Découverte au Maroc de la plus ancienne organisation collective et sociale
La plus ancienne organisation collective et sociale datant de 480 millions d'années vient d’être découverte au Maroc.
Des chercheurs de l’université Cadi Ayyad de Marrakech (UCA) ont contribué au sein d’une équipe internationale à "montrer que les animaux ont acquis au cours de l’évolution et depuis 480 millions d’années d’étonnants comportements collectifs, voire sociaux indispensables à leur survie", a expliqué l’établissement universitaire dans un communiqué.
"On peut citer les sauterelles, les fourmis, les abeilles, les chenilles processionnaires, les bancs de poissons, les oiseaux migrateurs ou même les supporteurs d’un match de football un samedi soir", souligne la même source, ajoutant que depuis longtemps les scientifiques ont étudié de près ces comportements de groupe et les facteurs biologiques et environnementaux qui les déclenchent.
"Ces comportements sont-ils apparus récemment ou bien ont-ils une origine très ancienne? C’est l’une des questions posées par l’étude", relève l’UCA.
"Bien que l’on connaisse avec de plus en plus de précision l’anatomie des premiers animaux apparus il y a environ un demi-milliard d’années, grâce à l’étude de faunes à préservation exceptionnelle, on ignore pratiquement tout de leur comportement, faute de preuves tangibles".
"Les traces fossiles sont parmi les meilleurs indicateurs du comportement locomoteur mais, sauf exception, elles ne livrent pas d’information précise sur leurs auteurs", précise la même source, notant que "le cas présenté ici est tout à fait exceptionnel".
Il s’agit d’Ampyx, un trilobite de l’Ordovicien inférieur du Maroc, Fezouata Lagerstätte, dont les individus, tous orientés vers une même direction forment des files régulières et maintiennent entre eux des contacts étroits via leurs très longs processus épineux, explique-t-on.
L’analyse de ces associations atypiques et du sédiment qui les renferme montre que ces trilobites ont été ensevelis en position de vie par des dépôts de tempêtes, fait constater l’UCA, estimant que "tout semble indiquer qu’ils se rassemblaient et se déplaçaient en groupe sur les fonds marins mais pour quelles raisons? Les animaux actuels nous ont apporté des éléments de réponse".
"Ainsi, certaines langoustes d’Amérique du nord se déplacent en file indienne pour échapper aux perturbations environnementales induites par des tempêtes saisonnières. Elles réagissent à des signaux hydrodynamiques et maintiennent la cohésion du groupe grâce à des contacts tactiles". L’UCA précise que "chez d’autres espèces, comme les limules, c’est au contraire l’attraction chimique (ex : phéromones) qui provoque la migration et le regroupement de nombreux individus pendant de la saison de reproduction".
Les processions d’Ampyx pourraient donc bien correspondre à des comportements collectifs similaires déclenchés par des perturbations environnementales cycliques (ex: tempêtes saisonnières) ou des signaux chimiques liés à la reproduction, ajoute-t-on.
Cet exemple indique que "le comportement collectif a une origine très ancienne et s’est probablement développé au cours des deux grandes biodiversifications animales du Cambrien et de l’Ordovicien, en réponse à l’augmentation de pression sélective liée à la complexification des écosystèmes", souligne l'UCA.
"Il a sans doute représenté très tôt, chez les premiers animaux, un avantage évolutif permettant d’échapper au stress environnemental et d’augmenter ses chances de reproduction".
A noter que ce travail a été mené avec le soutien de l’Académie des sciences et techniques Hassan II.
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