âgés. Comment ce postulat est-il étayé ?

Selon nos sources, l’administration de l’Éducation nationale et plusieurs AREFs (Académie régionale de formation) affirment avoir constaté depuis de nombreuses années que les « plus jeunes sont les plus réceptifs à la formation et deviennent des enseignants plus efficaces ».

Que dit la loi ?

Benmoussa fait la lecture suivante : le ministère de l’Éducation nationale doit améliorer la qualité de l’enseignement. Pour cela, il doit, entre autres, recruter les meilleurs profils. Ces profils doivent être bien formés, efficaces, réceptifs aux outils pédagogiques, capables d’atteindre leurs objectifs en matière de qualité de formation.

Le choix d’une carrière d’enseignant ne doit pas être fait par défaut. Il doit être un choix positif, volontaire, effectué par le candidat. À terme, les enseignants seront en majeure partie ou en totalité formés dans les filières spécialisées de l’Éducation, pendant une durée de cinq années après le bac. Actuellement, il n’y a pas plus de 1.500 lauréats des filières de l’Éducation chaque année.

Le ministère recrute des candidats titulaires d’une licence. Ces derniers, supposés être âgés de 22 à 24 ans (l’âge moyen d’un licencié), postulent pour une formation complémentaire d’un an et neuf mois en vue de devenir enseignants. Un âge limite de 30 ans paraît donc un compromis raisonnable.

Les conditions d’âge pour accéder aux postes de cadre d’académie régionale de formation sont arrêtées par décision conjointe des ministères de l’Éducation nationale et des Finances, formant statut des cadres d’académie :

Article 4 :

Tout candidat au recrutement dans l’académie doit remplir les conditions suivantes :

(…) Avoir au moins 18 ans et pas plus de 40 ans (…).

Sous certaines conditions, l’âge maximum est relevé à 45 ans (…)

 

Les conditions fixées pour le recrutement controversé sont donc, selon la lecture du ministre, conformes à l’intervalle fixé par les statuts des cadres d’académie. L’article 4 ne dispose pas un droit des candidats à être âgés de 18 à 40 ans ; mais une obligation faite à l’administration de recruter uniquement des personnes âgées entre 18 ans et 40 ans.

Cette baisse de l’âge maximum est-elle discriminatoire ?

Il appartient aux juristes, voire aux magistrats en cas de recours, de se prononcer. Notons simplement que des limites sont déjà instaurées dans des filières comme la douane ou la sécurité publique.

Selon les recherches effectuées par Médias24, la jurisprudence et les dispositions légales en Europe interdisent toute discrimination fondée sur l’âge dans les recrutements au sein de l’administration publique, si « cette disposition, ce critère ou cette pratique ne sont pas objectivement justifiés par un objectif légitime et que les moyens de réaliser cet objectif ne soient appropriés et nécessaires”.

La fixation d’une limite maximale d’âge est acceptée si « en raison de la nature d’une activité professionnelle ou des conditions de son exercice », ces différences répondent à « une exigence professionnelle essentielle et déterminante, pour autant que l’objectif soit légitime et que l’exigence soit proportionnée ».

Pour résumer, voici la lecture du ministère :

– Il s’agit d’un concours en vue d’une formation qui donnera lieu à un recrutement comme cadre d’académie régionale si le candidat réussit ses différents examens.

– La condition d’âge est indispensable pour améliorer l’efficacité de l’enseignement.

– Cette condition respecte le statut des cadres d’académies régionales de formation.

Notons que le parcours des candidats est le suivant :

– Après présélection et examen, la liste finale des admis est arrêtée. Ceux-ci entament leur parcours dans les centres régionaux de formation début janvier 2022 et jusqu’à juillet 2022.

– En septembre 2022, ils sont affectés à des classes en tant qu’enseignants stagiaires sous la supervision d’un coach.

– En septembre 2023, ceux qui réussissent ce parcours deviennent enseignants.

Le salaire proposé est-il suffisant pour attirer les meilleurs ?

Chalib Benmoussa reconnaît que c’est une question essentielle. « Avec ce concours, nous sommes en train d’opérer une inflexion en attendant les réformes plus consistantes. » L’enseignant est au centre de l’amélioration de la qualité de l’enseignement. Deux points sont essentiels : la formation de l’enseignant et sa rémunération.

« La formation des enseignants sera traitée d’une manière structurelle. L’enseignant sera formé sur une durée de cinq ans, avec des spécialisations, d’une manière adaptée à sa mission future. » Le ministère les aidera par des outils pédagogiques, une formation continue, une réduction de l’encombrement des classes, mais aussi par une amélioration du salaire de démarrage. « Nous sommes en train d’examiner cette question dans le cadre du nouveau statut des enseignants. »

Cette question a été évoquée, parmi d’autres, au cours des rencontres entre Benmoussa et les syndicats. La revalorisation des salaires du corps enseignant, en particulier au démarrage, devrait donc être concrétisée.

Chakib Benmoussa appelle à une mobilisation de l’ensemble des partenaires autour de l’école pour réussir cette transformation vers une école de qualité. Cette évolution suppose « une évaluation directe des apprentissages qui doivent pouvoir être mesurés ». Il va sans dire qu’en contrepartie des revalorisations de salaires, des objectifs d’apprentissage seront fixés aux enseignants.

La réforme prévoit également « davantage d’autonomie aux établissements en contrepartie d’un engagement sur les objectifs d’apprentissage ; une généralisation du préscolaire ; une lutte contre les inégalités, notamment dans les zones rurales ; et une lutte générale contre les taux élevés d’abandon scolaire ».

Nous sommes donc au tout début de réformes profondes, volontaristes, courageuses. L’objectif en est la meilleure formation possible des élèves.

Les termes du nouveau concours de recrutement sont controversés. Si Benmoussa réussit cet examen vis-à-vis de l’opinion publique, il aura pris un avantage psychologique et pourra plus facilement mobiliser autour du projet de réforme.

Dans le cas contraire, le démarrage sera plus difficile. Mais quoi qu’il en soit, ne perdons jamais de vue que l’amélioration de la qualité de l’enseignement public reste vitale pour l’avenir du Maroc, pour l’égalité des chances, et qu’il s’agit du meilleur investissement pour l’avenir.

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