Le commerce sur les réseaux sociaux a explosé depuis le déclenchement de la crise

Le social commerce n’a jamais été aussi dynamique au Maroc qu’en 2020. Cette activité, à savoir le recours aux réseaux sociaux pour l’achat et la vente de produits, a pris de l’ampleur depuis le confinement en mars dernier, grâce à l’accessibilité de ces canaux et leur facilité d’usage.

Le commerce sur les réseaux sociaux a explosé depuis le déclenchement de la crise

Le 25 février 2021 à 18h21

Modifié 11 avril 2021 à 2h50

Le social commerce n’a jamais été aussi dynamique au Maroc qu’en 2020. Cette activité, à savoir le recours aux réseaux sociaux pour l’achat et la vente de produits, a pris de l’ampleur depuis le confinement en mars dernier, grâce à l’accessibilité de ces canaux et leur facilité d’usage.

L’année 2020 a marqué un tournant pour le secteur du retail, les canaux de vente et le parcours d’achat des consommateurs ayant été particulièrement chamboulés. La vente en ligne a explosé depuis le confinement en mars et les achats réalisés sur les réseaux sociaux ont pris une nouvelle dimension. Durant cette période incertaine, les réseaux sociaux, en particulier Facebook, ont emprunté les codes de la vente en magasin.

« 2020 a été une année particulière », confirme Mounir Jazouli, expert dans le domaine de la communication et du e-commerce, joint par nos soins. « Elle a notamment été marquée par davantage de présence et d’arrivée de Marocains sur les réseaux sociaux pour s’informer, se divertir, rester en contact avec les autres, mais aussi pour acheter et vendre« .

« Comme le montrent les derniers chiffres du Digital report 2021, élaboré par l’agence internationale We are sociale et la plateforme de gestion des réseaux sociaux Hootsuitele Maroc compte aujourd’hui 22 millions d’utilisateurs de réseaux sociaux (RS), soit 60% de la population », nous explique-t-il. « Il s’agit d’une évolution de 22% par rapport à l’année précédente, soit 4 millions de personnes de plus, ce qui est énorme ».

« Parmi les réseaux sociaux utilisés, dont la liste est très large, Facebook est celui qui se démarque le plus. Sur les 22 millions d’utilisateurs des RS au Maroc, 19 millions utilisent Facebook. Ce dernier comptait, en 2020, 72,3 millions de visites, avec un temps moyen de 25 minutes par visite, et 10 pages consultées lors de chaque visite. Cela fait ainsi de lui le 2e site le plus visité au Maroc, et le 1er utilisé parmi les réseaux sociaux ».

« C’est également le premier canal utilisé par les internautes pour avoir des informations sur les marques, à hauteur de 73,5% », ajoute notre interlocuteur.

Un basculement favorisé par l’accessibilité et la facilité d’usage

Si ce réseau est incontournable pour maintenir des contacts sociaux, il offre également aux vendeurs et aux entreprises des possibilités très accessibles de présenter leurs produits et de les faire connaître à travers différentes options, notamment Facebook Marketplace, ou encore la boutique en propre sur Facebook, où l’on peut présenter son portefeuille de produits en images, textes et vidéos. Celle-ci reste l’option la plus utilisée.

« Avec le Covid, il y a eu la fermeture de pas mal de commerces ainsi que des difficultés économiques et financières qui ont impacté plusieurs entrepreneurs, micro-entrepreneurs, petites entreprises, commerçants de proximité, et artisans. Ceux-ci se sont retrouvés du jour au lendemain privés de leur cible, clients et prospects et de moyens d’écouler et de commercialiser leurs produits. Naturellement, ils se sont réorientés vers les canaux à distance, particulièrement les réseaux sociaux, et davantage Facebook, qui réunit une population très large à toucher ». 

Les caractéristiques de ce réseau social ont également facilité ce basculement. La première est « la facilité d’usage », nous confie notre expert. « Les gens avaient l’habitude d’utiliser Facebook mais comme des users normaux. N’ayant pas le choix, ils ont commencé à y faire du commerce ». 

La seconde est « l’accessible de ce réseau social, qui rend facile l’usage à différentes catégories, notamment en ce qui concerne la création de contenu et son partage pour le faire parvenir au public ».

« Les niveaux de maturité et le perfectionnement des usages de ce canal, pour le côté commercial, diffèrent toutefois selon le niveau de connaissances et d’expertise, mais chacun, quel que soit son niveau, peut s’en sortir avec un minimum ». 

Cet engouement peut aussi s’expliquer par la fluidité de l’expérience, d’autant plus qu’il n’a jamais été aussi naturel d’échanger avec les marques que via la messagerie instantanée. D’un autre côté, le développement d’un site internet s’avère coûteux, et de nombreux commerçants, en particulier en cette période de crise, n’ont pas le budget nécessaire. Un des autres avantages de Facebook est donc son faible coût.

On peut également noter « la capacité d’adoption de ce réseau, qui fait la différence avec les marketplaces ». Comme mentionné ci-haut, « la majorité des vendeurs se trouvaient à titre personnel sur Facebook. C’est donc un élargissement de l’usage, qui était déjà là, contrairement aux marketplaces qui paraissaient inaccessibles et difficiles à utiliser, et dont la force de frappe reste limitée par rapport à Facebook », ajoute M. Jazouli, soulignant qu' »aucune marketplace ne permettra de toucher autant de monde ».

Différents types de vendeurs

« Bien évidemment, il y a des gens qui savent bien faire, qui avaient déjà Facebook comme canal pour la vente avant la crise du Covid. Ils travaillaient ainsi sur ce réseau en parallèle, et pendant le confinement, c’est devenu l’unique canal de vente. Ce sont des gens qui ont l’habitude, l’expertise et la technicité et qui savent utiliser et vendre sur Facebook. Ils font donc de la production de contenu qui est original, intéressant et attractif, ainsi que la prospection, mais l’opération de vente se concrétise sur un autre canal », puisque au Maroc le paiement sur Facebook n’est toujours pas disponible. « Egalement, pour maintenir une relation de confiance avec les clients, le service après-vente se fait aussi sur Facebook ». 

Il existe par ailleurs d’autres cas de figure. « Il ne s’agit pas toujours d’une présence ou de ventes sophistiquées. On retrouve, dans la majorité des cas, le profil personnel, ou une page créée, qui sont utilisés pour vendre sur les RS » explique notre source. On retrouve aussi des commerçants qui disposent de magasins et d’un site web et qui ont été obligés de basculer sur les réseaux sociaux au début de la pandémie pour maintenir leur activité, vu les avantages qu’ils offrent. C’est le cas de l’un des vendeurs contactés par nos soins qui nous explique comment il procède. 

« Nous proposons nos produits sur notre page Facebook, et les gens sont redirigés vers notre site web pour effectuer leurs commandes, en remplissant un formulaire. Ensuite, nous contactons tous ces clients, pour s’assurer qu’il ne s’agit pas d’arnaques, que nous livrons à domicile ». 

Il y a d’autres vendeurs qui ne disposent pas de site web et qui communiquent avec leurs clients principalement à travers la messagerie instantanée de Facebook, ou via un numéro Whatsapp, ou bien d’autres qui disposent seulement d’un entrepôt où sont stockés toutes les marchandises, et qui prennent les commandes seulement via les réseaux sociaux…. 

« On se retrouve aujourd’hui avec un vrai mouvement qui s’élargit, et un effet d’entraînement qui s’est installé permettant d’élargir le nombre de personnes qui font la vente sur Facebook », souligne Mounir Jazouli, notant qu’il ne s’agit pas encore « de ventes de bout en bout. » 

Bien entendu, la majorité des opérations de vente qui se font à travers les réseaux sociaux sont informelles ou semi-informelles : Pas de facture…

… et un large choix de produits

Quant aux produits proposés, il s’agit d’un large éventail : « généralement ce sont des produits dont une bonne partie du processus d’achat peut se faire à distance. C’est-à-dire qu’on n’a pas besoin de toucher et d’être en contact dès le départ, avec ces articles, qui sont très variés », allant de l’alimentaire, aux produits utilitaires, outillage habillement, meubles, décoration, habillement, maquillage, outils de cuisine….

Selon l’un des commerçants sur Facebook que nous avons contacté, qui dispose seulement d’un local de stockage et d’une page Facebook, et qui commercialise tous types de produits, « certains de nos produits sont locaux, comme les huiles (d’argan, d’olive), le miel, ou encore les herbes. D’autres sont importés de Chine ou des Etats-Unis, tels que les téléphones portables, les masques de protection…. Durant le confinement, la demande était très élevée, puis elle a baissé en juin (après le déconfinement, NDLR). Les choses sont stables actuellement ».

D’autres vendeurs se contentent de revendre des produits achetés sur des plateformes étrangères, telles que Ali Express, Shein…

Notons toutefois que ces commerçants arrivent à s’en sortir, en dépit des contraintes douanières. « Par exemple, lorsqu’on commande un smartphone en promotion dans un pays étranger à 800 DH, alors que celui-ci coûte 2.500 DH au Maroc, nous sommes obligés de régler les frais de transit afin de le récupérer, puisque son prix est supérieur à 1.200 DH chez nous », nous explique le même commerçant.

Un autre commerçant nous explique pour sa part que « les quantités à importer ne doivent pas être très élevées, et doivent être espacées dans le temps, pour ne pas avoir de soucis au niveau de la Douane », en se gardant de nous chiffrer cette quantité. 

Une tendance qui va se poursuivre

C’est ce que nous assure M. Jazouli. « Ces personnes qui ont pris goût au social selling, même s’il n’est pas très sophistiqué pour le moment, vont continuer et essayer de développer leur activité ». 

« A partir du moment où ils commencent à en tirer profit, avec un coût qui n’est pas énorme, naturellement, ils vont y mettre beaucoup plus de temps et de moyens », conclut-il. 

Lire aussi: E-commerce: Boom des marketplaces dans le monde, le Maroc peut mieux faire

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