Cigarettes électroniques : pas si inoffensives que ça
Les cigarettes électroniques, même sans nicotine, présentent un risque pour la santé des consommateurs, selon une étude révélée en France. Au Maroc, le marché est encore naissant, avec seulement quelques opérateurs.
Une étude du magazine français 60 millions de consommateurs révèle la toxicité de la cigarette électronique : “N'en déplaise aux fabricants et distributeurs d'e-cigarettes, l'absence de tabac ne signifie pas que ces produits ne présentent pas, de manière intrinsèque, des risques pour la santé”.
La revue de l'Institut national de la consommation (INC) ajoute que trois substances préoccupantes ont été détectées dans la fumée : le formaldéhyde (formol), l'acroléine et l'acétaldéhyde. Souvent, les doses indiquées sur l'étiquetage sont largement inférieures aux quantités réellement présentes. Si le formol, classé cancérogène par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) est présent dans des teneurs proches de celle de la cigarette conventionnelle, l'acroléine elle, est parfois contenue dans des proportions supérieures à celles d'une cigarette classique. L'acétaldéhyde, autre substance classée cancérogène, a également été détectée, bien qu'en de très petites quantités.
Si en France l'annonce de la toxicité de la cigarette électronique a été largement reprise par les médias et condamnée par l'opinion publique, au Maroc la question laisse perplexe. Et pour cause : le marché local compte moins d'une dizaine de revendeurs. Depuis moins d'un an, quelques boutiques dans les grandes villes et certains sites en ligne se sont spécialisés dans ce produit considéré par les fumeurs comme un substitut à la cigarette traditionnelle, voire un moyen de réduire la dépendance au tabagisme.
Pour Alain Lefèvre, directeur du site ecigarettesmaroc.ma, le marché est suffisamment large pour accueillir les revendeurs. En effet, les derniers chiffres officiels estiment à 15 millions le nombre de fumeurs au Maroc. S'il se félicite de la progression des ventes, il reconnait le potentiel de ce marché naissant.
Questionné par Médias 24 sur les dangers de la cigarette électronique, M. Lefèvre reste prudent : “Si les Marocains témoignent d'un franc intérêt pour ce produit, nous ne pouvons pas encore nous faire une idée exacte de ses risques toxiques. Je suis évidemment pour l'interdiction de sa vente aux mineurs et de sa consommation dans les lieux publics”. Sa société qui vient de conclure un contrat d'exclusivité avec le leader allemand de la cigarette électronique Red Kiwi, est le premier revendeur à s'être installé au Maroc et compte sur son partenaire pour offrir à ses clients des produits fabriqués dans le respect des normes européennes.
“Nous savons que les cigarettes électroniques contiennent de la nicotine et certaines autres substances toxiques mais dans des proportions négligeables comparées à la cigarette conventionnelle”, ajoute-t-il. En effet, les études préalables ont démontré que la cigarette électronique est mille fois moins toxique que la cigarette classique. Un avis qui n'est pas partagé par la Fondation Lalla Salma pour la lutte contre le cancer.
Contacté par Médias 24, le docteur Youssef Chami, médecin spécialisé en santé publique et responsable de la lutte anti-tabac au sein de la fondation, clarifie la position officielle de l'organisme : “Certes nous n'avons pas assez de recul pour déterminer scientifiquement les risques de toxicité de la cigarette électronique, cependant la présence de nicotine dans les liquides utilisés suffit pour que nous condamnions sa consommation”. La fondation Lalla Salma aligne sa position sur celle de l'OMS et de l'Alliance mondiale de lutte contre le cancer. “Tout produit qui contiendrait du tabac doit être interdit”, affirme le docteur Chami. Et d'ajouter : “Ne serait-ce que dans les lieux publics pour éviter le tabagisme passif. Ce qui est sûr, c'est l'impératif de contrôle de la part des pouvoirs publics”.
La réaction de l'Etat sera sans doute très attendue, autant par les associations de lutte contre le tabagisme que par les professionnels. En effet, les lobbies de la cigarette traditionnelle ont conscience de la perte financière engendrée par les ventes d’e-cigarette et s'engagent à leur tour dans la fabrication de leurs propres cigarettes électroniques.
Le géant du tabac américain Reynolds (Camel, Winston ...) a démarré cet été dans quelques boutiques aux Etats-Unis les tests commerciaux de sa cigarette électronique Vuze, qui a reçu un avis très négatif par les consommateurs. Ceux-ci jugent en effet que les produits sont de très mauvaise qualité et regrettent la contradiction d'un vendeur de cigarettes qui souhaite s'engager dans la production d'un produit supposé réduire l'addiction à la nicotine.
Philip Morris a également lancé sa cigarette électronique, Markten. Selon Duane Greene, vapoteur américain et animateur de la web TV VapeTVLive, Markten serait l'équivalent électronique de Marlboro. Elle serait d'aussi mauvaise qualité que celle fabriquée par Reynolds. Si Philip Morris n'a pas encore communiqué sur le sujet, ses ambitions de conquérir le marché européen, voire africain, ne laissent pas de doute. Il faudra sans doute attendre les mois prochains pour constater l'évolution du marché de la cigarette électronique, même si les inquiétudes qu'elle suscite sont à prendre au sérieux et au plus vite.
L'association marocaine de lutte contre le tabagisme et les drogues rappelle que la dépendance comportementale et psychologique demeure sans solution. “Une peur qui se nourrit aussi de l'influence sur nos enfants qui risquent de se familiariser avec le tabagisme”, ajoute le président de l'association, El Hassan El Baghdadi, dans une déclaration à Médias 24. “Nous avons besoin d'une solution radicale qui considère le tabagisme comme un moyen de destruction massive et de déstabilisation de nos familles et de notre société”.
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