Le terrible tribut du Maroc à l’occasion de la Seconde Guerre mondiale
Le Maroc a lourdement participé au conflit par l’envoi de nombreux soldats – parfois jamais revenus – et une politique de rationnement aux conséquences dramatiques.
Même si les champs de bataille étaient éloignés, le royaume a versé un lourd tribut au titre de la Seconde Guerre mondiale, dont on célèbre le 70e anniversaire de la fin ces jours-ci avec l’armistice du 8 mai 1945.
Lors de la Seconde Guerre mondiale, ce sont 7 régiments de tirailleurs marocains et 4 thabors (bataillons de goumiers), engagés entre 1942 et 1945, qui participeront aux opérations des forces Alliées face à l’armée nazie.
Dès 1940, les 1er, 2e et 7e régiments des tirailleurs marocains participent à la bataille de Gembloux (14 et 15 mai), éphémère victoire tactique des troupes françaises sur celle du IIIe Reich.
Nous ne connaissons pas le nombre exact de conscrits marocains présents sur le champ de bataille entre 1939 et 1945, mais les effectifs africains sont estimés à 300.000 hommes. Daniel Rivet - historien des temps coloniaux - présente le chiffre de 157.000 hommes de troupe Nord Africains qui rejoignent les premières batailles de 1940, parmi lesquels 67.000 seront capturés par la Wehrmacht.
Le débarquement de Provence, la démobilisation et les massacres du Constantinois
Le contingent marocain participe au débarquement de Provence le 15 août 1944 au sein de l’Armée B - 250.000 soldats dont la moitié proviennent des armées coloniales - commandée par le Général Jean de Lattre de Tassigny. L’opération permettra la libération de grandes villes comme Marseille, Toulon ou Fréjus.
Alors que les troupes Alliées avancent, et que la France est progressivement libérée, les tirailleurs sont démobilisés de l’armée du Général Lattre de Tassigny à l’automne 1944.
Le Général de Gaulle invoque dans ses mémoires la crise de moral qui envahit les troupes coloniales et la vulnérabilité au rude climat des Vosges. La gronde se lève auprès des tirailleurs qui réclament le paiement de leurs arriérés de soldes et de leur prime de démobilisation.
Les combattants de la libération en provenance des colonies se voient toucher une pension nettement inférieure à leurs compagnons de caserne de la métropole, 7 fois inférieur pour un algérien, 8 fois inférieur pour un marocain. Cette nouvelle injustice coloniale alimentera les revendications indépendantistes. Rentrés au pays, les soldats revendiquent l’égalité des droits devant l’allocation financière versée par l’Etat français. Le 8 Mai 1945, alors qu’on fête la fin des hostilités de la seconde Guerre Mondiale en Algérie, les anciens combattants manifestent à Setif, Kherrata et Guelma pour le rehaussement de leur pension, joints dans leur cause par des militants indépendantistes. La police s’abat sur le cortège et tente de confisquer les drapeaux nationalistes. La police tire, un échange de coups de feu s’ensuit. Un porteur de drapeaux est tué. L’interruption des manifestations et le meurtre d’un militant enclenche une émeute meurtrière qui fera 103 morts chez les Européens et quelques 70 morts chez les algériens « collaborateurs ». Une répression militaire sanguinaire s’abat alors sur les populations du Constantinois, laissant entre 12000 et 30000 victimes civiles algériennes.
Ce n’est qu’en 2007, que le législateur français lève la cristallisation et revalorise les pensions, une décision prise dans le sillage de la sortie du film Indigènes (2006)de Rachid Bouchareb.
Aam el boune
Le Maroc alors sous Protectorat contribue également à l’effort de guerre sur son territoire. Dès 1940 - qui sonne l’armistice française face aux troupes de la Wehrmacht et l’avènement du régime de Vichy - et jusqu’en 1947, les Marocains sont soumis à une politique de rationnement.
L’aam boune débute : les Marocains doivent présenter des bons de rationnement - le fameux boune - pour l’achat des produits de subsistance (blé, thé, sucre, huile). La revue Zamane rapporte que, si la métropole est également soumise à cet effort de rationnement, les denrées disponibles sont plus diverses.
L’historien Boujemaâ Raouyane révèle dans ses colonnes que le Sultan Moulay Youssef appuie la requête protectorale imposée par décret. Une lettre de l’été 1940 signée de sa main est retrouvée. « Il y est stipulé que tous les Marocains ont l’obligation de faire des sacrifices pour soutenir l’effort de guerre français. Cette lettre était lue dans toutes les mosquées du pays » affirme l’historien.
Toujours pour ce dernier, la grande famine des années 1940 est à imputer à cet effort de guerre et à l’expédition des récoltes marocaines à la métropole.
La sécheresse de l’été 1940 n’est qu’un alibi avancé par l’administration du Protectorat. En réalité, les recherches du professeur révèlent que les pluviométries de 1940, 1941 et 1942 atteignent des records. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la métropole sollicite comme jamais ses colonies qui font office de grenier. D’après les statistiques coloniales, 200.000 morts sont à déplorer au Maroc à cause de la famine.
Pour l’historien, ces chiffres sont amplement minimisés, lui qui évalue la mortalité liée à la famine à plus de 300.000 morts pour la seule année 1945.
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