La CNDP émet des “réserves fortes” sur le projet de loi sur les registres nationaux
Y aura-t-il adoption de la loi 72-18 par le parlement sans débat avec la CNDP ? La loi sur la création d’une agence nationale des registres, prévoit également la mise en place d’un identifiant unique. La CNDP n’est pas favorable à cette démarche.
Dans un avis daté du 8 juillet et rendu public le vendredi 10 juillet, la CNDP :
-“émet des réserves fortes sur le fait que chaque fournisseur de services constitue sa «propre» base biométrique, celle de ses clients et/ou prospects, parfois hébergée en dehors du territoire national“ ;
-et “réitère sa disposition, à donner son avis au gouvernement et au parlement, tel que prévu à l’article 27 de la loi 09-08“.
La CNDP avait déjà eu “plusieurs séances de travail avec le ministère de l’intérieur, des échanges fructueux, passionnés et passionnants“. Comme nous l’avait rapporté son président Omar Seghrouchni, la CNDP a été ensuite surprise de voir le projet de loi transmis à la Chambre des conseillers le 17 février dernier, “sans que nous ayons eu l’occasion de conclure“.
Après avoir adopté à la chambre des conseillers, le projet de loi pourrait être adopté à la Chambre des représentants sans débat de fond sur la question de l’identifiant unique.
La pression des délais a installé le raccourci suivant dans les esprits : “l’Agence nationale des registres qui sera créée est une urgence et une priorité. L’identifiant unique est une conséquence technique de ces registres. Donc, l’identifiant unique est une priorité et une urgence“. Bien sûr, c’est faux. “Il ne faut pas confonde digitalisation et identifiant unique“, explique Omar Seghrouchni joint par Médias24. Il rappelle sa maxime préférée : “Pour vivre digital, il faut respirer protection des données“.
Un identifiant unique associé au RSU, registre social unifié, n’est pas indispensable, rappelle et insiste la CNDP. La Commission recommande des identifiants sectoriels : “Lorsque je vais chez le médecin, je n’ai pas forcément envie qu’il accède à mes données fiscales ou mas revenus“ : ceci est l’exemple qui revient pour expliquer l’intérêt des identifiants sectoriels.
Selon la CNDP, l'architecture des identifiants permet "d'apporter les garanties nécessaires, prévues par l’article 24 de la Constitution du Royaume, pour le respect de la vie privée de toute personne. Elle pourra doter le gouvernement des moyens adéquats pour la planification de ses politiques publiques inclusives. Et permettra de renforcer, du point de vue de la protection des données à caractère personnel, les synergies entre les différents secteurs économiques“.
La CNDP rappelle, à travers son communiqué, sa disposition à "donner des avis au gouvernement et au parlement, conformément à l'article 27 de la loi 09-08", dans le cadre de l'architecture des identifiants.
Dans sa délibération, la commission précise que l'architecture des identifiants "permettra de consolider la confiance numérique nécessaire pour une digitalisation respectueuse des droits humains et des libertés fondamentales, mais aussi d'adosser la protection des données à caractère personnel au service de l’épanouissement du citoyen, de l’innovation et de l’investissement".
C'est en prenant en compte des projets de lois récemment adoptés ou en cours d'examen, directement ou indirectement liés à l'architecture des identifiants, que la CNDP a émis quelques recommandations.
Il s'agit notamment des données d’usage et des données d’authentification, à ne pas stocker au sein de la même architecture et sous la responsabilité de la même entité.
Selon la commission présidée par Omar Seghrouchni, l'architecture des identifiants doit prendre en compte "les exigences constitutionnelles, économiques, sociétales et techniques".
La CNDP préconise également "l’utilisation d’identifiants sectoriels, à une granularité à définir selon les exigences de chaque secteur d’activité. Cette disposition ne s’oppose en aucun cas aux politiques de ciblage, encadrées par des lois spécifiques (pour les secteurs du social, de la finance, du fisc, de la santé, etc.) ou par des actes ayant trait à la sécurité intérieure ou extérieure de l’Etat.
Le recours à un identifiant unique est alors un mécanisme technique sécurisé par des politiques de "tokenisation". Il s'agit d'une "technique permettant d’éviter les risques sur la vie privée suite à l’usage de l’identifiant unique tout en offrant toutes les possibilités de ciblage nécessaires à la planification des politiques publiques inclusives".
Cette technique sécurisée assure que "l'identifiant unique, et technique, ne soit pas public mais sous la protection impérative des autorités régaliennes".
Par ailleurs, la CNDP déclare poursuivre son "travail d’élaboration des éléments constitutifs d’un cadre juridique adéquat qui clarifie et homogénéise la mise en place d’une architecture des identifiants, en conformité avec les dispositions constitutionnelles, et conciliant le déploiement de politiques inclusives et le respect de la vie privée des citoyens".
à lire aussi
Article : En sept mois de 5G, IAM avance des résultats très probants
Lancée en novembre 2025, la 5G produit ses premiers effets mesurables chez Maroc Telecom. Les résultats semestriels de l'opérateur font état d'une consommation de data mobile en hausse et de nouveaux usages qui s'installent, chez les particuliers comme dans les entreprises.
Article : L'État devient le premier client du secteur bancaire
En quelques années, l'État et sa sphère élargie sont devenus le premier client des banques marocaines, par les bons du Trésor mais aussi par une série d'autres mécanismes de mieux en mieux rodés. Bank Al-Maghrib reconnaît un effet d'éviction, tout en le jugeant modéré. Mais son calcul repose sur un périmètre étroit.
Article : Tournée du RNI dans le Sud : trois meetings en un jour et une riposte au PAM signée Akhannouch
Aziz Akhannouch a clairement repris la main dans la campagne électorale du RNI en prévision des législatives de septembre. À Tan Tan, Laayoune et Dakhla, il défend la présence du parti dans des régions à fort enjeu politique et pas seulement électoral.
Article : Législatives 2026 : lecture de la première annonce des têtes de liste de l’Istiqlal
À moins de deux mois des élections législatives du 23 septembre, le Parti de l'Istiqlal a dévoilé une première vague de ses têtes de liste locales. Cette sélection, qui couvre une grande partie du territoire, traduit un équilibre entre continuité et renouvellement : le parti reconduit plusieurs figures expérimentées tout en faisant émerger de nouveaux profils.
Article : Rapport Banque Mondiale: des fragilités bien réelles sous les bons chiffres
La croissance a atteint 4,9% en 2025 et le pays est passé en catégorie investissement. Le rapport de la Banque mondiale dresse toutefois un tableau plus nuancé : un marché du travail que la refonte statistique du HCP montre bien plus fragile qu'on ne le pensait et une transformation numérique inachevée.
Article : PAM : 90 têtes de liste et une inconnue nommée Lekjaâ (liste)
Réuni le samedi 25 juillet à Salé, le conseil national du PAM a dévoilé ses têtes de liste dans 90 des 92 circonscriptions locales. Mais c'est une case restée vide qui a focalisé l'attention : celle de Berkane, où se présenterait Fouzi Lekjaâ, entré au bureau politique du parti sans que personne ne sache encore quel rôle il compte y jouer. Derrière ce ralliement et celui de Yanja Khattat, une liste qui confirme les ambitions du parti..