Brahim Fassi-Fihri : L’UE doit se prononcer sur la souveraineté du Maroc sur le Sahara

Le 24 février, Bourita a invité l’UE à sortir de sa zone de confort pour résoudre le conflit du Sahara. C'est le deuxième appel du genre après la proclamation américaine. Le même jour, l"ambassadrice de l’UE a déclaré que les 27 ne pourront pas reconnaitre la marocanité du Sahara sans tenir au préalable un débat au Conseil européen, même si actuellement la majorité de ses membres soutiennent le plan d’autonomie proposé par le Maroc. Une position battue en brèche par Brahim Fassi-Fihri, président du think tank Amadeus, pour qui il n’y a aucune contradiction entre soutenir le plan d’autonomie marocain et reconnaître sa souveraineté.

Brahim Fassi-Fihri : L’UE doit se prononcer sur la souveraineté du Maroc sur le Sahara

Le 25 février 2021 à 19h33

Modifié 11 avril 2021 à 2h50

Le 24 février, Bourita a invité l’UE à sortir de sa zone de confort pour résoudre le conflit du Sahara. C'est le deuxième appel du genre après la proclamation américaine. Le même jour, l"ambassadrice de l’UE a déclaré que les 27 ne pourront pas reconnaitre la marocanité du Sahara sans tenir au préalable un débat au Conseil européen, même si actuellement la majorité de ses membres soutiennent le plan d’autonomie proposé par le Maroc. Une position battue en brèche par Brahim Fassi-Fihri, président du think tank Amadeus, pour qui il n’y a aucune contradiction entre soutenir le plan d’autonomie marocain et reconnaître sa souveraineté.

Depuis le 10 décembre 2020, date de la proclamation américaine sur la marocanité du Sahara, le Maroc capitalise sur la reconnaissance de la 1ère puissance mondiale pour convaincre d’autres pays de la suivre, notamment les 27 qui constituent l’Union européenne.

Le MAE appelle le vieux continent à se prononcer sur la marocanité du Sahara

En effet, si plusieurs pays ont suivi ou précédé les Américains en installant un consulat dans les villes de Dakhla ou Laâyoune, aucune des grandes capitales européennes n’a, pour l’instant, sauté le pas.

C’est sans doute la raison pour laquelle le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita a interpelé à deux reprises l’Europe, en l’invitant d’abord à s’inscrire dans la dynamique internationale enclenchée, par le large soutien au plan d’autonomie marocain puis à sortir de sa zone de confort.

Une démarche logique quand on sait que l’UE est la 2ème puissance mondiale après les Etats-Unis qui, après avoir longtemps soutenu le plan d’autonomie marocain, ont reconnu la marocanité du Sahara.

Devant l’immobilisme de Bruxelles, le Maroc joue la carte de ses relations bilatérales avec chaque partenaire européen qu’il tâche de convaincre de se positionner sur ce dossier en mettant en avant les pertes régionales engendrées par ce conflit gelé depuis bien trop longtemps.

« Pour l’instant, la position de l’UE reste inchangée »

Interrogée par Médias24 sur la position de l’UE par rapport à cette reconnaissance américaine, lors d’une conférence de presse tenue à sa résidence le 24 février, Claudia Wiedey, ambassadrice européenne à Rabat, nous a déclaré que les 27 pays étaient tenus d’avoir une position commune en politique étrangère et qu’ils préféreraient toujours agir sous l’égide de l’ONU.

« La position de l’UE sur la question du Sahara n’a pas changé ; nous restons sur une ligne multilatéraliste et pensons que cette question doit être réglée grâce au processus actuel de l’ONU.

« Les pays de l’UE n’ont pas le droit de suivre la position américaine »

« Pour cela, nous souhaitons que le processus politique redémarre le plus rapidement possible afin de trouver une solution durable, politique et acceptable car nous sommes persuadés que ce sera à l’avantage du Maroc et de la région qui est la moins intégrée du monde avec des pertes économiques énormes.

« Sachant que nous devons afficher une neutralité calquée sur celle de l’ONU, il n’est donc pas possible, dans l’état actuel des choses, qu’un des 27 pays de l’UE se prononce à titre individuel en reconnaissant la marocanité du Sahara.

« Actuellement, le seul pays européen libre de faire ce qu’il veut en matière de politique étrangère et de suivre la proclamation américaine est la Grande-Bretagne qui a justement choisi de quitter l’Union européenne.

L’UE pourra changer de position après un débat au Conseil de l’Europe

« Ceci dit, les 27 peuvent lancer une discussion au niveau du Conseil européen pour changer la position de neutralité mais il faudra d’abord initier un débat et aboutir à une décision qui pour l’instant n’est pas à l’ordre du jour », a conclu l’ambassadrice en ajoutant que si les investisseurs européens avaient  le droit de s’installer où ils voulaient, l’UE n’a pour l’instant entamé aucune vraie discussion pour ouvrir un éventuel  consulat à Dakhla ou Laayoune.

« Le processus onusien n’empêche pas de prendre position »

Appelé à commenter les propos de l’ambassadrice qui justifient la non-reconnaissance européenne de la marocanité du Sahara, le président du think tank Amadeus, Brahim Fassi-Fihri objecte d’emblée que l’argument du multilatéralisme a bon dos pour ne pas reconnaitre la souveraineté territoriale du Maroc.

« Il n’y a aucune contradiction entre reconnaître la marocanité du Sahara et soutenir le processus politique onusien car c’est l’esprit même de la position américaine défendue par le département d’Etat par la voix de son speaker Ned Price lors de son dernier point de presse.

« Soutenir le plan d’autonomie revient à reconnaître la souveraineté du Maroc »

« Selon moi, c’est une façon de chercher à ménager la chèvre et le chou parce que si la position européenne a toujours consisté à soutenir le plan marocain d’autonomie, il est ridicule de ne pas préciser clairement dans quel cadre elle doit s’exprimer à savoir sous souveraineté marocaine car on ne peut pas séparer le contenant du contenu.

« C’est l’Algérie qui empêche l’UE de sauter le pas »

« Pendant longtemps, l’UE a cherché à maintenir de bonnes relations avec l’Algérie qui peut exercer des pressions énergétiques sur ses clients et d’autre part avec le Maroc, le gentil bon élève que l’on n’applaudit que d’une seule main pour ne pas froisser son voisin.

« Lors de sa dernière sortie médiatique, Nasser Bourita a d’ailleurs très bien expliqué que le peu d’empressement de l’UE à reconnaitre notre souveraineté, qualifié à raison de zone de confort, était dû à une volonté de ménager le voisin alors qu’on ne peut pas comparer un partenaire modèle avec un pays complètement fragilisé qui passe son temps à menacer sans rien proposer de concret.

La proclamation américaine contredit la position européenne

« Aujourd’hui, la décision (américaine) est extrêmement disruptive et elle va totalement ringardiser la position européenne de statu quo en démontrant qu’on peut à la fois soutenir le processus onusien et reconnaitre la souveraineté du Maroc sur son Sahara.

« Elle appelle aussi les pays à suivre leur logique jusqu’au bout puisqu’on ne peut pas différencier le soutien de la prééminence de l’autonomie qui s’exercera au Sahara sans reconnaitre de facto la souveraineté du Maroc », explique Fassi-Fihri qui juge inévitable un alignement sur la position US.

Il n’y a pas de consensus européen sur le dossier du Sahara

Sur les prochains pays à rejoindre le camp américain, notre interlocuteur rappelle d’abord que plusieurs pays européens dont la France ont participé en décembre dernier à la conférence sur la marocanité du Sahara et que cette présence montre bien qu’il  n’y a pas de véritable consensus en politique étrangère dans l’UE.

« Si officiellement l’institution européenne est tenue d’avoir une position commune, rien n’empêche les pays membres d’avoir  la leur.

 A partir de là, il est faux d’affirmer que l’UE est unie sur le sujet du Sahara marocain surtout quand on sait que la France a toujours défendu la position marocaine au Conseil de sécurité contre l’avis d’autres pays de l’UE.

« La reconnaissance US est un train à grande vitesse qui ne peut plus être arrêté »

« D’ailleurs au fil des dernières années, chaque nouvelle résolution de l’ONU est de plus en plus favorable au Royaume.

« A ce propos, la prochaine qui sera discutée en avril prochain au Conseil de sécurité ne pourra que s’inscrire positivement dans le cadre de la récente décision de reconnaissance américaine, qualifiée à juste titre par notre MAE de dynamique d’un train à grande vitesse en marche qui ne peut plus être stoppée.

« La balance penche désormais pour le Maroc »

« Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à rappeler le nombre croissant de déclarations d’hommes politiques français de tous bords partisans soutiennent officiellement et directement la position marocaine.

« L’histoire est en train de s’accélérer et la dynamique en cours va bientôt aboutir à une résolution de ce conflit.

« De plus, les pays qui attendaient la réaction de l’administration Biden pour se positionner sont désormais fixés sur la poursuite de son soutien à la cause du Maroc », conclut Fassi-Fihri qui se félicite du fait que le rapport de force à l’échelle internationale soit désormais largement en faveur du Maroc.

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