Egalité hommes-femmes, l’alarmant rapport du CESE
Discriminations à l’embauche, fortes inégalités des salaires, chômage accru, la situation des Marocaines dans la vie économique régresse et inquiète.
Le Maroc dispose d’un cadre juridique consacrant le principe d’égalité entre les genres et sanctionnant la discrimination. La théorie est séduisante, mais ne fait aucunement le poids face à une réalité extrêmement clivante, défavorable aux femmes dans la société marocaine, comme l’indique le dernier rapport du Conseil économique, social et environnemental (CESE).
Intitulé « Les discriminations à l’égard des femmes dans la vie économique », ce rapport lève en effet le voile sur le fossé qui sépare les femmes des hommes dans la participation à la croissance économique du pays, ainsi que l’évolution de la situation féminine sur le marché de l’emploi. En précisant dans un premier temps, selon les dernières données récoltées par le CESE, que 12,3 millions des femmes sont en âge d’activité (soit âgées de 15 ans et plus), les experts affirment que près de 60% d’entre elles résident en milieu urbain. Parmi ces femmes, plus de la moitié (52,6%) sont encore analphabètes. Tandis que dans le camp des lettrées, seules 32,9% disposent d’un diplôme.
Derrière ce postulat accablant se dissimulent quantité de discriminations préoccupantes. Le rapport souligne ainsi que le taux d’activité des femmes n’a cessé de régresser depuis 1999, enregistrant une baisse de 5,7 points entre 1999 et 2012. Une tendance baissière amenée à se poursuivre, selon le Haut Commissariat au Plan (HCP).
Et d’ajouter que le nombre de femmes au foyer augmente plus vite que celui de la population féminine en âge de travailler. Aussi, avec un taux d’activité estimé à 22,7% en 2013, soit « moins du quart des femmes en âge » de pénétrer le marché de l’emploi, ces dernières ne rivalisent pas avec les hommes, actifs et occupés à hauteur de 66,4 %.
Ces femmes actives sont par ailleurs majoritairement cantonnées dans des secteurs « peu valorisants », annonce le rapport et souffrent « de nombreuses discriminations salariales ». Des inégalités fondées sur « des données structurelles », avance le CESE, qui admet toutefois ne pas être en mesure de « caractériser [ces écarts] en l’absence d’informations précises ». Néanmoins, les experts s’appuyant sur des analyses et études de rapports nationaux et internationaux, assurent que les femmes restent moins bien rémunérées que les hommes dans tous les secteurs, hormis celui de la construction. Dans le privé, le salaire des employées est en moyenne inférieur de 25% à celui des hommes.
Quant à occuper des postes à responsabilité, une infime minorité de femmes parvient à percer l’inamovible plafond de verre. Dans le public comme le privé, le leadership n’est – à regret – pas une affaire de femmes comme le démontrent les chiffres présentés dans cette étude. Si la fonction publique est constituée à 40% d’effectifs féminins au Maroc, seules 16% d’entre elles occupent des postes clés et près de 7% s’illustrent dans des postes d’administratrices au sein de grandes entreprises publiques.
Dans le secteur privé, elles ne sont guère plus de 0,1% à occuper de hautes fonctions dans les domaines du commerce ou des services et à peine 11% à administrer des sociétés cotées en bourse. Dans la sphère de l’entreprenariat, la femme est également sous-représentée. En 2012, seules 0,8% des femmes actives embrassent la carrière d’entrepreneure.
Si la situation des femmes actives alarme, celles de leurs compatriotes sans emploi inquiète davantage. Le rapport nous apprend en effet que le chômage concerne particulièrement les femmes diplômées. Ainsi sur dix femmes en situation d’inactivité, huit ont obtenu un diplôme et en zone urbaine, le taux de chômage frappe 20,6% de femmes contre 11,5% d’hommes. Une tendance qui s’inverse dans le milieu rural où l’emploi précoce (moins de 15 ans) est majoritairement dominé par les femmes avec 73,2% contre 59,8% pour les hommes. Des chiffres qui interpellent sur la question de l’éducation des jeunes filles, retirées prématurément du système scolaire.
Le spectre de ce chômage galopant génère par ailleurs des dérives, voire des entorses aux dispositions du code du travail. Comme le rappelle en effet le rapport du CESE, le Royaume dispose d’un cadre juridique sanctionnant les manquements aux principes d’équité. Néanmoins, ce dernier se révèle souvent inefficace en l’absence d’un arsenal réglementaire concret et d’un suivi suffisant. Certaines études dénoncent même une « complicité » des salariées qui n’osent pas évoquer les discriminations dont elles sont victimes, craignant de perdre leur emploi…
Bien que le CESE martèle que l’emploi des femmes est un atout pour la croissance marocaine, que leur faible représentation sur le marché du travail est par conséquent une entrave à la « prospérité commune » et « au bien-être des enfants », l’évolution ne semble pas suivre. Les spécialistes en appellent alors à l’application urgente de nombreuses mesures favorisant l’accès au travail des femmes, la promotion des formations qualifiantes « et l'accès des filles à l'ensemble des filières offertes dans les formations à dominance masculine », « la mise en place de mesures incitatives et la garantie d’un droit au financement », l’incitation à l’entreprenariat féminin, ainsi qu’un renforcement des mécanismes juridiques garantissant - concrètement - ces égalités de genre…
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