Voici pourquoi les prix de l’acier flambent au Maroc et dans le monde

Les cours des minerais et matériaux flambent à l'international n'épargnant pas le Maroc. Le prix de l'acier est passé de 7,20 DH à plus de 12 DH/Kg à cause de la hausse des prix de la matière première.

Voici pourquoi les prix de l’acier flambent au Maroc et dans le monde

Le 24 mai 2021 à 20h40

Modifié 24 mai 2021 à 20h42

Les cours des minerais et matériaux flambent à l'international n'épargnant pas le Maroc. Le prix de l'acier est passé de 7,20 DH à plus de 12 DH/Kg à cause de la hausse des prix de la matière première.

« Je suis venu récupérer une commande d’acier ce matin et je découvre que le prix a augmenté de 2,7 DH le kg. Je n’arrive pas à récupérer ma commande et je continue de chercher une issue avec mon fournisseur », témoigne un entrepreneur de construction qui se plaint des prix de l’acier qui enregistrent des hausses successives, ne leur permettant pas d’avoir de la visibilité.

D’un peu plus de 7 DH, le kilogramme d’acier flambe à plus de 12 DH, laissant acteurs et opérateurs économiques perplexes. La hausse, parfois imprévisible, impacte leur activité et les prix proposés à leur clients.

La sidérurgie est une industrie lourde, une industrie industrialisante dont les produits sont utilisés dans quasiment toutes les activités industrielles de l’industrie automobile, des industries mécaniques, du travail des métaux et du bâtiment.

Une tendance internationale haussière depuis 2019

La hausse des prix sur le marché intérieur trouve son origine dans la hausse des cours à l’international. « Le début de cette tendance haussière remonte à 2019, quand le Brésil un des principaux producteurs mondiaux de fer a vécu une vraie catastrophe minière qui a causé la fermeture de plusieurs mines de fer », nous explique Ismail Akalay, président de l’Association Marocaine des Sidérurgistes (AMS).

L’événement auquel il fait référence est la rupture d’un barrage minier appartenant au premier producteur international, Vale. Cet accident a causé une catastrophe écologique et humaine avec le décès de plus de 270 personnes.

Vale a été dans l’obligation d’arrêter une partie de son activité, impactant ainsi l’offre mondiale. « Suite à cet incident, le cours du fer (matière première de l’acier) a amorcé une hausse, qui s’est accentuée au fil des mois car l’autre principal producteur mondial, l’Australie a également enregistré une baisse de sa production à causes de conditions climatiques », poursuit notre source.

Une production mondiale en baisse et une demande en hausse dès 2020 due essentiellement à la Chine ont fait flamber les cours.

« Malgré la pandémie, le marché est tiré vers le haut par le demande chinoise. Le minerai qui s’échangeait à 70$/T  fin 2020, a atteint 220 $/T cette semaine. Tous les métaux affichent une tendance haussière. Le cours du cuivre, par exemple, est passé de 6.000$/T à plus de 10.000$/t », confie Ismail Akalay. La Chine, à elle seule, consomme la moitié de la production mondiale de fer pour produire de l’acier pour sa demande interne.

Hatim Senhaji, directeur général de Magreb Steel, apporte un autre éclairage. « Les cours du fer et ceux de l’acier n’évoluent pas toujours dans le même sens. Par exemple, sur la dernière semaine, le prix du minerai a baissé alors que celui de l’acier augmentait. Au premier semestre 2019, c’était l’inverse. Le prix du minerai de fer a augmenté alors que le prix de l’acier baissait. La hausse des cours de l’acier répondent actuellement plus à une dynamique d’offre et de demande qu’à l’impact de la hausse des cours du fer », avance notre interlocuteur.

« Avec la pandémie, il y a une hausse de la demande pour l’acier tirée par une forte demande pour les produits électroménagers, les voitures ou le logement, dépassant l’offre disponible. Ce qui se répercute sur les prix », poursuit-il. Selon ce dernier, le marché structurellement en surcapacité ne fonctionnait pas à plein régime. Plusieurs aciéries étaient en arrêt. L’importante hausse de la demande, de façon conjoncturelle, a dépassé l’offre.

Les mesures de sauvegardes maintenues

Automatiquement, les prix sur le marché intérieur augmentent comme nous l’avons avancé plus haut car elles suivent les cours internationaux. « Mais la hausse du prix de l’acier au Maroc a été moins importante que celle enregistrée ailleurs dans le monde comme en Europe ou en Turquie, à titre de comparaison », affirme le président des sidérurgistes.

Un avis partagé par le DG de Maghreb Steel. « Les stocks dont nous disposions nous ont permis de contenir cette hausse et d’amortir le choc pour les acteurs nationaux. Nous avons joué un rôle de tampon en priorisant nos clients locaux, même au détriment de clients historique à l’export », avance-t-il, en assurant qu’au Maroc, malgré la hausse, il n’y a pas eu de rupture d’approvisionnement comme d’autres pays, ne disposant pas de capacité locale suffisante, qui ont carrément vécu des pénuries.

Au Maroc, le marché de l’acier est un marché particulier protégé par des mesures de sauvegarde. Quel impact de ces hausses à l’international, à la lumière de l’application des mesures de sauvegardes?

« Le coût de vente de l’acier a été pendant quelques mois inférieur à celui du produit importé », précise Ismail Akalay. « Durant les mois de février, de mars et d’avril, les prix des produits marocains étaient moins cher que les prix des produits importés, sans clause de sauvegarde. Aujourd’hui, les prix marocains sont moins chers en prenant en compte la clause de sauvegarde », ajoute-t-il.

Par ailleurs, le directeur général de Maghreb Steel rappelle que « les mesures de sauvegarde sont là pour répondre à une donnée structurelle du marché, à savoir une suroffre sur le marché de l’acier, poussant les producteurs à vendre même à perte car cela leur coûte moins cher que d’arrêter la production ».

La hausse se maintiendra quelques mois

Elles restent donc valables même si les prix marocains ont été, temporairement, plus compétitifs que les produits importés.

« La tendance finira par s’inverser et se résorber, ça prendra un peu de temps. Structurellement, la capacité de production mondiale dépasse la demande, même celle enregistrée actuellement et qui est exceptionnelle ».

Pour Ismail Akalay, la situation actuelle risque de durer jusqu’à fin juillet, début août. Un retour à la normale au niveau du marché international est espéré au deuxième semestre 2021, voire dernier trimestre de l’année. « Il faut compter un décalage de deux ou trois mois avant de voir les prix baisser à nouveau », pronostique le président de l’AMS.

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