EXCLUSIF. Comment Boumediene avait réagi à l'annonce de la Marche Verte
A travers son récit, Jean Daniel apporte un éclairage d’une valeur historique certaine, au sujet d’un épisode peu connu des relations maroco-algériennes. Il raconte comment, en 1975, le président Boumediene avait accueilli l'annonce de la Marche Verte.
Rappelons rapidement le contexte : En 1975, le Maroc avait demandé l’arbitrage de la Cour internationale de justice au sujet du différend qui l’opposait à l’Espagne concernant la récupération du Sahara.
La Cour ayant reconnu :
-sa compétence
-que le Sahara n’était pas terra nullius avant l’occupation espagnole
-et qu’il était lié au Maroc par des liens juridiques d’allégeance,
Hassan II avait prononcé son fameux discours, le 16 octobre, quelques heures après la décision de la Cour internationale de Justice. A 18H30, de Marrakech, il annonçait le lancement de la Marche Verte.
Quelques heures plus tard, coïncidence, Jean Daniel rencontrait Houari Boumediene, le président algérien, pour une interview.
Interrogé par Guy Sitbon cette semaine à Paris, pour Médias 24, il nous livre ici en exclusivité, le récit de ce qu’il a vu et entendu ce 16 octobre 1975 à Alger.
«Sans préavis, j’ai obtenu soudain ce jour-là une interview du Président Boumediene. De longue date, j’entretenais avec lui les meilleures relations. Avec moi, il ne faisait pas mine de ne parler qu’arabe. Il s’exprimait, sans embarras, dans un français très correct.
J’ai été reçu au Palais du Gouvernement dans une salle en pleine effervescence. Ouvriers et électriciens s’affairaient à installer une sorte de studio de télévision avec écran, ce qui n’était pas commun à l’époque.
Boumediene a fait une entrée assez théâtrale, son burnous habituel aux épaules. Son visage aux traits ascétiques et graves accentuait son allure majestueuse. Le geste souverain, la démarche auguste, il visait à en imposer à tous les regards. Il se prenait très au sérieux et tenait à ce que son interlocuteur le ressente.
D’emblée, nous avons parlé de la Marche Verte annoncée quelques heures plus tôt. Il ne cachait pas sa colère sans l’extérioriser brutalement. Il restait très maître de lui jusqu’à ce qu’à l’écran apparaissent les images du roi Hassan II prononçant un discours.
Là, le visage de Boumediene s’est métamorphosé. Un mélange de sourire nerveux et de fureur crispait son visage. Un moment, le roi parle de l’Algérie sur un ton conciliant et amical. Le Président lui lance, en arabe, une injure et, à ma stupeur, il avance son bras droit et délivre un magistral bras d’honneur. Tel un voyou de Bab el Oued.
Le Président austère qui se donnait à voir quelques instants plus tôt avait disparu. J’avais devant moi un autre homme. Un jeune garnement des rues prêt à tout.
Il s’est levé de son fauteuil et s’est mis à sautiller de façon étrange. Un peu hystérique. Je ne saurais dire s’il sautait de joie ou de colère, mais, je le revois très bien, il a bondi à plusieurs reprises. Il trépignait, comme s’il avait perdu le contrôle de son personnage.
Les insultes contre Hassan II pleuvaient. J’étais stupéfait. Jamais je n’avais vu un chef d’Etat dans cet état. Ce n’était qu’un torrent d’invectives à un niveau insoutenable de grossièreté, d’obscénité, de vulgarité.
Sans transition, ont suivi les menaces. Hassan II ne l’emportera pas au paradis. Il ne sait pas ce qui l’attend. L’Algérie ne se fera pas rouler dans la farine.
J’étais d’autant plus abasourdi que l’affaire du Sahara trainait depuis longtemps. Les revendications du Maroc dataient de Mohamed V qui entendait affirmer sa souveraineté non seulement sur le Sahara Occidental mais sur la Mauritanie toute entière.
Je n’oubliais pas, et Boumediene non plus, la défaite de l’Algérie pendant la guerre des sables d’octobre 1963. On sentait le goût de la revanche, le besoin d’effacer de mauvais souvenirs. Je n’ai plus souvenir des termes exacts mais l’idée était bien celle d’une riposte qui fera regretter à l’agresseur ses rodomontades. L’Algérie ne se laissera pas marcher sur les pieds. Elle rétorquera de tous ses moyens et on verra ce qu’on verra».
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