Le wali de Casa sort de son silence
Le nouveau wali a exposé la méthode de travail qu'il entend suivre pour définir la meilleure stratégie pour la capitale économique du Maroc. Les élus sont donc dessaisis de la remise à niveau de leur ville.
Khalid Safir. Polytechnicien. Président du collectif de réhabilitation de la médina. Wali du grand Casablanca depuis le 15 octobre. Quatre jours après le discours fameux dans lequel le Roi a critiqué la gouvernance de la ville.
Khalid Safir donc, précédé d’une excellente réputation et d’un préjugé favorable. Il recevait ce lundi 11 novembre en fin de journée, la presse pour dire ce qu’il compte faire. Comment la ville va procéder.
Exercice intéressant, fascinant parfois.
D’un côté le jeune wali, fraichement nommé, après les royales injonctions, était dans une position confortable pour parler de l’avenir.
A sa droite Mohamed Sajid, maire de la ville, le cheveu blanchi, ne pouvait s’empêcher de parler du passé. Mécaniquement. Le casting ne pouvait que donner ce scénario.
L’un promet, l’autre se justifie.
La vie n’est pas juste.
Le maire : nous n’avons pas démérité
Nous n’avons pas démérité, dit le maire en substance. «Nous devons nous remettre en question», promet-il. Ça sonne comme un bilan. Les efforts des dix dernières années étaient «gigantesques». Il donne quelques chiffres : en 2004, 100.000 familles habitaient dans des bidonvilles ; 65 à 70% sont éradiqués, le reste est programmé pour l’être.
Il révèle: en 2004, une étude sur la mobilité des Casablancais, fait ressortir un besoin de 60 milliards de DH pour régler les problèmes de l’époque et à venir!! Tous les interlocuteurs de l’époque, à Rabat notamment, sauteront au plafond en découvrant le chiffre. Le nouveau maire est sommé de remettre la poussière sous le tapis.
Revenons-en à Khalid Safir. C’est lui qui a organisé cette réunion et qui l’a ouverte. En présentant les grandes lignes de la méthodologie qui sera suivie pour répondre aux problèmes soulevés par le Chef de l’Etat. Un acte d’autorité en quelque sorte. Ou plutôt, un acte de leadership. Car il a le langage d’un manager et la posture humble. Sa modestie n’est pas feinte.
Le wali : voici comment nous allons procéder
Le wali projette des slides et cite Kotter (Harvard Business School) et ses 8 étapes pour conduire le changement.
D’abord, créer le sentiment d’urgence (discours royal). Ensuite, il faut du leadership (suivez mon regard) : un groupe de travail conduira le changement.
Puis, la vision stratégique (discours royal : Casablanca, pôle financier international). Le reste coule de source : communiquer pour que chacun s’implique et connaisse la finalité de ses efforts ; lancer le projet ; accomplir des réalisations sur le très court terme pour renforcer la confiance ; consolider ; institutionnaliser par des mécanismes ad hoc les remises en question, la reddition des comptes et la culture de résultat.
Le clou de la réunion, c’est lorsque Khalid Safir nous fait le coup de l’analyse Swot, forces, faiblesses, opportunités, menaces.
Les points forts sont connus. Alors, voyons un peu les faiblesses («les défis» sur le slide) : rareté du foncier, ruralisation, insécurité, bidonvilles, difficulté de circuler et de stationner, dégradation de l’environnement, sentiment d’exclusion chez le citoyen qui vote moins que dans toutes les autres villes (24% de participation aux dernières législatives), dégradation des valeurs de citoyenneté, inégalités sociales, chômage, économie informelle, vendeurs ambulants, programmes urbains (Rahma, Lahraouyine…).
Le wali pose les bonnes questions, à sa façon didactique : que voulons-nous faire de Casa à l’horizon 2020 ? une capitale économique ? industrielle ? des services ? de la connaissance ? des nouvelles technologies ? un pôle touristique et de shopping ? une destination de tourisme médical ? une destination culturelle ?...
Khalid Safir veut doter la ville d’une vision. A travers des études dirigées par un groupe de travail à créer. Il a rencontré les différents intervenants de la ville, opérateurs économiques, entrepreneurs, intellectuels, créateurs. Et il termine avec les médias car il souhaitait les utiliser comme relais pour mobiliser les habitants de la ville autour du futur projet. C’est un peu une vision 2020 de Casablanca. Après le discours du Roi, il fallait que quelqu’un prenne les rènes. Khalid Safir vient de le faire.
Et comme on l'enseigne dans les écoles de management, "maintenant qu'il a dit ce qu'il va faire, il doit faire ce qu'il a dit".
Ce que l'on retiendra en attendant, c'est que la remise à niveau de Casablanca sera menée par les autorités et pas par les élus (ces derniers participeront bien sûr).
Une leçon de gouvernance?
Ou le constat de l'échec d'un modèle de démocratie locale?
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