Volailles : la filière bat de l’aile
Malgré une année 2013 difficile, les aviculteurs se sont réunis en grand nombre ce 26 novembre pour l’ouverture du salon Dawajine à Casablanca. Pour autant, le moral des professionnels est miné par l’augmentation de la TVA prévue par le PLF 2014.
Si l’année 2012 a été très favorable à la filière avicole, notamment grâce à la loi de Finances 2013 accueillie favorablement par les professionnels pour ses mesures fiscales incitatives, cette année a enregistré une chute générale des prix.
Le kilo de dinde, vendu à 18,30 DH en octobre 2012, a perdu en quelques mois 27% de sa valeur : le mois dernier, il se vendait à 13,31 DH. C’est également le cas du poulet de chair (12,50 DH contre 12,89 DH le kilo, soit – 3%, et de l’œuf gros calibre (de 0,87 DH à 0,75 DH l’unité, soit – 14%).
Dans une conjoncture aussi favorable, comment expliquer la chute des prix? Ahmed Boujamaa, président de l’association nationale des producteurs de volailles, explique à Médias 24 que «les producteurs ont travaillé plus, sans doute beaucoup trop cette année, si bien qu’on constate une surproduction générale entraînée par une demande moins importante».
2013 : L’année mauvaise
En effet, le marché local n’a pas absorbé la totalité de la production et malgré une légère amélioration en août (15,50 DH/kg de poulet et 18,30/kg de dinde), les prix ont de nouveau chuté en septembre et octobre pour se situer en deçà des coûts de production, notamment en raison d’une baisse de la demande habituellement constatée avant et après la fête de l’Aid Al Adha. Le prix de l’œuf lui, a noté une augmentation au cours du mois de Ramadan pour suivre la tendance baissière globalement enregistrée.
En plus d’avoir surproduit, les professionnels de la volaille ont été affectés par une hausse du prix des matières premières. Exclusivement importés, en général des Etats-Unis, le maïs et le soja qui constituent la base alimentaire des volailles ont vu leur prix augmenter en début d’année pour se stabiliser ces derniers mois.
Pour Youssef Alaoui, président de fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA), «la production américaine de bioéthanol a utilisé une grande partie de la production de soja entraînant la hausse des prix de celui-ci». Soutenue depuis juin 2013, cette augmentation s’accompagne de celle du prix du maïs, malgré une baisse significative par rapport à l’année dernière.
2014 : le pire est à venir
En dépit de cette conjoncture, le rendez-vous annuel des professionnels de la volaille organisé depuis 16 ans s’est donc ouvert ce jeudi matin dans une atmosphère plutôt positive. Destiné essentiellement aux professionnels, le salon Dawajine a attiré cette année davantage d’aviculteurs, si bien qu’il a fallu aménager des stands supplémentaires à l’extérieur du centre de conférence de l’Office des changes. Certains de conclure de bonnes affaires, les aviculteurs sont néanmoins réservés quant aux prévisions 2014.
«Nous avons été surpris par le projet de loi de finances 2014 qui prévoit d’augmenter la TVA à 10%», avoue Mohamed Ouakkaha, à la tête du couvoir éponyme, filiale du groupe Alf Issen. En effet, les organisations professionnelles de la filière s’étonnent toujours de ces mesures qui dénotent le recul du dialogue public/privé.
La FISA s’en explique: «Après des années d’âpres discussions et de négociations avec les instances gouvernementales pour lever les distorsions et les contraintes qui entravaient le développement du secteur avicole, les professionnels avaient enfin obtenu une réduction des droits de douane à 2,5% et de la TVA de 10% à 7% sur la quasi-totalité des matières premières entrant dans la fabrication des aliments composés destinés aux volailles. Cette nouvelle disposition, si elle venait à se confirmer, est de nature à replonger le secteur dans une nouvelle crise dans la mesure où le surcoût engendré sera supporté entièrement par l’éleveur qui, lui, ne peut répercuter celui-ci sur le consommateur».
L’ancienne loi de Finances avait en effet réduit l’aggravation du butoir (différence entre taux de la TVA appliqués à l’amont (20% en général) et celui en vigueur à l’aval (7%) en harmonisant les taux de la TVA. Estimé à un milliard de dirhams pour l’ensemble des fabricants d’aliments composés, le butoir affecte les usines en premier. La TVA s’arrête au niveau de l’éleveur (aliments composés et matières premières) et aggrave davantage son prix de revient puisqu’il ne peut pas la récupérer. Le produit fini, c'est-à-dire la volaille, est exempté de TVA, comme tout produit agricole. «Nous ne nous opposons pas à la fiscalisation de l’agriculture, nous souhaitons seulement être taxés comme les autres à 17,50%», résume Youssef Alaoui.
Validée par la première chambre parlementaire, la loi de finances 2014 a toutes ses chances d’être promulguée. La position des professionnels de la filière est claire: «La FISA sollicite les pouvoirs publics afin de surseoir à toute augmentation de la TVA». La fiscalisation de l’agriculture sera sans aucun doute l’un des points d’orgue des débats dans l’hémicycle.
L'aviculture souffre d'un problème spécifique au Maroc: elle est considérée comme une industrie et n'a jamais bénéficié des avantages accordés à l'agriculture. La TVA appliquée sur les matières premières n'est pas récupérable et alourdit donc les charges des aviculteurs, renchérissant le produit fini, au détriment des consommateurs. Contrairement aux éleveurs de bétail par exemple qui eux sont considérés comme entrepreneurs agricoles. De ce fait, à tous les étages de la filière, l'endettement des entreprises s'est aggravé.
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