Ahmed Reda Chami : 6% de croissance par an, c’est possible

VERBATIM. Que propose la Commission Spéciale sur le Modèle de développement sur le volet économique ? La réponse avec Ahmed Reda Chami qui a fait une présentation des grands chapitres, lors d'un débat organisé par Médias24. Détails.

Ahmed Reda Chami, président du CESE

Ahmed Reda Chami : 6% de croissance par an, c’est possible

Le 5 juin 2021 à 11h02

Modifié 5 juin 2021 à 12h34

VERBATIM. Que propose la Commission Spéciale sur le Modèle de développement sur le volet économique ? La réponse avec Ahmed Reda Chami qui a fait une présentation des grands chapitres, lors d'un débat organisé par Médias24. Détails.

Ahmed Reda Chami fait partie des membres de la commission spéciale du modèle de développement qui ont la charge d’expliquer tout le travail effectué.

Lors du débat organisé par Médias24  jeudi 3 mai 2021 au siège de la CSMD, autour de la composante économique du nouveau modèle de développement, Chami a présenté un récapitulatif des propositions de la commission. La vidéo intégrale des propos et de la présentation d’Ahmed Reda Chami est disponible ici.

Un objectif de 6% de croissance annuelle

« L’économie fait partie d’un tout cohérent », explique-t-il pour remettre les choses dans leur contexte.

« Quand on regarde la croissance économique au Maroc sur la dernière décennie, on est à 3,5%, c’est faible. L’ambition du nouveau modèle, c’est de porter ces 3,5% à 6% en moyenne jusqu’en 2035 », avance-t-il.

La croissance est ici pensée comme un moteur de développement. « Le nouveau modèle est composé de plusieurs axes comme l’inclusion, la protection sociale,… si jamais on ne génère pas assez de croissance, on ne pourra pas financer les grands chantiers du nouveau modèle », précise Chami.

« On ne pourra pas non plus créer suffisamment d’emplois, alors que de nombreux jeunes arrivent sur le marché de l’emploi », et sans compter le stock de NEET (Not in Education, Employment or Training; ni emploi, ni éducation, ni formation).

« Je vous le dis dès maintenant, nous pensons que c’est faisable. Nous avons fait un travail de fond pour essayer d’identifier tous les gisements de croissance non encore exploités », poursuit l’orateur.

Mais il ne s’agit pas de n’importe quelle croissance. Il faut qu’elle soit de qualité, plus efficiente, plus résiliente et plus équitable.

« Quand on parle d’efficience, il y a trois sujets qui arrivent en tête », précise-t-il.

« La croissance réalisée jusqu’à aujourd’hui s’est faite essentiellement par l’accumulation de capital. On pense que les entreprises, avec le capital existant peuvent devenir plus productives et plus efficientes et générer plus de croissance ».

« Deuxième poche de croissance, c’est l’investissement public. Notre investissement est important mais ne génère pas assez de croissance. Cet investissement public peut aller vers des capacités productives plus intéressantes ».

« L’investissement privé représente 40% à 50% de la FBCF (formation brute de capital fixe). En Turquie, ce taux est de 80% ».

Pour ce qui est de la résilience, la CSMD préconise d’avoir une base économique diversifiée. « Si on a un problème sur un secteur en particulier, comme pour le cas du tourisme, il y a d’autres moteurs de croissance qui peuvent prendre le relais ».

C’est une croissance qui doit être répartie équitablement sur les individus et les territoires. « Trois régions concentrent  plus de 50% du PIB marocain. Beaucoup d’autres régions sont bien en deçà de leur potentialités », regrette Chami.

Où sont les gisements de croissance ?

Le constat est posé et le cap fixé, où sont donc ces gisements de croissance qui nous permettront d’atteindre les objectifs?

« Nous avons réalisé une cartographie des différents secteurs qui peuvent être ces moteurs de croissance ».

Ils sont classés en 4 catégories comme l’illustre le tableau ci-dessous :

Dans le capital naturel, « on retrouve le phosphate, les mines qui ne sont pas assez exploitées, l’agro-alimentaire où le taux de transformation est faible,… ».

On y retrouve également l’énergie. « Nous sommes dotés de sources énergétiques extraordinaires (le soleil et le vent). Et nous avons la capacité énergétique d’un Nigéria ou d’un Vénézuéla pour exploiter cette énergie-là et créer de l’électricité à faible coût », avance Chami.

« Il faut qu’il y ait une vraie réforme du secteur énergétique au Maroc: un régulateur fort qui gère toutes les énergies; de son côté, l’ONEE doit se concentrer sur un métier qui peut être le transport; le privé assure la production; des sociétés régionales feraient la distribution.,… tout cela peut être fait, mais cela demande des moyens et de l’ambition », poursuit Chami.

Mais le jeu en vaut la chandelle, car « en bout en course, on aura une énergie pas chère, donc une industrie compétitive, on peut faire du dessalement d’eau de mer puisqu’on aura de l’énergie abordable », ajoute-t-il.

L’ex-ministre évoque également l’économie bleue. « On a 3.500 km de côtes, la pêche ne représente pas plus de 2 ou 3% du PIB alors qu’on peut en faire une véritable industrie ».

« Quand on voit toutes ces potentialités, on se dit que nous avons à peine commencé dans certains secteurs à gratter la surface. Il reste encore beaucoup de choses à faire », insiste-t-il.

Pour exploiter ces potentialités, il faut une révolution entrepreneuriale. « Il faut beaucoup plus d’acteurs, il faut moderniser le secteur, diversifier le tissu économique, monter en gamme et internationaliser », avance Chami.

Le président du CESE explique que la montée en gamme passe par la sophistication. « Il faut faire des produits plus sophistiqués. La sophistication ne peut venir que de l’innovation. Aujourd’hui, seulement 6% des entreprises marocaines ont de la R&D », regrette-t-il. Les entreprises déposent chaque année 50 brevets. En Turquie, elles déposent 5.000 brevets.

« Le pourcentage des cadres moyens et supérieurs engagés par l’industrie marocaine est de 8%. Dans les pays développés ils sont 60°%, dans les pays émergents  sont entre 20 et 30%. Il faut savoir que ce manque d’encadrement génère une économie très peu sophistiquée », explique-t-il.

L’idée globale est que « le privé marocain doit se mobiliser autour de ce nouveau modèle de développement pour moderniser, diversifier, monter en gamme et s’internationaliser. L’Etat va venir enlever les blocages et mettre les incitations pour permettre de vivre une révolution entrepreneuriale ».

Il faut lever les obstacles

« On a essayé de voir les obstacles. On en a détecté deux types. Des obstacles génériques horizontaux et d’autres verticaux sectoriels », explique-t-il.

« A côté de cela, on a soulevé un autre lièvre. On se dit l’économie marchande aura du mal à atteindre les objectifs fixés surtout au cours des premières années. Donc il y a une autre opportunité, c’est l’économie sociale qui doit être abordée d’une autre façon », avance Chami.

« Il ne faut plus que ce soit une économie de subsistance, ce ne sont pas que des petites activités génératrices de revenus dans des petites coopératives qui font de la transformation de produits de terroir ou autres », poursuit-il.

« Il faut plus de la structuration. Il faut un vrai cadre fondateur de cette économie sociale avec une loi-cadre, des acteurs définis, des statuts définis, du  financement, une relation claire avec l’État et les institutions », avance-t-il.

« Les acteurs de cette économie vont jouer un rôle important dans le système territorial. Une des opportunités de cette économie sociale, c’est la délégation du service public. On peut déléguer de l’assistance sociale, la petite enfance, de l’économie circulaire, la culture, … Juste un chiffre, le pourcentage d’emploi dans les associations au Maroc c’est 0,5%, en France c’est 8% », précise Ahmed Reda Chami. Le potentiel est donc immense pour notre pays.

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