Fadhl Chaker revient à la chanson
Après avoir sombré dans le radicalisme et soutenu activement la rébellion jihadiste syrienne, l’ex-chanteur se dé-radicalise et exprime son souhait de retrouver une vie normale.
C’est l’histoire tumultueuse d’un ex-crooner à succès devenu jihadiste. Juin 2013, alors au sommet de sa gloire, le libano-palestinien Fadhl Chaker tourne le dos à la musique, au profit d’un soutien actif à la rébellion jihadiste syrienne et prend part à une attaque meurtrière contre l’armée libanaise, ce qui lui a valu d’être condamné à mort par contumace par le tribunal militaire libanais pour acte terroriste.
Cette condamnation à mort ainsi que le fait de se retrouver banni et recherché, ont semblé constituer le déclic dans la dé-radicalisation du chanteur à succès. Lequel exprime aujourd'hui son souhait de retrouver une vie normale. Retour sur le parcours d’un homme passé des lumières de la scène à l'extrémisme le plus sombre.
Des camps palestiniens aux lumières de la scène
Né en 1969 d'une mère palestinienne et d'un père libanais, Fadhl Chaker a grandi au sud du Liban dans le quartier de Aïn al-Hilweh, un camp de réfugiés palestiniens considéré comme une terre fertile pour le radicalisme. Dans ce foyer de misère, il fait ses premiers pas dans la chanson en jouant dans les mariages du quartier.
Au milieu des années 1990, sa carrière de chanteur est véritablement lancée avec la signature d’un contrat avec une célèbre maison de disque libanaise. De 1998 à 2012, il sort une douzaine d’albums et se produit sur les plus grandes scènes du monde arabe. Fadhl Chaker chante aussi au Maroc en mai 2012 dans le cadre du festival Mawazine.
Quelques mois plus tard, en plein soulèvement dans la Syrie voisine, il annonce subitement sa retraite artistique et sombre dans le salafisme. On le voit alors s’afficher aux côtés de son mentor, cheikh Ahmed Al-Assir et appuyer la rébellion sunnite syrienne.
Quand les partisans de ce cheikh qui prône la violence s’attaquent à un barrage de l’armée libanaise dans la banlieue de Saïda, tuant 17 soldats, l’ex-crooner chanteur se vante dans une vidéo d’avoir tué deux soldats et d'en avoir blessé quatre autres.
Le néo-salafiste qui se fait appeler «Haj Fadhl» est alors condamné à mort par contumace par le tribunal militaire libanais pour acte terroriste et est activement recherché par les autorités.
Dans la foulée, il accorde un entretien au Monde dans lequel il explique sa radicalisation par sa révolte contre la guerre menée par les chiites contre les sunnites au Moyen-Orient et déclare qu’«être chanteur, ce n'était pas ma voie. Grâce à Dieu, je mène aujourd'hui une vie religieuse. Je suis en paix. Je ne regrette rien de mon passé. Mon devoir, c'est de combattre les oppresseurs et de défendre les gens de ma confession».
Dé-radicalisation et envie de retrouver une « vie normale »
Mars 2015, nouveau coup de théâtre. Fadhl Chaker accorde une interview à la chaîne LBC, revêtu d’un élégant costume, la barbe rasée.
Il y affirme qu'il n'a «jamais combattu l’armée libanaise ni à Abra, ni dans aucune autre bataille» et exprime son souhait de «retrouver une vie normale». Il appelle même le commissaire du gouvernement du tribunal militaire qui l’a condamné à mort à trouver celui qui se fait passer pour lui sur les réseaux sociaux.
Enfin, pour donner du crédit à sa réhabilitation, il souligne n’être plus en bons termes avec Ahmad el-Assir et révèle être entré en contact avec plusieurs officiers libanais pour régler sa situation. On ignore toutefois si l’ex-crooner compte reprendre la chanson.
Un jeune rappeur dans les rangs de Daech
Ce n’est pas la première fois qu’un artiste sombre dans le radicalisme religieux. Au moment où Fadhl Shaker annonçait sa dé-radicalisation, un rappeur Tunisien de 25 ans rejoignait les djihadistes de l’Etat islamique, s’affichant keffieh autour du cou, tout en noir, le drapeau de Daech flottant derrière lui.
Pourtant dans ses chansons, Marwane Douiri alias Emino réclamait il y a encore quelques mois un bon whisky sec et appelait à plus de liberté dans son pays.
Au Maroc, il n’y a jamais de cas similaire, fort heureusement d’ailleurs. Mais beaucoup d’artistes prennent leur retraite après avoir pris conscience que «la musique est haram» pour se consacrer à la religion. Le plus connu d’entre eux est sans doute l’ex-chanteur de raï Cheb Rizki, notamment connu pour son tube «An Lghaltane machi nti».
Dans une vidéo postée en août 2011, Cheb Rizki devenu Cheikh Rizki remerciait Dieu de l’avoir «sauvé des marécages du chant et de la musique et des pénombres du péché et de la désobéissance» et appelait ses fans à ne plus écouter ses chansons. On peut penser qu’ils peuvent facilement s’en passer.
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