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ECONOMIE

Le long chemin vers l’indépendance énergétique marocaine

L’autosuffisance énergétique suscite des interrogations à l’heure où les cours du pétrole sont en baisse.

Le long chemin vers l’indépendance énergétique marocaine
Ariane Salem
Le 17 décembre 2014 à 14h27 | Modifié 17 décembre 2014 à 14h27

Alors que le prix du baril de pétrole dégringole, le Maroc - qui importe 95% de ses besoins en énergie - continue de nourrir un rêve d’indépendance énergétique.

Pourtant, la baisse de profitabilité des investissements dans les énergies non conventionnelles et renouvelables mais surtout l’incertitude de l’exploration suscitent des interrogations sur l’avenir énergétique du Maroc.

Le retrait des investisseurs : une question prématurée

Francis Perrin, expert, président du cabinet de conseil Pétrole et Stratégies énergétiques (Paris) et directeur de la rédaction  de la revue Pétrole et gaz arabes, estime qu’à première vue, la baisse provisoire des cours du pétrole ne devrait pas contrarier les programmes d’exploration et d’exploitation déjà engagés sur le sol marocain.

 En effet, aussi bien pour le pétro-gazier que pour l’énergie renouvelable, l’horizon de production est à 10-20 ans. D’ici là, le prix de l’énergie fossile aura eu le temps de remonter et la demande énergétique marocaine sera plus importante que jamais.

Les juniors sont plus sensibles aux fluctuations des cours du pétrole

Ce n’est pas pour autant que les compagnies se précipitent pour prospecter au Maroc. Au-delà de la mauvaise conjoncture actuelle, les compagnies pétrolières pourraient tout de même revoir leur engagement au Maroc d’ici 2015.

C’est que celles-ci ne sont pas exposées de la même manière au risque de liquidité. Si les majors ont suffisamment d’assise financière pour affronter une baisse temporaire des cours, sans revoir leur programme d’investissement en R&D, les juniors, elles, doivent faire face à la frilosité de leurs actionnaires et sont donc plus exposées à la conjoncture.

Or ce sont majoritairement les compagnies juniors qui sont engagées dans l’exploration pétro-gazière au Maroc.

En mars, Cairn abandonnait un site d’exploration offshore au large de Tarfaya. En novembre, c’est au tour de Genel Energy et San Leon d’annoncer le rebouchage du puits de Sidi Moussa, au large de Sidi Ifni.

Alors que les réserves pétrolières sont avérées sur chacun des sites, celles-ci sont difficilement exploitables, autrement dit la production est trop onéreuse. 

Le Maroc, zone d’exploration risquée ?

 En vérité, le repli des investisseurs est plutôt dû à l’insuccès des explorations qu’à la baisse du prix du pétrole. Mais il révèle à quel point le Maroc reste un territoire d’exploration risqué. S’il existe un potentiel de ressource, en gaz et pétrole conventionnel et en schiste bitumineux, révélé par les études sismiques, les réserves ne sont pas encore avérées.

Les investisseurs pourraient donc être enclins à se réorienter vers des pays déjà producteurs. Ou bien privilégier le gaz conventionnel au détriment du schiste bitumineux, beaucoup plus coûteux.

Le volontarisme politique pour rassurer les investisseurs

La stratégie énergétique du royaume – fondée sur un mix énergétique fossile/renouvelable - ne peut résulter que d’une volonté politique forte et durable, laquelle est seule apte à rassurer les investisseurs, affirme Yassine Fakir, consultant spécialisé sur le secteur de l’énergie dans les pays émergents chez Diversus Global à Rabat.

La stratégie menée pour développer les hydrocarbures et attirer les investisseurs repose sur un appui technologique de l’Onhym en phase exploratoire et un avantage fiscal très attractif. Les compagnies pétro-gazières se voient en effet promettre un partage des revenus de 75/25, 75% pour les compagnies, 25% pour l’Etat.

L’Onhym promeut activement l’exploration, en prenant à sa charge une partie de la R&D et en menant elle-même des études sismiques, géologiques et géochimiques. Il entend bien poursuivre les travaux d’exploration sur les zones prioritaires d’Essaouira et des provinces du sud. Son budget, qui était de 5 MMDH en 2014, devrait tripler en 2015.

Priorité est mise sur le conventionnel, avec deux sites déjà opérationnels qui alimentent la production industrielle locale: le bassin du Gharb et celui d’Essaouira. La production reste néanmoins mince et de nombreux autres forages sont à prévoir sur ces sites.

L’exploration du fossile non-conventionnel (gaz de schiste et schiste bitumineux) est en phase plus précoce. Les technologies d’extraction pour le schiste bitumineux ne sont pas encore matures et très coûteuses. Quant au gaz de schiste, le Maroc est au début du processus et n’a pas encore mené de travaux d’exploration.

Sur le plan du renouvelable, l’horizon de production est connu avec plus de précision. Les plans solaire et éolien, initiatives lancées en 2009, sont en phase plus avancée. La ferme éolienne de Tarfaya (300MW) est entrée en service la semaine dernière. La première centrale thermo-solaire Noor 1 à Ouarzazate (160 MW) devrait elle entrer en fonction en 2015.

En revanche, la cible de 2020 pour la réalisation des grands plans du renouvelable (42% du parc énergétique installé en énergie renouvelable, 2.000 MW de solaire, 2.000 MW d’éolien, 2.000 MW d’hydraulique d’ici 2020) ne semble pas réaliste pour certains experts, dont font partie Yassine Fakir. Prenons le cas du solaire : sur les cinq sites devant abriter une capacité thermo-solaire, les travaux n’ont débuté que sur celui de Ouarzazate. Pour ce dernier, la première tranche de 160 MW d’un programme qui en comporte trois (objectif : 500 MW) devrait être livrée en 2015.  

Et ce retard accusé dans l’avancement des projets n’est pas imputable à la baisse des cours du pétrole, mais plutôt à la difficulté d’attirer des investisseurs institutionnels.

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Ariane Salem
Le 17 décembre 2014 à 14h27

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