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Maroc-Suède: questions autour du “boycott”

Le gouvernement envisage le boycott des produits et des sociétés suédois. Il doit en fournir la liste et adopter une loi pour le rendre obligatoire.

Maroc-Suède: questions autour du “boycott”
K.T.
Le 2 octobre 2015 à 14h52 | Modifié 11 avril 2021 à 2h37

Le gouvernement marocain envisage de boycotter les produits et les sociétés suédoises. La déclaration a été faite par le porte­-parole du gouvernement, Mustapha El Khalfi, à l’issue du conseil du gouvernement tenu jeudi 1er octobre à Rabat.

Pour lui, ce n'est que justice: les Suédois ont tout fait pour mener la vie dure à nos produits et donc à notre économie; il est tout à fait normal, selon le ministre de la communication, de rendre la pareille. Bien entendu, aucune indication n’a été donnée sur le mode d’emploi de ce boycott.

Voici un tour d'horizon de la question.

>Qu’est-ce que le boycott?  

Selon la définition communément admise, il s’agit de la cessation de toute activité, relation ou lien avec un individu, une institution ou un pays en guise de représailles. Quand l’appel vient d’un gouvernement, c’est qu’il s’agit d’une question nationale qui devrait mobiliser la société autour d’une action concertée et légale.

Justement, dans la législation marocaine, contrairement à celle active dans plusieurs pays européens, le boycott n’est pas interdit. Cela est d’autant plus logique dans l'affaire suédoise, que l’appel émane d’un gouvernement.

Cela ne veut pas dire non plus que la population est tenue de le respecter. Le boycott ne devient une obligation qui s’impose à tous les citoyens que si le parlement l’adopte en tant que loi.

Une option que le gouvernement marocain n’a pas encore lancée.

>Le boycott de la marque, du capital ou de l'implantation géographique?

Difficile de répondre à cette question. Notons d’abord que bien avant que le gouvernement n’appelle au boycott, un groupe de citoyens a lancé une page Facebook pour mobiliser autour de l’idée du boycott des marques suédoises.

La photo de couverture de la page donne déjà une idée sur certaines marques connues. La page n’a pas encore atteint le succès escompté mais elle n’en est qu’à ses débuts. Attendons de voir la tournure que prendra cette affaire.

En revanche, la difficulté du boycott réside dans la définition des cibles, de la liste des produits et des institutions concernées. Pour cause, une confusion peut nuire au Maroc tant sur le plan interne que sur le plan international.

Le gouvernement aura ainsi à définir la cible en indiquant si le boycott tiendra compte de l’origine du capital ou de l’origine de la marque seulement, voire du simple fait d'une implantation géographique en Suède. 

Voici trois cas de figure:

Le cas Ikea, tout d'abord. La marque est suédoise mais son développement au Maroc relève d’investisseurs du Golfe, du Maroc et du Portugal. Si l’idée du boycott ne touche que la marque, ces investisseurs payeront les frais d’une position politique prise par un pays qui n’est pas le leur.

Dans cette logique, même des investisseurs marocains faisant le relais de marchandises suédoises au Maroc seront pénalisés par la décision du boycott.

Le cas Africa Internet Group. Ce groupe installé au Maroc et développant des marques connues d’intermédiation sur internet (Kaymu, Lamudi, Hellofood…) est d’origine allemande.

Mais les investisseurs qui l’ont déployé en Afrique, et donc au Maroc, sont d’origines sud africaine et suédoise. Si l’idée du boycott touche le capital, ce genre d’entreprise sera dans le collimateur des consommateurs.

Pourtant, les marques ne sont pas suédoises et le management non plus. Des cas comme celui-là sont légion en raison de la prolifération de fonds d’investissement mixte qui cherchent des opportunités dans des pays du sud.

Donc à y voir de près, une dizaine d’entreprises courent le risque du boycott au Maroc.

Le cas Ericsson, une marque suédoise à capitaux suédois. Boycotter cette entreprise ne serait pas simple. D’abord, elle est sur des contrats à moyen et long terme notamment dans les télécoms. Ensuite, elle dispose de contrats d’entretien et de formation (accompagnement) qui s’étalent dans le temps. La logique du boycott voudrait qu’on stoppe net tous les contrats en cours, ce qui créerait une difficulté technique dont le Maroc payerait les frais dans sa gestion quotidienne.

C’est dire que le gouvernement s’est lancé sur une piste sans en maîtriser les contours. Et s’il se cramponne à son idée du boycott, à lui d’en fournir les détails et le mode d’emploi. La société marocaine est remontée contre l’approche suédoise vis-à-vis de la question de l’unité nationale et ne demande qu’à être guidée. 

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K.T.
Le 2 octobre 2015 à 14h52

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