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SOCIETE

L'USFP, premier parti à oser demander à criminaliser la polygamie

L’appel à l’interdiction totale de la polygamie est revenu sur le devant de la scène au cours du 7ème congrès national des femmes socialistes. Le Maroc est-il prêt à s’engager dans cette voie qui suscitera sans doute de larges remous?

L'USFP, premier parti à oser demander à criminaliser la polygamie
Samir El Ouardighi
Le 23 décembre 2013 à 17h24 | Modifié 23 décembre 2013 à 17h24

Trois grands tabous sont sous les feux de l’actualité au Maroc et concernent l’abolition de la peine de mort, l’égalité femmes-hommes devant l’héritage et l’interdiction totale de la polygamie. Il faut souligner que ces trois chevaux de bataille sociétale sont défendus par le parti de la rose, l’USFP.

Concernant la fin de la polygamie, la position des socialistes est une grande première au Maroc. Hormis la Turquie et la Tunisie, pays précurseurs de l’abolition, aucun pays musulman n’avait eu le courage d’appeler à abroger cette pratique et jamais aucun parti politique marocain ne s’était prononcé publiquement sur un sujet qui divise profondément la société.

Si la polygamie n’est pas interdite au Maroc, la Moudawana l’a assortie de conditions censées la rendre impraticable.

Selon les statistiques du ministère de la Justice, elle serait en baisse avec une moyenne de 1.000 mariages polygames par an mais les abolitionnistes prétendent que ce chiffre est en deçà de la réalité à cause de la complicité de certains juges conservateurs.

En effet, la Moudawana impose au mari qui désire prendre une seconde épouse d’avoir l’autorisation du juge et une permission écrite de sa première femme.

Le candidat à un 2ème mariagedoit aussi prouver qu’il est capable de subvenir aux besoins des plusieurs femmes et de garantir leurs droits.

Si la législation en cours complique la possibilité d’épouser une 2ème femme, il existe toujours des moyens de contourner la loi.

La parade illégale, la plus usitée par les hommes est d’obtenir un certificat de célibat, sésame pour se marier, dans une autre ville que celle où l’époux est déjà marié.

Un deuxième subterfuge consiste à s’arranger pour que sa future 2ème femme tombe enceinte et mettre ainsi le juge devant le fait accompli pour l’obliger à valider un nouveau mariage.

Le refus de beaucoup de femmes de se retrouver avec un statut peu enviable de «divorcée» facilite aussi la tâche des sérials-époux en les forçant à donner leur assentiment signé pour se remarier.

Si le nouveau code de la famille a participé à limiter les unions polygames, il faut croire qu’il n’a pas signé la fin de la polygamie car ses détracteurs livrent un argumentaire religieux pour empêcher son interdiction totale.

En tout état de cause, au moment de la nouvelle Moudawana, la polygamie représentait moins de 0,8% des mariages. L’évolution sociale et économique l’a réduite à portion congrue. Sa limitation, comme son abolition éventuelle, sont davantage un choix de société et l’affirmation publique d’un projet de société d’égalité citoyenne totale.

 

Quand la  religion devient l’argument des polygames

Pour les polygames convaincus, l’Islam affirme que la polygamie lutte contre la débauche et permet de trouver un mari à des femmes qui n’en trouvent pas.

L’interprétation fallacieuse des textes religieux a assurément bon dos car si l’islam autorise cette pratique, il faut souligner qu’il l’accompagne de conditions assez restrictives. Deux sourates du Coran sont à cet égard édifiantes : “Épousez comme il vous plaira deux, trois ou quatre femmes, mais si vous craignez de n’être pas équitable, prenez une seule femme” (Coran, sourate Annissae, verset 3). Et surtout cet impérieux: “Vous ne pouvez être équitables à l’égard de vos femmes, même si vous en avez le désir” (Annissae, 129).

Le verdict divin –Vous ne pouvez être équitables- équivaut à une interdiction mais ne dissuade pas les mâles interprètes du Livre saint de se livrer à leur exercice polygame. Les partisans de la polygamie jugent cette dernière en parfait accord avec l’esprit de la religion musulmane et au sein même de notre gouvernement, Abdellah Baha, ministre d’Etat et Mustapha Ramid gardien du temple de la justice assument sans complexes leur statut de polygame.

Ils assurent avec le soutien du chef du gouvernement pourtant monogame, que «c’est toujours mieux que d’avoir des maîtresses». Comme tous les fréristes, ils partent du principe que les mâles instincts sont légitimes et qu’il faut leur donner un emballage licite, sinon ils s’exprimeront d’une manière illicite. Le rut du mâle justifie tout.

 Il est donc logique que le 1er secrétaire de l’USFP, Driss Lachgar se dise pessimiste sur l’adoption de cette réforme par le gouvernement actuel. A la suite du 7ème congrès féminin Ittihadi, le MUR matrice idéologique du PJD s’est d’ailleurs empressé de l’accuser par la voix de Mohamed El Hilali d’opportunisme médiatique pour essayer de revenir sur le devant de la scène politique.

L’interdiction de la polygamie requiert du courage politique

Les partis politiques sont plutôt réservés sur la question de l’interdiction de la polygamie et pour cause, on ne réapprend pas impunément les lois de l’arithmétique électorale.

Une étude intitulée “L’islam au quotidien au Maroc”, publiée en 2007 par les sociologues M. Ayadi, H. Rachik et M. Tozy montre que 44% de la population marocaine est pour la polygamie.

Ses conclusions font état d’une «opinion favorable à la polygamie plus importante dans les catégories scolarisées de la population que dans les catégories non scolarisées». Comme sur d’autres sujets polémiques, les partis rechignent donc à s’aliéner une partie de leur électorat alors que l’USFP appelle par la voix de son 1er secrétaire à criminaliser la polygamie en la supprimant du code de la famille.

Moins optimiste, le ministre de l’urbanisme Nabil Benabdellah, chef du PPS, nous confie la difficulté d’aller à contre-courant des forces religieuses qui voient d’un mauvais œil la suppression de cette pratique.

Ce parti progressiste sur plusieurs sujets préfère laisser du temps au temps, ce qui revient à dire que malgré sa volonté de parvenir à l’interdiction totale de cette pratique, il faudra encore patienter.

La position socialiste d’inscrire à l’agenda politique la fin de la polygamie ouvre une brèche sans précédent au Maroc et comme pour l’abolition de la peine de mort ou l’égalité femmes-hommes devant l’héritage, elle requiert surtout du courage politique.

Pour s’inscrire dans la modernité et respecter les engagements internationaux, la consécration de l’égalité entre la femme et l’homme passe par la fin d’une pratique d’un autre âge qui ouvre la porte aux injustices à l’égard des femmes comme des enfants.

 

 


 

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Samir El Ouardighi
Le 23 décembre 2013 à 17h24

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