Majorité et opposition s'affrontent sur 2M
Grand messe politique sur 2M. Des représentants du PJD, du PAM, de l’USFP, du PSU et du Mouvement Populaire face à face. Verbatim.
L'émission Moubacharatan Maakoum du mercredi 8 avril a accueilli, le temps d'un débat, le PJDiste Saadeddine El Othmani, le PAMiste Hakim Benchemass, Younes Moujahid (membre du bureau politique de l'USFP), Nabila Mounib (secrétaire générale du PSU), Lahcen Haddad et Mohamed Zineddine (professeur de sciences politiques à l'université Hassan II).
Un démarrage sur les chapeaux des roues: actualité oblige, Hakim Benchemass a évoqué le mémorandum adressé au Roi par l'opposition. "Les partis de l'opposition ont senti que le chef du gouvernement développait une habitude, celle d'évoquer le Roi, de l'impliquer dans le débat politique". Pour lui, Abdelilah Benkirane "se cache derrière le Roi pour justifier ses échecs".
Si Saadeddine El Othmani estime que "les partis de l'opposition ont le droit de présenter un mémorandum au Roi, à l'instar de tous les Marocains", il a, en revanche, contesté la constitutionnalité de la demande d'arbitrage.
"La démarche pose un problème constitutionnel. Les modalités de l'arbitrage royal sont clairement définies par la Constitution, qui le réserve aux institutions. Dans le mémorandum, la majorité et l'opposition sont définies comme des institutions, alors que ce n'est pas le cas". Pour El Othmani, considérer les deux blocs politiques comme étant des institutions revient à "considérer que la société civile est une institution, aussi".
El Othmani répondra, par la suite, à la déclaration de Benchemass concernant l'échec du chef du gouvernement. Le mémorandum est "surtout la preuve de l'échec de l'opposition", selon lui: "Les partis s'affrontent entre eux via discours, meetings et médias. Ainsi se déroule la lutte politique légitime. Or, l'opposition a choisi de fuir le combat. Elle a mené une grève générale, elle a organisé des marches, mais ces initiatives n'ont eu aucun effet. Bien au contraire, elles ont renforcé la popularité du gouvernement".
"Dire que l'opposition a échoué", entamera Younes Moujahid, "c'est ...", et de clôturer la phrase inachevée par un rire contrit. Après un court silence, il déclarera qu"'on peut dire que celui qui a réellement échoué, c'est celui qui implique le Roi, qui prétend qu'il y a eu des complots contre lui, et que le Roi est intervenu pour le sauver".
Lahcen Haddad, ne souhaitant visiblement pas se mouiller plus que de besoin --la parole lui ayant été adressée--, ou se montrer plus Benkiranien qu'El Othmani, reprendra à son compte l'argumentaire du numéro deux du PJD: "chacun a le droit d'adresser un mémorandum au Roi", dira-t-il, "et de demander un arbitrage royal". Faux pas. Il se ressaisira. "Derrière ce mémorandum, il y a, enfin, des raisons floues. (...) Il y a des lectures différentes qu'on peut en faire. (...) Il n'y a pas de contenu spécifique ou notable dans le mémorandum". Comprenne qui pourra.
Au tour de Nabila Mounib. "Nous sommes en train de parler comme si nous étions dans un pays démocratique, comme si nous avions déjà traversé le gué".
Pour elle, mémorandum ou pas mémorandum, "il s'agit d'un sujet marginal". Il y a plus important à évoquer, comme "la régression que connaît le pays. (...) Nous sommes dans un système non-démocratique. Il faut, comme disait le martyr Ait El Jid, sortir de la logique de la bey'a et entrer dans la logique de l'adhésion. Quant au gouvernement actuel, il suit les pas des précédents. Il est socialiste avec les riches, et austère avec les pauvres".
Le professeur Mohamed Zineddine, lui, reviendra sur le mémorandum, et corroborera l'avis d'El Othmani: "l'arbitrage royal se fait entre les institutions, selon les articles 10 et 60 de la Constitution, qui définit aussi quelles sont les institutions. L'opposition n'est pas une institution, le parlement si. Et l'opposition ne peut être considérée comme faisant partie d'une institution que dans le cadre de son travail parlementaire".
Hakim Benchemass évoquera l'article 42 de la Constitution, qui justifie "l'arbitrage royal lorsque le choix démocratique est en danger", et jugera les déclarations de Benkirane "non-respectueuses des règles du jeu politique".
Lahcen Haddad optera pour un zapping en bonne et due forme, et parlera de "la crise de confiance entre opposition et majorité".
Il ajuste ses lunettes, adopte un ton docte, une posture de prof de philo, et questionne, socratique: "comment peut-on dépasser cela?". Peu portés sur la chose philosophique, les participants garderont le silence.
Re-zapping. "Il est normal que Benkirane dénonce la corruption et les corrompus. Il faut que tous les partis fassent pareil, et demandent à ne pas voter pour des corrompus", déclarera-t-il. Il regrettera, par la suite, que "le niveau du débat politique soit tombé si bas. Il nous faudra le relever. Est-ce à travers la diffamation, les arguments ad-hominem et les insultes que nous espérons voir s'améliorer la participation des citoyens à la politique?"
Visiblement ravie d'avoir voix au chapitre --occasion rare--, Nabila Mounib a décidé d'exposer, en une apparition télévisuelle, les opinions défendues par son parti sur (presque) tout. "Nous méritons une monarchie parlementaire au Maroc, et nous auraions pu l'obtenir en 2011". "Ce gouvernement suit les pas des précédents, et est en train d'accélérer la privatisation". "Le Maroc progresse, mais pas pour tout le monde". "Depuis 60 ans qu'on est dans la salle d'attente de la démocratie, et maintenant, nous sommes dans la salle de réanimation. Ne mérite-t-on pas la démocratie?". Sortant, enfin, de son déphasage, elle estimera que "l'opposition aurait du élaborer un mémorandum fort, comme celui de la koutla, pour demander que le rôle des institutions soit amélioré".
Hakim Benchemass reviendra sur le mémorandum, assurera qu'il est légitime, "du point de vue du fiqh constitutionnel (sic)".
Il exprimera son accord avec Lahcen Haddad, en reconnaissant l'existence d'une "crise de la confiance. (...) On a transformé le champ politique en champ d'insultes. On suscite même les rires des observateurs internationaux!".
Lui, estime qu'il peut "utiliser un discours au ton quelque peu dur, mais pas le chef du gouvernement, qui est le numéro deux de l'Etat, et doit donner l'exemple". Si Hakim Benchemass dénonce "la violence discursive" caractérisant les débats politiques, il demande à ce que "les secrétaires généraux des partis participent à un débat télévisuel, de trois ou quatre heures, pour régler leurs différends". Une espèce de controverse à l’ancienne.
El Othmani, lui aussi, adhérera à la thèse de Haddad. "Nous devons produire un discours responsable. Et l'opposition doit affronter le discours politique par le discours politique".
Au tour de Younes Moujahid de reprendre la parole. Fier de sa trouvaille, il expliquera, tranchant, que "la polémique sur la constitutionnalité du mémorandum a été réglée: le Roi a dépêché ses conseillers, et nous les avons rencontrés". A+B=C, nous devons en conclure que si le mémorandum était inconstitutionnel, les conseillers royaux n'auraient pas accueilli l'opposition.
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