Benkirane: Les Marocains acceptent la pauvreté mais pas l'injustice
Samedi 7 février, l’association des lauréats de HEC-Paris recevait Abdelilah Benkirane. Le Chef du gouvernement a donné sa lecture de l’accès du PJD au gouvernement et de la manière dont les affaires publiques ont été gérées.
Avec ses phrases choc et ses métaphores, Benkirane a raconté le 20-février et exposé ses trois priorités au gouvernement: faire baisser les dépenses de compensation; se préoccuper des couches exclues ; remettre l’administration au service de l’entreprise.
En 2010 et début 2011, un scénario se préparait pour le Maroc: la domination d’un parti nouveau dans le paysage, allusion transparente au PAM. Selon lui, le scénario était très avancé, il y avait eu des promesses de nominations et ce parti devait dominer la vie politique marocaine et la plupart des autres partis.
Intervient le printemps arabe puis le 20-Février.
Entre le 20 février et le 9 mars 2011, ce fut l’incertitude totale. "Nous avons pris la décision instinctive de ne pas sortir" dans la rue. "Heureusement, Sa Majesté a pris les mesures décisives, d’une manière précoce", ce qui a sauvé le Maroc.
Les milieux d’affaires ont eux aussi vécu dans l’incertitude avant le discours royal du 9 mars. Et, après avoir courtisé le PAM, beaucoup d’entre eux ont voté utile, ont voté PJD.
"J’ai tout de suite exclu tout conflits avec le Roi au sujet des prérogatives".
Une hémorragie appelée compensation
Les dépenses de compensation ont coûté 57 milliards de DH à l’Etat en 2012. Une hémorragie. J’ai changé la terminologie et "j’ai décidé de dire la vérité aux gens concernés: oui, baisser les charges de la compensation équivaut bien à une hausse des prix. J’ai choisi de ne pas mentir".
Benkirane expose ici une idée qui lui est chère: le rôle des politiques consiste à convaincre et le meilleur moyen de convaincre est de dire la vérité, d’être sincère.
L’idée de l’indexation partielle est venue par la suite. Cette décision a provoqué une hausse puis, le jour où il a fallu répercuter la première baisse, il y a eu des résistances au sein du gouvernement, certains se sont dit que l’on pouvait tout aussi bien garder cet argent dont l’Etat a besoin. "Mais j’ai maintenu la décision de la baisse et le jour où les prix ont baissé, j’ai compris que nous avons gagné en crédibilité et que nous avons réussi". Car "la confiance est à la base de tout".
On est passés de 57 MMD en 2012 à 46 MMDH en 2013 (dont 21 MMDH sur le gasoil) puis 35 MMDH en 2014 (dont 8,5 MMDH sur le gasoil).
Le butane est un "malheur"
Entre 2012 et 2015, en quatre ans, l’Etat aura économisé entre 80 et 100 MMDH. Si cette réforme n’avait pas été faite, il aurait fallu baisser les investissements ou accroître l’endettement.
"Nous ne sommes pas sortis de l’auberge, car il y a le butane, si on ne fait rien, le butane va coûter 18 MMDH à l’Etat“. “Le butane est un malheur!“, seuls 40% sont consommés par les particuliers, le reste est utilisé dans l’agriculture, les hôtels, les restaurants sans oublier les gens aisés qui ne devraient pas être subventionnés. “Nous sommes en train d’envisager l’aide directe pour libérer le marché du butane“, dit Benkirane.
Le Maroc et le FMI
Autre révélation: Pourquoi, en 2013, le gouvernement avait coupé 15 milliards de DH d’investissements.
Je reçois les gens du FMI, nous évoquons les grands équilibres ainsi que les dépenses de compensation et les objectifs en matière de déficit budgétaire. Car nous n’avons pas le choix, nous devions discuter avec eux, au cas où nous aurions besoin de leur soutien.
Digression: “ Les gens qui gèrent les budgets chez nous sont très forts, ils ont la reconnaissance internationale. Notre système bancaire est très bien tenu“.
En 2012, le déficit budgétaire a atteint 7.7% du PIB. Nous nous sommes mis d’accord sur une baisse progressive: 5.5% en 2013, 4,9% en 2014, 4,3% en 2015 et 3,5% en 2016.
“Lorsque je reçois les experts du FMI [début 2013 NDLR], on se rend compte que les chiffres que nous avions communiqués n’étaient pas exacts. Ce n’était pas intentionnel, une simple erreur. Nous avons corrigé et nous finalement supprimé 15 MMDH d’investissements“.
L’administration doit être au service de l’entreprise
Il y a trop de laxisme dans le service rendu au citoyen et à l’entreprise. Pas partout, mais le laxisme s’est installé.
La mentalité générale au Maroc a changé vers l’opportunisme et l’enrichissement. L’argent est devenu une valeur primordiale. Tout à coup, des personnes devenaient très riches et personne ne s’en étonnait. Cela devenait un modèle. Benkirane évoque “une clique, une élite, une compétition féroce où se mêlent le licite et l’illicite“.
“Nous avons donc commencé à travailler sur la réforme de l’administration, rétablir le mérite, réduire le contact avec les citoyens changer les mentalités, combattre les réseaux mafieux qui se sont installés. Nous avons décidé de remettre l’administration au service du citoyen et de l’entreprise“.
Le déséquilibre social
Digression: "Les salaires des fonctionnaires coûtent 140 MMDH par an à l’Etat, 13% du PIB au lieu de 6 ou 8%".
Les gens en bas de l’échelle sociale sont déconnectés du système, parfois abandonnés à eux-mêmes.
"Certaines régions vivent comme dans la préhistoire, les conditions de vie n’ont pas changé depuis des décennies".
Nous avons voulu donner aux indigents, aux nécessiteux, pour qu’ils aient quelque chose, un minimum, pour les inclure au lieu de les exclure.
Pour une fois l’Etat s’est tourné vers des catégories qui ne savent pas se défendre, ce sont des catégories sociales broyées.
"Tout ce que nous avons entrepris, augmentations pour les bourses, retraites, allocations pour les veuves, n’aurait jamais pu se faire sans Sa Majesté, qui est très humain je peux en témoigner".
Révélation : C’est le Roi qui a débloqué le dossier des veuves en situation précaire pour lesquelles une allocation est prévue et devrait entrer bientôt en vigueur.
Changement mental
“Lorsque vous travaillez, vous êtes payé et lorsque vous ne travaillez pas, vous n’êtes pas payé“. C’est un changement mental, explique Abdelilah Benkirane qui donne deux exemples ayant permis de remettre en avant la notion du mérite.
Le premier exemple est celui des communes sont les salariés ont fait grève pendant 52 semaines tout en continuant à être payés. Dès que les salaires ont été gelés, la grève a cessé.
Le second exemple est cher à Benkirane : c’est celui des diplômés chômeurs. Un problème chronique que le chef du gouvernement estime avoir réglé au mieux en fonction de l’intérêt du Maroc et du principe de justice.
“Si vous voyez que l’Allemagne s’en tire mieux dans la crise que la France, ce n’est pas parce que Allemands plus intelligents que les Français, c’est parce qu’ils sont plus proches des lois de la nature“.
Dans notre nature, nous voulons le sérieux, nous voulons travailler. Les Marocains acceptent la pauvreté mais refusent l’injustice. Ils veulent travailler.
Mais on a voulu leur faire croire que pour devenir fonctionnaire, il suffit de faire un sit-in devant le parlement pendant un ou deux ans. Une culture s’installait, ce n’est pas le travail, le mérite ou le sérieux qui vous font arriver à votre objectif, mais plutôt le fait de donner de l’argent, de faire grève, de participer à un sit in.“
Et en guise de conclusion : les salaires sont trop élevés dans le privé par rapport aux moyens de l’Etat qui ne peut pas se permettre d’entrer en concurrence avec les entreprises pour recruter. Or, lui aussi a besoin de cadres de haut niveau. Dans l’administration, nous avons a besoin de gens certes avec de bonnes intentions mais cela ne suffit pas. Nous avons besoin de gens qui savent ce qu’ils font, capables, compétents.
“Je lance un appel: intégrez l’administration, intégrez la politique. Sinon vous serez dirigés par des créatures qui vont réunir la pourriture, l’incompétence, la médiocrité et j’en passe“.
Avec ses phrases choc et ses métaphores, Benkirane a raconté le 20-février et exposé ses trois priorités au gouvernement: faire baisser les dépenses de compensation; se préoccuper des couches exclues ; remettre l’administration au service de l’entreprise.
En 2010 et début 2011, un scénario se préparait pour le Maroc: la domination d’un parti nouveau dans le paysage, allusion transparente au PAM. Selon lui, le scénario était très avancé, il y avait eu des promesses de nominations et ce parti devait dominer la vie politique marocaine et la plupart des autres partis.
Intervient le printemps arabe puis le 20-Février.
Entre le 20 février et le 9 mars 2011, ce fut l’incertitude totale. “Nous avons pris la décision instinctive de ne pas sortir“ dans la rue. “Heureusement, Sa Majesté a pris les mesures décisives, d’une manière précoce“, ce qui a sauvé le Maroc.
Les milieux d’affaires ont eux aussi vécu dans l’incertitude avant le discours royal du 9 mars. Et, après avoir courtisé le PAM, beaucoup d’entre eux ont voté utile, ont voté PJD.
“J’ai tout de suite exclu tout conflits avec le Roi au sujet des prérogatives“.
Une hémorragie appelée compensation
Les dépenses de compensation ont coûté 57 MMDH à l’Etat en 2012. Une hémorragie. J’ai changé la terminologie et “j’ai décidé de dire la vérité aux gens concernés: oui, baisser les charges de la compensation équivaut bien à une hausse des prix. J’ai choisi de ne pas mentir“.
Benkirane expose ici une idée qui lui est chère: le rôle des politiques consiste à convaincre et le meilleur moyen de convaincre est de dire la vérité, d’être sincère.
L’idée de l’indexation partielle est venue par la suite. Cette décision a provoqué une hausse puis, le jour où il a fallu répercuter la première baisse, il y a eu des résistances au sein du gouvernement, certains se sont dit que l’on pouvait tout aussi bien garder cet argent dont l’Etat a besoin. “Mais j’ai maintenu la décision de la baisse et le jour où les prix ont baissé, j’ai compris que nous avons gagné en crédibilité et que nous avons réussi“. Car “la confiance est à la base de tout“.
On est passés de 57 MMD en 2012 à 46 MMDH en 2013 (dont 21 MMDH sur le gasoil) puis 35 MMDH en 2014 (dont 8,5 MMDH sur le gasoil).
Le butane est un “malheur“
Entre 2012 et 2015, en quatre ans, l’Etat aura économisé entre 80 et 100 MMDH. Si cette réforme n’avait pas été faite, il aurait fallu baisser les investissements ou accroître l’endettement.
“Nous ne sommes pas sortis de l’auberge, car il y a le butane, si on ne fait rien, le butane va coûter 18 MMDH à l’Etat“. “Le butane est un malheur!“, seuls 40% sont consommés par les particuliers, le reste est utilisé dans l’agriculture, les hôtels, les restaurants sans oublier les gens aisés qui ne devraient pas être subventionnés. “Nous sommes en train d’envisager l’aide directe pour libérer le marché du butane“, dit Benkirane.
Le Maroc et le FMI
Autre révélation: Pourquoi, en 2013, le gouvernement avait coupé 15 milliards de DH d’investissements.
Je reçois les gens du FMI, nous évoquons les grands équilibres ainsi que les dépenses de compensation et les objectifs en matière de déficit budgétaire. Car nous n’avons pas le choix, nous devions discuter avec eux, au cas où nous aurions besoin de leur soutien.
Digression: “ Les gens qui gèrent les budgets chez nous sont très forts, ils ont la reconnaissance internationale. Notre système bancaire est très bien tenu“.
En 2012, le déficit budgétaire a atteint 7.7% du PIB. Nous nous sommes mis d’accord sur une baisse progressive: 5.5% en 2013, 4,9% en 2014, 4,3% en 2015 et 3,5% en 2016.
“Lorsque je reçois les experts du FMI [début 2013 NDLR], on se rend compte que les chiffres que nous avions communiqués n’étaient pas exacts. Ce n’était pas intentionnel, une simple erreur. Nous avons corrigé et nous finalement supprimé 15 MMDH d’investissements“.
L’administration doit être au service de l’entreprise
Il y a trop de laxisme dans le service rendu au citoyen et à l’entreprise. Pas partout, mais le laxisme s’est installé.
La mentalité générale au Maroc a changé vers l’opportunisme et l’enrichissement. L’argent est devenu une valeur primordiale. Tout à coup, des personnes devenaient très riches et personne ne s’en étonnait. Cela devenait un modèle. Benkirane évoque “une clique, une élite, une compétition féroce où se mêlent le licite et l’illicite“.
“Nous avons donc commencé à travailler sur la réforme de l’administration, rétablir le mérite, réduire le contact avec les citoyens changer les mentalités, combattre les réseaux mafieux qui se sont installés. Nous avons décidé de remettre l’administration au service du citoyen et de l’entreprise“.
Le déséquilibre social
Digression: “Les salaires des fonctionnaires coûtent 140 MMDH par an à l’Etat, 13% du PIB au lieu de 6 ou 8%“.
Les gens en bas de l’échelle sociale sont déconnectés du système, parfois abandonnés à eux-mêmes.
“Certaines régions vivent comme dans la préhistoire, les conditions de vie n’ont pas changé depuis des décennies“.
Nous avons voulu donner aux indigents, aux nécessiteux, pour qu’ils aient quelque chose, un minimum, pour les inclure au lieu de les exclure.
Pour une fois l’Etat s’est tourné vers des catégories qui ne savent pas se défendre, ce sont des catégories sociales broyées.
“Tout ce que nous avons entrepris, augmentations pour les bourses, retraites, allocations pour les veuves, n’aurait jamais pu se faire sans Sa Majesté, qui est très humain je peux en témoigner“.
Révélation : C’est le Roi qui a débloqué le dossier des veuves en situation précaire pour lesquelles une allocation est prévue et devrait entrer bientôt en vigueur.
Changement mental
“Lorsque vous travaillez, vous êtes payé et lorsque vous ne travaillez pas, vous n’êtes pas payé“. C’est un changement mental, explique Abdelilah Benkirane qui donne deux exemples ayant permis de remettre en avant la notion du mérite.
Le premier exemple est celui des communes sont les salariés ont fait grève pendant 52 semaines tout en continuant à être payés. Dès que les salaires ont été gelés, la grève a cessé.
Le second exemple est cher à Benkirane : c’est celui des diplômés chômeurs. Un problème chronique que le chef du gouvernement estime avoir réglé au mieux en fonction de l’intérêt du Maroc et du principe de justice.
“Si vous voyez que l’Allemagne s’en tire mieux dans la crise que la France, ce n’est pas parce que Allemands plus intelligents que les Français, c’est parce qu’ils sont plus proches des lois de la nature“.
Dans notre nature, nous voulons le sérieux, nous voulons travailler. Les Marocains acceptent la pauvreté mais refusent l’injustice. Ils veulent travailler.
Mais on a voulu leur faire croire que pour devenir fonctionnaire, il suffit de faire un sit-in devant le parlement pendant un ou deux ans. Une culture s’installait, ce n’est pas le travail, le mérite ou le sérieux qui vous font arriver à votre objectif, mais plutôt le fait de donner de l’argent, de faire grève, de participer à un sit in.“
Et en guise de conclusion : les salaires sont trop élevés dans le privé par rapport aux moyens de l’Etat qui ne peut pas se permettre d’entrer en concurrence avec les entreprises pour recruter. Or, lui aussi a besoin de cadres de haut niveau. Dans l’administration, nous avons a besoin de gens certes avec de bonnes intentions mais cela ne suffit pas. Nous avons besoin de gens qui savent ce qu’ils font, capables, compétents.
“Je lance un appel: intégrez l’administration, intégrez la politique. Sinon vous serez dirigés par des créatures qui vont réunir la pourriture, l’incompétence, la médiocrité et j’en passe“.
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