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Architecte étranger : éternel ennemi ou véritable allié ?

Le débat sur le bien-fondé des partenariats entre architectes marocains et étrangers divise la profession. Pour les commandes publiques ou les projets privés, les signatures étrangères sont de plus en plus convoitées.  

Architecte étranger : éternel ennemi ou véritable allié ?
Nabila Fathi
Le 18 octobre 2013 à 9h40 | Modifié 18 octobre 2013 à 9h40

Du haut de ses 35 ans de métier, Omar Alaoui fait partie de cette catégorie de professionnels habitués à côtoyer des stars de l’architecture sur l’échiquier mondial. « Je suis un co-contractant à part entière, depuis le premier coup de crayon. Je ne suis pas un simple signataire de plans », déclare-t-il.

Son statut, il le doit certes à sa longue expérience, à sa technicité avérée mais aussi à une prise de conscience de la nécessité de mettre à niveau son cabinet : nouveau système d’information (investissement d’1,5 million de DH), ressources humaines à la fois qualifiées et en grand nombre (18 personnes), salle de visioconférence pour un meilleur contact en temps réel, etc. Bref, être au même niveau que les internationaux, cela a un coût que tous les cabinets marocains ne peuvent pas supporter.

Refusant de rejoindre les rangs des « anti-étrangers » au ton catégorique, il considère la participation d’architectes étrangers comme une opportunité plutôt qu’une menace. « Prenons l’exemple de la crise que vivent les Espagnols et considérons-la comme une aubaine pour nous. Ne les laissons pas venir en concurrents, mais anticipons et créons des joint-ventures où chacun des deux camps donnera le meilleur de ce qu’il a », ajoute Omar Alaoui.

« L’intervention des Européens permet d’économiser le temps de la recherche des normes et des interactions entre les différents espaces » souligne un jeune architecte casablancais.

Les architectes marocains ont un rôle à jouer

Mais en dépit de leur expertise, ces stars de l’architecture ne sont pas rodés aux rouages du métier tel que pratiqué au Maroc. Il leur manque le jargon, la connaissance des matériaux locaux, des habitudes et de la culture du pays ainsi que l’attitude à adopter avec les différents corps de métier opérant sur le chantier.

« Mais ce n’est pas pour autant qu’ils doivent se concentrer seuls sur les études et limiter leur partenaire marocain au travail du chantier, souligner Omar Kobitte, grand habitué des partenariats avec les étrangers.

« J’ai récemment refusé deux projets de 12 millions de DH. Le maître d’ouvrage a exigé une telle configuration. Je ne suis pas un signataire mais un architecte », témoigne-t-il. « Que reproche-t-on aux Marocains et pourquoi les dénigre-t-on sur leur territoire ? », ajoute notre architecte, propriétaire d’un deuxième cabinet à Paris.

Une signature qui engage l'archtecte marocain

Les chiffres sont édifiants. Dans 70 à 80% des cas, l’étranger ferait tout le travail et ne demande au Marocain que d’apposer sa signature, moyennant un petit cachet.

Le partenaire local se réduit à un simple passage obligé, un « facilitateur de procédures », selon l’expression d’Omar Kobitte, et ne participe en rien à l’élaboration du projet.

Les cas où le nom du partenaire marocain n’est même pas affiché dans le panneau de chantier sont nombreux. Mais au-delà même de l’image de marque et la réputation de l’architecte « fantôme », la question de la responsabilité du Marocain dans un projet auquel il n’a prit part que sur le papier est posée. La loi ne reconnaît qu’un seul responsable, c’est le partenaire marocain qui endosse toute la responsabilité en cas de problème.

Une autre dimension de l'architecture

Toujours est-il que l’apport des grosses pointures étrangères reste indéniable. « En collaborant ensemble, on est propulsé dans une autre dimension de l’architecture. Cela permet aussi de former les jeunes architectes aux nouvelles techniques et tendances», témoigne Omar Alaoui.

Une vision des choses que tous les confrères n’approuvent pas. « Ce qui me révolte, c’est le comportement de l’administration publique qui exige, dans le cadre de certains concours, des références quasi-impossibles à présenter par nous autres Marocains. De cette manière, elle ouvre exclusivement ces concours aux non-nationaux», s’indigne un jeune architecte casablancais.  

Une sorte « d’appel à tuteur » pratiqué par l’Etat et dénoncé par de nombreux praticiens. Allusion faite aux innombrables avantages dont jouissent les Européens, considérés comme des stars à part entière. « L’administration met à leur disposition des paysagistes, éclairagistes, acousticiens, thermiciens… et se montre très tolérante quant aux délais de réalisation de l’ouvrage », souligne un membre du conseil de l’ordre. Une sorte de « deux poids, deux mesures. »

 

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Tags : Habanos
Nabila Fathi
Le 18 octobre 2013 à 9h40

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