Élections 2026 : comment et pourquoi l’USFP a renouvelé 80% de ses candidats à Casablanca
Avec 80% de nouveaux candidats dans les seize circonscriptions de Casablanca, l’USFP ne cherche pas seulement à améliorer son score électoral, estime Latéfa Cherif. Membre du bureau politique, la candidate au périmètre d’Anfa nous explique la stratégie socialiste pour renouveler ses élites et préparer les scrutins qui suivront les législatives.
Alors que le PJD aborde les législatives de 2026 avec l’ambition de retrouver sa place dans le paysage politique national après son effondrement historique de 2021, l’USFP semble engagée dans une démarche d’une autre nature.
Là où les islamistes jouent leur survie, les socialistes tentent de reconstruire leur appareil politique et de préparer une nouvelle génération de responsables.
"13 nouveaux candidats investis sur un total de 16"
La lecture de la liste des seize candidats investis par le parti de la rose dans les circonscriptions de Casablanca révélerait en réalité pour Latéfa Cherif une vraie stratégie de renouvellement politique.
Ainsi, selon la membre du bureau politique de l’USFP et candidate dans la circonscription de Casablanca-Anfa, seuls trois candidats ayant porté les couleurs du parti en 2021 ont été autorisés à se représenter pour briguer un siège de député au Parlement.
"La grande majorité sont de nouveaux candidats car près de 80% des listes ont été renouvelées", explique-t-elle en laissant entendre que ce chiffre traduit une volonté de tourner la page des précédents scrutins et de se repositionner dans la perspective d’un cycle politique plus long.
À la question de savoir si la capitale économique constituera un laboratoire de la stratégie de reconquête électorale du parti, elle affirme que l’USFP dispose de nombreuses circonscriptions rurales ou hors Casablanca comme Oujda, Nador ou Tanger où son parti aurait des sièges assurés.
Optimiste sur les résultats électoraux, la candidate avance que l’USFP fera partie des premiers dans plusieurs circonscriptions perdues en 2021 qui présenteraient des signes de redynamisation.
« La direction n’a imposé aucune candidature »
Réfutant toute mainmise de la direction du parti sur les investitures, notre interlocutrice affirme que, contrairement aux autres appareils politiques centralisés, les accréditations des 16 candidats de l’USFP dans la capitale économique auraient suivi un processus interne largement ouvert à tous.
Et de préciser que tout militant du parti de la Rose souhaitant se présenter au scrutin législatif de septembre prochain a pu déposer sa demande officielle auprès des coordinations locales avant un dernier examen par les structures régionales, puis nationales qui ont tranché sur leur recevabilité.
"Dans les circonscriptions où plusieurs prétendants étaient en compétition, les arbitrages ont été effectués via un grand oral ou des auditions internes assimilées à des primaires", explique Latéfa Cherif. Elle indique que le choix final ne relevait pas du Premier secrétaire, et qu’aucune opposition majeure n’est apparue entre les instances locales et les organes centraux du parti.
« L’ancrage territorial a été privilégié »
Tout en affirmant que ce renouvellement a été conçu en partie pour rajeunir les rangs, la responsable précise que "les accréditations ont été accordées en fonction du profil et de la présence effective des candidats sur le terrain, mais bien évidemment aussi sur leur niveau de compétences ». Latéfa Cherif laisse entendre qu’aucun parachutage de prétendants d’autres régions n’a été accepté.
Pour illustrer la volonté de renouvellement des cadres de l’USFP, la candidate cite une composition sociologique des listes qui reposerait sur l’arrivée de nombreux intellectuels, de jeunes cadres, de militants associatifs, mais aussi de plusieurs femmes engagées dans différents domaines d’expertise.
80% de nouveaux candidats, mais à peine 12,5% de femmes
Sur sa propre liste à Casablanca-Settat comportant seulement deux femmes sur un total de 16 candidats, elle reconnaît que l’objectif d’une parité effective en termes de genre demeure encore largement hors de portée au Parlement et dans la plupart des instances publiques nécessitant une élection.
« Si la persistance d’une culture politique sexiste décourage certaines de franchir le pas de l'engagement électoral, je me dois de souligner que plusieurs femmes ont aussi peur d’affronter des candidats masculins », explique l’élue, en exonérant de toute discrimination l’USFP qui aurait toujours été précurseur en matière de parité.
Mais pour un parti politique qui a toujours voulu se distinguer de ses concurrents par une identité progressiste, nous nous devons de préciser que ce discours est en totale contradiction avec la réalité, sachant que sa liste casablancaise n'a même pas été capable de respecter le quota pourtant légal de 30% en accréditant à peine 12,5% de femmes.
Se voulant malgré tout combative, la candidate évoque son propre cas dans « la "circonscription de la mort" d’Anfa » en déclarant que le véritable enjeu ne se limitera pas à réserver des places aux femmes, mais plutôt à créer les conditions politiques, culturelles et organisationnelles qui les encourageraient à briguer des mandats électifs.
Préparer 2026 et les élections suivantes
Mais au-delà des investitures et des résultats escomptés, la socialiste estime que l’enseignement le plus significatif de la stratégie de son parti réside en réalité dans sa finalité ultérieure.
« Si les listes présentées répondent en partie à une logique électorale, elles s’inscrivent aussi dans une stratégie de reconstruction étalée sur plusieurs échéances ». Pour Latéfa Cherif, elles reflètent le programme de l’USFP pour les législatives, puis les communes et les régions en 2027.
Lorsqu’on lui demande si les nouveaux profils accrédités sont destinés à prendre les commandes de son parti, elle confirme en déclarant qu’ils constitueront à terme sa future génération dirigeante.
La question de la relève demeure ouverte
Interrogée sur une éventuelle remise en question du leadership en cas de résultats décevants, Latéfa Cherif n’écarte pas la relève de Driss Lachgar aux commandes de son parti depuis 2012, soit pas moins de quatre mandats alors qu’il avait affirmé à Médias24 en 2022 ne plus vouloir se représenter.
"Après les élections, le bureau politique fera un état des lieux, et on verra. Peut-être que le Premier secrétaire lui-même nous dira qu'il faut rafraîchir les instances et le leadership", estime la candidate qui reconnaît que la question de la relève est un défi majeur pour les partis politiques.
Ce qui ne l’empêche pas de justifier la longévité du leader socialiste en rappelant que lors des précédents scrutins internes de 2017, 2022 et 2025, aucun responsable du premier parti de la gauche marocaine n’avait voulu se porter candidat pour le remplacer.
Et de conclure que la présentation des listes des candidats investis ne se limite pas à obtenir des sièges supplémentaires, mais plutôt à enclencher un nouveau cycle politique pour reconstruire le maillage territorial de l’USFP, renouveler ses cadres et préparer sa succession générationnelle.
Reste à savoir si cette stratégie se traduira dans les urnes et permettra au parti de la Rose de retrouver une partie de son influence historique dans la capitale économique, mais aussi à l’échelle nationale.
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