Mondial 2030, Sahara, UK Export Finance… Ben Coleman détaille les ambitions britanniques au Maroc
INTERVIEW. Porté par la dynamique de la Coupe du monde 2030, Londres veut renforcer son positionnement économique au Maroc. L’envoyé spécial du Premier ministre britannique pour le commerce détaille à Médias24 les priorités du Royaume-Uni, entre financement, expertise technique, grands projets et présence dans les provinces du Sud.
L’essentiel :
- Le Royaume-Uni veut renforcer son partenariat économique avec le Maroc, dans la perspective de la Coupe du monde 2030 et au-delà.
- Une mission britannique de 50 entreprises s’est rendue au Maroc pour nouer des partenariats avec les entreprises marocaines.
- Les entreprises britanniques se positionnent surtout sur la gestion de projets, la sécurité, la mobilité, le financement et l’héritage durable des grands événements.
- UK Export Finance met à disposition 5 milliards de livres sterling, soit environ 60 milliards de DH, pour garantir et soutenir le financement de projets au Maroc.
- Ce financement s'applique à l’ensemble du territoire marocain, y compris les provinces du Sud.
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Les détails :
En marge du Forum économique Maroc-Royaume-Uni, organisé par la CGEM le 3 juin 2026, Médias24 s’est entretenu avec Ben Coleman, envoyé spécial du Premier ministre britannique pour le commerce.
Dans cet entretien, Ben Coleman met en avant une relation économique appelée à s’intensifier autour de la Coupe du monde 2030, mais aussi au-delà.
Médias24 : Vous êtes en visite au Maroc à un moment important dans les relations entre les deux royaumes, avec une coopération économique croissante et de grandes opportunités d’investissement, en particulier celles liées à la Coupe du monde 2030. Que souhaite accomplir le Royaume-Uni à travers ce forum d’affaires ?
Ben Coleman : Ce forum s’inscrit dans la volonté du Royaume-Uni de renforcer ses relations avec le Maroc, notamment sur le plan économique. Il faut rappeler que les relations entre nos deux monarchies remontent déjà à 800 ans. Nous avons donc une longue histoire de coopération. Aujourd’hui, depuis l’accord conclu il y a un an, nous avons signé une série de mémorandums d’entente et nous cherchons à renforcer notre coopération afin de soutenir les ambitions de long terme de Sa Majesté le Roi pour le Maroc, à la fois en vue de la Coupe du monde 2030 et pour l’héritage durable qu’elle laissera au pays.
- Le Maroc entre dans un grand cycle d’investissement avant la Coupe du monde 2030. Quelle part de l’intérêt actuel du Royaume-Uni pour le Maroc est liée à cette opportunité, et quelle part relève d’une vision stratégique de long terme ?
- Nous avons une relation ancienne avec le Maroc. Nous avons déjà des échanges commerciaux importants. Le commerce entre nos deux pays représente environ 4,7 milliards de livres sterling, soit près de 58 milliards de DH. Il progresse régulièrement depuis cinq ans, et l’année dernière a été la meilleure année jamais enregistrée.
Nous voulons voir cette relation commerciale continuer à se renforcer. Il existe donc déjà une relation commerciale solide avec le Maroc. Évidemment, la Coupe du monde représente un nouveau niveau d’ambition pour le Maroc. Sa Majesté le Roi a déjà défini sa vision pour la santé, les infrastructures, l’éducation et plusieurs autres domaines. La Coupe du monde concrétise et accélère une grande partie de ce qui est en cours.
Mais nous sommes présents au Maroc depuis longtemps. Des entreprises britanniques ont déjà participé à la réhabilitation et à la reconstruction du Grand Stade de Rabat. Des entreprises britanniques font aussi partie du consortium qui construit le Grand Stade près de Casablanca, appelé à devenir le plus grand stade du monde. Le Grand Théâtre de Rabat, conçu par Zaha Hadid, porte également la signature d’une architecte britannique.
Nous sommes donc présents ici depuis longtemps. À travers mes échanges au Maroc, notamment avec les ministres concernés, nous avons discuté du fait que la vision du Maroc a été accélérée et intensifiée par la Coupe du monde. Nous voulons accompagner ce processus pour en faire un succès, et faire également de l’héritage de la Coupe du monde un succès durable. Notre plan est un plan stratégique de long terme. Notre engagement est d’être aux côtés du Maroc tout au long de ce processus et au-delà, pas seulement jusqu’au dernier coup de sifflet de la Coupe du monde.
- Dans quels domaines les entreprises britanniques pensent-elles pouvoir apporter le plus de valeur ajoutée, alors qu’elles feront face à une forte concurrence de la part des acteurs marocains, chinois, turcs et du Golfe ?
- Il y a deux éléments. Nous apportons des avantages liés à ce que nous proposons, et nous apportons aussi la profondeur de notre expérience. Nous avons nous-mêmes organisé avec succès de grands événements sportifs, et l’aspect lié à l’héritage de ces événements est, je pense, l’un des éléments les plus intéressants pour le Maroc. Le Maroc a clairement l’ambition de faire en sorte que la Coupe du monde ne s’arrête pas au coup de sifflet final, et qu’elle produise des effets durables.
À Londres, par exemple, lorsque nous avons organisé les Jeux olympiques, nous avons concentré nos efforts sur l’est de la ville avec une vision d’héritage à long terme. Cela a permis de créer des emplois, de générer de la croissance économique et de renforcer les communautés locales. Les entreprises britanniques ont été impliquées dans tous les grands événements sportifs internationaux depuis les Jeux olympiques de Sydney en 2000, y compris la Coupe du monde au Qatar en 2022.
Nous espérons donc apporter une grande expérience pratique. Cette expérience concerne le financement, la conception, la réalisation de projets complexes, la gestion des foules, ainsi que la capacité à garantir une expérience sûre et agréable pour les supporters. Il existe un large éventail de domaines dans lesquels nous espérons pouvoir être utiles.
- Si les entreprises britanniques ne sont souvent pas les moins coûteuses dans les grands projets d’infrastructure, pourquoi le Maroc devrait-il choisir une solution britannique plutôt qu’une solution chinoise, turque ou locale ?
- Nous ne venons pas proposer de la main-d’œuvre britannique. La main-d’œuvre marocaine est extrêmement compétente. Elle jouit d’une très bonne réputation. On le voit à travers le pays. À Rabat, par exemple, une entreprise britannique a récemment participé à la rénovation du stade et à la gestion du projet, mais ce sont des travailleurs marocains qui réalisent les travaux.
Ce que nous proposons ne consiste pas à remplacer les entreprises ou les compétences marocaines. Il s’agit plutôt d’accompagner la gestion des projets et d’apporter une expertise dans la conception, les questions complexes de sécurité et de sûreté, ainsi que dans l’organisation d’une expérience fluide, sûre et agréable pour les supporters. Il s’agit aussi de faciliter leurs déplacements rapides et sécurisés d’une ville à l’autre. Tous ces aspects, ainsi que la planification à long terme, sont les domaines dans lesquels nous pensons pouvoir apporter quelque chose de particulier. C’est là que nous avons une offre spécifique à proposer.
- Quels engagements les investisseurs britanniques peuvent-ils prendre en matière de création d’emplois locaux, de transfert de compétences et de création de valeur au Maroc ?
- Nous espérons que notre offre, qui est une offre de partenariat à long terme, intéressera le Maroc. Ce dernier dispose de nombreuses personnes hautement éduquées et hautement qualifiées, qui souhaitent faire davantage au Maroc, mais aussi à travers l’Afrique et dans le monde. Nous espérons qu’en travaillant avec nous, elles pourront bénéficier de cette coopération. Comme je l’ai dit, nous ne voulons pas arriver, attendre le coup de sifflet final de la Coupe du monde, puis repartir. Nous voulons être présents sur le long terme. Cela passera par le transfert de notre expertise et par un travail commun avec les Marocains.
Je suis ici aujourd’hui à l’occasion de ce forum d’affaires, et je suis d’ailleurs très reconnaissant envers la CGEM pour le travail accompli afin de faire de ce forum un succès. Nous avons 50 entreprises britanniques présentes. C’est la première fois qu’une mission commerciale britannique d’une telle ampleur se rend au Maroc. Ces entreprises discutent avec encore davantage d’entreprises marocaines pour voir comment nous pouvons coopérer ensemble, comment nous pouvons apprendre du Maroc, et comment le Maroc peut aussi apprendre de nous afin de réaliser sa vision.
- Le Royaume-Uni a soutenu le plan d’autonomie proposé par le Maroc comme base crédible et pragmatique pour résoudre la question du Sahara marocain. Quels changements concrets les investisseurs peuvent-ils attendre en ce qui concerne les investissements britanniques dans les provinces du Sud ?
- Nous avons pris l’engagement de soutenir le Maroc de toutes les manières possibles. Cela inclut le soutien au financement des exportations à travers UK Export Finance. Le département britannique chargé du financement des exportations a mis à disposition 5 milliards de livres sterling, soit environ 60 milliards de DH. Ce financement s’appliquera aux entreprises qui souhaitent investir dans les provinces du Sud, de la même manière qu’il s’appliquera aux entreprises qui souhaitent investir dans le nord du Maroc ou dans toute autre région du pays.
La garantie de financement à l’exportation s’appliquera donc à l’ensemble du territoire marocain. Les entreprises pourront en bénéficier, quel que soit le lieu où elles souhaitent investir.
- Comment le Royaume-Uni entend-il se positionner dans les provinces du Sud par rapport à la France et à l’Espagne, notamment en matière de financement, de soutien au crédit export, et pas seulement d’investissement direct ?
- La principale initiative gouvernementale passera par UK Export Finance, qui est l’agence publique britannique de garantie des crédits à l’exportation. Elle met à disposition 5 milliards de livres. Ce financement sera disponible dans les provinces du Sud comme dans l’ensemble du Maroc, pour toute entreprise souhaitant y investir. Nous espérons que ce sera une proposition très attractive pour toutes les parties concernées.
- Dans un an, quels résultats concrets permettraient de dire que ce forum d’affaires a été un succès ?
- J’espère que nous serons ici pour célébrer le fait que le Maroc aura encore avancé dans la préparation d’une Coupe du monde absolument fantastique et agréable. J’espère aussi que vous pourrez me parler à nouveau et que je pourrai vous citer les entreprises britanniques qui contribuent à la réalisation de cette ambition. Certaines entreprises remportent déjà, je crois, des contrats pour accompagner le Maroc dans ses projets.
Ce que nous pouvons attendre maintenant, c’est une année de conversations, de réunions, et de compréhension des ambitions du Maroc. Ce que nous avons à offrir est très large et très pertinent. Mais nous devons comprendre quelles sont les priorités réelles du Maroc. J’espère donc que, dans un an, nous pourrons nous asseoir ensemble et parler de toutes les choses importantes qui auront commencé à se concrétiser.
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