Un entretien avec Samir Abdelkrim, fondateur du programme Emerging Mediterranean

Le programme Emerging Mediterranean vient d’être lancé pour sa 2ème édition en Mauritanie, Maroc, Algérie, Tunisie et Libye. L’objectif est d’identifier et d’accélérer des startups de la « Tech For Good ». Médias24 a échangé avec Samir Abdelkrim, initiateur du programme, entrepreneur et auteur de l’ouvrage « Startup Lions, au cœur de l’African Tech ».

Samir Abdelkrim

Un entretien avec Samir Abdelkrim, fondateur du programme Emerging Mediterranean

Le 21 juin 2021 à 17h57

Modifié 21 juin 2021 à 18h49

Le programme Emerging Mediterranean vient d’être lancé pour sa 2ème édition en Mauritanie, Maroc, Algérie, Tunisie et Libye. L’objectif est d’identifier et d’accélérer des startups de la « Tech For Good ». Médias24 a échangé avec Samir Abdelkrim, initiateur du programme, entrepreneur et auteur de l’ouvrage « Startup Lions, au cœur de l’African Tech ».

Médias24:  Quel regard portez-vous sur l’évolution de l’écosystème de l’innovation au Maroc en particulier et dans la Méditerranée en général?

Samir Abdelkrim: Les écosystèmes d’innovation méditerranéens bénéficient, ces dernières années, d’une attractivité sans précédent auprès des investisseurs, avec des levées de fonds records et une forte croissance des volumes sécurisés depuis 3-4 ans.

Ainsi selon le rapport annuel de Partech Africa, 19 millions de dollars ont été captés dès 2019 lors de 8 importantes levées de fonds au Maghreb, dont 2 tours de tables supérieurs à 5 millions de dollars. La rive sud de la Méditerranée fait donc peu à peu figure d’eldorado en puissance pour les startups du continent, alors que Maroc et Tunisie font la course en tête pour le nombre de deals, respectivement à 13 et 12 tours de table en 2020, placés en 6ème et 7ème positions juste aux pieds du « Big Four ».

L’émergence de fonds locaux comme Outlierz Ventures au Maroc, ou Algebra et Sawari en Égypte combinée à l’apparition de maxi-deals dans la région – 40 millions de dollars pour la HealthTech cairote Vezeeta cette année, et 7 millions dollars pour la tunisienne Instadeep dès 2019 – sont ainsi des signaux très encourageants. Un nouveau narratif positif pour la région, qui pourrait bien devenir le prochain moteur de la croissance digitale africaine si elle confirmait ses belles performances en 2021.

L’autre signal fort envoyé par les écosystèmes, et on le voit très fortement à travers le programme Emerging Mediteranean, qui a enregistré plus d’un tiers de candidatures portées par des femmes en 2020, se situe du côté de l’entrepreneuriat féminin, avec une progression conséquente dans la part des volumes levés (14% des fonds levés sur le continent), en croissance de +8% en 2020, toujours selon Partech.

De même, les startups fondées par des femmes ont réalisé 47 tours de table en 2020, soit une envolée de +9% sur l’année précédente.

– Quelles sont vos recommandations pour l’amélioration de l’écosystème de l’innovation dans la Méditerranée ?

-Le sujet est très vaste, et requiert quoi qu’il arrive, l’engagement combiné de différentes typologies d’acteurs : monde entrepreneurial, régulateurs, bailleurs mais aussi grands corporates, universitaires et médias qui doivent tous prendre leur part au sein de l’écosystème. Ce qui remonte du terrain à travers notre dialogue permanent avec les entrepreneurs, c’est leur besoin d’accompagnement, bien sûr, mais surtout un besoin de simplicité : libérer l’énergie de ceux qui construisent et entreprennent au quotidien en simplifiant les normes, en fluidifiant les démarches administratives et en rendant attractive la création de société et des emplois qui vont avec.

Ce travail de régulation, il est déjà à l’œuvre dans plusieurs pays méditerranéens, et on pense bien sûr au Startup Act tunisien : pionnier sur le continent, il a déjà décidé l’entrée en vigueur de mesures cruciales pour la progression de l’écosystème tech national, telles que la possibilité pour les entrepreneurs de prendre un an de congé pour se dédier entièrement à leur projet d’entreprise, la prise en charge par l’État des charges salariales et patronales de la startup ainsi que ses frais d’enregistrement et de brevets, tandis que des déductions fiscales sont consenties aux investisseurs pour attirer VC et Fonds internationaux.

Enfin, et c’est l’une des raisons d’être du programme Emerging Mediterranean, les entrepreneurs de l’innovation positive ont besoin d’être valorisés, et les décideurs sensibilisés à leur impact sur les sociétés méditerranéennes. C’est ce que nous mettons en place à travers notre plaidoyer. Au-delà des décideurs, c’est ainsi toute une nouvelle génération de leaders d’un digital social et durable qui ont la capacité d’être inspirés par les role models d’aujourd’hui en méditerranée.

– Comment ont évolué les startups qui ont été accompagnées lors de la première édition? Est-ce qu’elles ont pu lever des fonds?

-Nous sommes très fiers des lauréats de ce premier cycle 2020 : faciliter l’accès aux soins médicaux grâce aux médecins de la diaspora en Libye, aider les artisans marocains à promouvoir leurs produits et trouver de nouveaux débouchés en ligne ou encore revaloriser les déchets plastiques via des groupements de femmes en Mauritanie : autant de projets à impact qui ont bénéficié d’une très belle visibilité tout au long du programme.

Un accompagnement qui est encore en cours, puisque nos lauréats 2020 terminent à peine leur formation au passage à l’échelle au sein du Social and Inclusive Business Camp, un programme panafricain à haute valeur ajoutée conçu par l’AFD dès 2017, et que leurs projets seront mis en valeur à nouveau en novembre prochain dans le cadre du Dialogue des deux rives, à Marseille.

Quant à la levée de fonds, après avoir pu pitcher en avril leur projet devant un panel d’investisseurs à impact lors du Sommet Emerging Valley, les retours de nos lauréats sont déjà très positifs, puisqu’Olfa Kilani, Fondatrice de Kyto-Prod et Lauréate Emerging Mediterranean Tunisie, nous a par exemple confié récemment avoir entièrement adopté le modèle de pitch recommandé par le programme Emerging Mediterranean, qui lui permet de convaincre plus facilement ses interlocuteurs. De même pour la lauréate mauritanienne Aminetou Sy, de la société Daaddo VDP, qui dit avoir amélioré son projet grâce au programme, en affinant son produit et en développant une meilleure stratégie de pénétration du marché. Des efforts et des enseignements qui portent donc déjà leurs fruits !

– Quelles sont vos attentes cette année vis-à-vis des startups ?

-En 2020, pour notre premier cycle Emerging Mediterranean, nous avons enregistré de superbes résultats, qui témoignent d’un très bel engouement des entrepreneurs sur le terrain pour le programme. Plusieurs candidatures sur un périmètre resserré de 5 pays en un mois à peine !

Nous souhaitons donc aller encore plus loin en 2021, en misant sur notre réseau de partenaires expérimentés en Méditerranée : Hadina RIMTIC et la Jeune Chambre de Commerce de Mauritanie, LaStartupFactory et le TechnoPark de Casablanca, le Conseil Algérien du Patronat Citoyen, Connect’Innov en Tunisie, Expertise France côté Libye et Tunisie, ou encore l’Agence Universitaire de la Francophonie. Tous s’engagent à nos côtés pour atteindre les porteurs de projets au plus près des écosystèmes.

Comme pour l’année 2020, Emerging Mediterranean s’adresse aux startups sur 5 thématiques clés de la Tech for Good : Inclusion sociale et financière, Mobilité, AgriTech, E-santé et Climat. Mais plus encore que l’an passé, nous souhaitons mettre en avant l’entrepreneuriat féminin, et nous réfléchissons déjà à développer des contenus dédiés à la thématique pour les prochains cycles du programme.

– Comment le projet Emerging Mediterranean peut-il devenir le Lab des Objectifs du Développement Durable?

-L’un des objectifs du programme, au fil de sa montée en puissance, est de produire du savoir et des connaissances actionnables sur l’innovation positive entre nos deux rives, pour devenir le DoTank de la Tech For Good en Méditerranée.

Comme j’ai pu le dire plus tôt, le véritable enjeu pour faire progresser les écosystèmes est celui du plaidoyer, et nous avons déjà entrepris, dès 2020 et au travers de conférences et de débats de fonds avec les experts de la Tech For Good en Méditerranée, de nous y atteler afin d’inspirer les générations futures et de valoriser l’impact des entrepreneurs sociaux auprès des décideurs de la région.

Pour cela, nous comptons réaliser plusieurs publications chaque année sur les grands enjeux de la Tech For Good en Méditerranée, en partenariat avec l’écosystème Emerging Mediterranean et sur des supports et des médias très variés, avec des articles réguliers, des reportages, la parution de Livre Blanc et également d’autres formats qui sont en cours de réflexion : n’hésitez pas à suivre nos actus sur nos différents réseaux sociaux, comme sur notre site  et surtout à candidater jusqu’au 27 juin sur https://emergingmediterranean.co/candidater/

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