Recrutement des enseignants : voici pourquoi l’âge maximum a été fixé à 30 ans

Le ministre de l'éducation nationale entame son mandat avec une décision courageuse réformant les conditions de recrutement des enseignants. Une décision qui a entrainé sans attendre une levée de boucliers sur les réseaux sociaux et même de la part de certaines personnalités politiques. Médias24 explique les raisons qui ont motivé cette décision.

Recrutement des enseignants : voici pourquoi l’âge maximum a été fixé à 30 ans

Le 20 novembre 2021 à 18h37

Modifié 22 novembre 2021 à 8h40

Le ministre de l'éducation nationale entame son mandat avec une décision courageuse réformant les conditions de recrutement des enseignants. Une décision qui a entrainé sans attendre une levée de boucliers sur les réseaux sociaux et même de la part de certaines personnalités politiques. Médias24 explique les raisons qui ont motivé cette décision.

Il n’a pas fallu attendre longtemps avant que les tensions ne reviennent perturber le secteur de l’éducation. La récente décision du département dirigé par Chakib Benmoussa d’apporter des changements majeurs au processus de recrutement des enseignants, marquant ainsi le démarrage de la réforme de fonds du système éducatif, a entraîné une forte levée de boucliers, notamment contre la condition d’âge.

En effet, le ministère a annoncé le lancement du premier concours du quinquennat du gouvernement Akhannouch pour le recrutement de 15.000 futurs enseignants avec de nouvelles conditions, parmi lesquelles un âge maximum requis de 30 ans.

Le droit au travail vs la qualité de l’enseignement

L’opposition à cette condition est virulente, parfois violente sur les réseaux sociaux. Certains politiques ont également pris la parole avec des arguments qui, souvent, ne vont pas forcément dans le sens de la réforme tant espérée de l’enseignement.

Par exemple, la députée Hanane Rihab de l’USFP a fustigé la décision en basant son argumentaire sur le droit à l’emploi.

« Le feuilleton des régressions sociales à l’ère de la protection sociale a pour indicateur les conditions exigées par le gouvernement pour le recrutement des enseignants : l’âge ne dépasse pas 30 ans, alors qu’il allait auparavant jusqu’à 45 ans et plus… ; la condition d’avoir un baccalauréat ou une licence avec mention, qui n’existait pas dans les précédents concours. De ce fait, ceux qui ont une licence sans mention n’ont pas le droit au travail ; l’exigence de capacité physique, excluant les personnes en situation de handicap… », détaille-t-elle.

Le droit à un travail décent et stable permettant une vie digne à tous les Marocains est indiscutable. Mais est-ce le cœur du débat actuel ? Pas forcément.

La problématique de l’emploi est importante et doit être une priorité pour le gouvernement. Mais, elle doit absolument être dissociée de celle du recrutement dans la fonction publique généralement et dans l’enseignement en particulier.

La question fondamentale, aujourd’hui, est la réforme de l’éducation pour en améliorer la qualité pour les générations futures.

Une source proche du dossier jointe par Médias24 nous explique les soubassements de cette décision. « Le nouveau gouvernement considère que le seul critère de décision en matière d’éducation doit être l’intérêt supérieur de l’élève et la qualité de l’enseignement. La politique de recrutement doit servir exclusivement à recruter les candidats qui auront le plus d’impact positif sur les apprentissages des élèves tout au long de leur carrière », nous explique notre source.

« Dans cette perspective, la politique de recrutement du gouvernement peut se résumer en une phrase : « faire des métiers de l’éducation un choix de début de carrière pour les meilleurs étudiants », ce choix a été fait par tous les pays qui disposent de systèmes éducatifs performants. Pourquoi le Maroc se priverait-il d’un levier d’amélioration de la qualité de l’enseignement qui a fonctionné ailleurs ? », poursuit-elle.

« On veut investir sur la formation et le développement professionnel avec des impacts durables sur les élèves. Investir dans un jeune de 23 ans permet de construire un engagement durable avec un développement professionnel cumulatif. Si un patron a le choix, il investira sur la carrière d’un nouveau journaliste âgé de 25 ans ou de 45 ans ? », interroge notre interlocuteur.

Mais, l’argument principal des opposants aux nouvelles conditions notamment celle de l’âge se base sur son fondement juridique. Les opposants estiment que le ministère enfreint le statut fondamental des cadres des AREF, qui fixe l’âge dans la limite de 45 ans.

Sur ce volet, une source au ministère affirme que le statut des cadres des AREF, fixe l’âge de recrutement de 18 à 45 ans. « Nous sommes dans cette plage, donc nous respectons la loi en vigueur », nous explique-t-on.

Pourquoi l’âge maximum a été fixé à 30 ans

Au-delà du débat purement juridique, les amendements apportés au processus de recrutement ont un objectif sur le long terme et une vision nouvelle. Une source proche du dossier explique que l’avis de recrutement publié par le ministère de l’éducation est fondé sur « trois grands principes qui servent exclusivement l’intérêt de l’élève ».

1- Attirer et sélectionner les meilleurs étudiants grâce à une procédure de présélection basée sur des critères transparents. « Les filières d’excellence comme la médecine s’appuient sur le même type de présélection pour sélectionner les meilleurs étudiants vers les métiers de la santé. Bien sélectionner nos enseignants n’est pas moins important que bien sélectionner nos médecins« , explique notre source.

2- Attirer les candidats qui vont avoir l’impact le plus durable sur l’apprentissage des élèves. « Le gouvernement est convaincu qu’il faut investir massivement sur la formation et la motivation des enseignants. Dans les systèmes éducatifs les plus performants dans le monde, les enseignants suivent une formation de 5 ans, directement après le baccalauréat et commencent leur carrière en moyenne à 23-24 ans, ce qui leur permet de développer leurs compétences professionnelles tout au long de leur parcours de carrière ».

« Le gouvernement souhaite s’orienter progressivement dans cette direction en faisant en sorte qu’à moyen terme, la majorité des nouveaux enseignants soient issus d’un parcours de formation de 5 ans en éducation directement après le bac« , assure notre source.

3- Attirer des candidats qui ont une véritable vocation pour l’éducation pour en faire des professionnels hautement qualifiés. « L’éducation doit être un choix positif et assumé en début de carrière et non pas une solution d’emploi par défaut en cas de chômage. Faire du métier d’enseignant un choix de début de carrière permet d’attirer les candidats ayant une véritable vocation. Le gouvernement veut renforcer la professionnalisation du métier de l’enseignant qu’il considère comme un métier d’expert et de haute qualification. Or tous professionnels hautement qualifiés choisissent leur métier en début de carrière et non pas à l’âge de 35 ans ou 45 ans (avocats, notaires, médecins, ingénieurs, architectes). Car la maîtrise professionnelle se développe tout au long d’un parcours de carrière qui doit commencer le plus tôt possible », conclut notre source.

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