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Trump et les pays du Golfe, la diplomatie des bonnes affaires

En tournée dans le Golfe, Donald Trump a décroché des contrats records, misant sur une diplomatie des affaires, loin des questions de droits humains ou de la Palestine.

Le 30 mai 2025 à 16h30

En mars 2018, alors qu’il est au début de son premier mandat, le président américain Donald Trump recevait avec tous les honneurs le prince héritier de l’Arabie saoudite Mohamed Ben Salman à la Maison-Blanche. Devant lui, et face aux journalistes présents dans le bureau ovale, le président américain déployait de grands panneaux résumant les ventes d’équipements civils et militaires américains. A l’époque, la totalité des achats dépassait les cent milliards de dollars et Trump insistait, face caméra, sur cet acquis et son impact sur l’économie américaine.

Sur le ton de la plaisanterie, l’Américain continuait à insinuer devant le jeune prince que l’Arabie saoudite est très riche et qu’il espère, lui dit-il, qu’une part de cette richesse soit rendue aux Etats-Unis, sous forme d’emplois et d’achat de matériel militaire. En tant que VRP de son pays, c’est maintenant chose acquise avec la récente visite de Trump à Ryad en ce mois de mai. Rien qu’avec l’Arabie saoudite, son séjour a permis la conclusion de nouveaux contrats pour une somme globale de 142 milliards de dollars d’achat d’équipements militaires, sans compter les 600 autres milliards de dollars d’investissements promis aux Etats-Unis.

Aux Emirats où le président américain s’est également rendu, les promesses d’investissements atteignent la somme de 1.400 milliards de dollars. Elles concernent des acquisitions et des investissements étalés sur une dizaine d’années. Cela inclut, entre autres, l’achat d’appareils de chez Boeing et GE Aerospace, ainsi que des investissements dans le domaine des hydrocarbures. Quant à la visite de Trump au Qatar, elle a permis la signature de contrats pour l’équivalent de 200 milliards de dollars, et l’offre au président d’un cadeau exceptionnel qui consiste en un avion présidentiel, dépeint comme un palace dans le ciel, estimé à 400 millions de dollars.

Jamais un président américain n’a récolté autant de contrats en un laps de temps si court. Comme à son habitude, Trump s’est vanté de cette réussite qui a rapporté autant d’argent aux caisses de l’Etat. Il a même gonflé les chiffres des gains, les estimant de 3.500 à 4.000 milliards de dollars, ce qui est loin de correspondre à la réalité des faits. Ce qui est cependant nouveau, c’est qu’avec leurs interlocuteurs, les Américains n’ont pas mis en avant, comme par le passé, les questions relatives au respect des droits humains ou de la démocratie. Le temps était aux affaires, et accessoirement à une parenthèse sur les urgences régionales.

Cela fut le cas lors de son discours en Arabie saoudite, quand Trump déclarait ouvertement que son gouvernement se gardait de recommander aux autres nations comment se gouverner. Il a évité d’aborder la question des droits de l’Homme et s’est contenté d’évoquer ses réussites chez lui et de tenter d’apaiser les conflits régionaux, comme à Gaza, en Syrie, au Liban ou au Yémen, pour répondre aux demandes des dirigeants de la région. Je suis prêt à mettre fin à ces conflits, et je n’aime pas les guerres. Je veux être un artisan de la paix, a-t-il rappelé à son auditoire.

Pour Trump, la nouvelle génération des dirigeants de la région transcende les conflits anciens et les divisions du passé, pour forger un nouvel avenir au Moyen-Orient, qui se définit par le commerce et non le terrorisme. Les peuples de la région, et les différentes nations, religions et croyances, devraient construire ensemble des villes au lieu de se bombarder jusqu’à s’effacer. Cependant, le responsable américain a tout simplement évité d’évoquer la question palestinienne, qui est au cœur même de la déstabilisation de tout le Moyen-Orient.

Cette nouvelle approche de Trump vis-à-vis des pays du Golfe peut être qualifiée d’approche pragmatique et réaliste, puisqu’elle se base uniquement sur les services rendus et les contrats conclus. Au contraire, celle pratiquée pendant l’ère Biden était plus une approche diplomatique et de principe, attachée au respect des droits de l’Homme et de la bonne gouvernance qui commande tout le reste. Les Démocrates américains ont toujours cherché à évaluer leurs relations bilatérales avec cette région à l’aune de ces principes universels.

C’est sur la question palestinienne et la solution des deux Etats, Palestine et Israël, que Trump et son équipe sont restés silencieux. Alors que l’armée israélienne continue ses actes génocidaires à Gaza, en bombardant et en affamant des civils démunis, Trump, qui abhorre les guerres selon ses dires, n’a abordé que timidement cette tragédie sans proposer une sortie politique. Nous nous intéressons à Gaza et nous allons faire en sorte que cela soit réglé, a-t-il laissé entendre. Sa distance timide, et de circonstance, avec le Premier ministre israélien ne constitue guère une position qui présage d’une paix proche et équitable.

En dépit de cela, l’équipe américaine qui accompagnait Trump a multiplié ses efforts pour pousser à la normalisation entre Ryad et Tel-Aviv. Trump lui-même tient absolument à ce que cette volonté soit exhaussée durant ce mandat pour pacifier les relations entre les Etats de la région, sans pour autant proposer une issue honorable à la question palestinienne. Pour lui, les partenariats stratégiques dans cette région ne peuvent réellement s’épanouir qu’avec l’adhésion entière et totale de l’Arabie saoudite aux Accords d’Abraham. Or, dans sa large majorité, la population saoudienne demeure réfractaire à ce rapprochement et contre toute normalisation avec Israël dans un contexte de guerre et sans perspective d’une paix réelle.

Certains conseillers de Trump croient que si Trump donne aux Saoudiens ce qu’ils désirent, comme des armements sophistiqués ou un accord de défense consistant, ils peuvent être amenés à intégrer ces accords et à accepter un compromis avec l’Etat hébreu. Les Américains, qui assurent ce service après-vente au profit d’Israël, croient fermement qu’en intégrant l’Arabie saoudite, la voie serait libre pour les autres pays arabes pour les intégrer dans le processus. Ils sont cependant conscients que, pour le moment, toute normalisation semble loin d'être à portée, tant que le gouvernement israélien reste dirigé par des extrémistes et des jusqu’au-boutistes.

Avec la signature de ces contrats mirobolants, les pays du Golfe semblent renforcer davantage leur sécurité collective avec Washington face aux menaces iraniennes. Par leurs moyens financiers considérables, ils ont su réorienter la politique américaine sur certaines questions, comme sur le dossier syrien, ou acheter leur silence sur d’autres. Cependant, pour Washington, l’objectif premier était tout autre et va au-delà de cette partie du monde. Tous leurs efforts pour renforcer les capacités des pays du Moyen-Orient et du Golfe réduiraient leur implication militaire dans la région et leur permettraient de se concentrer sur l’essentiel, endiguer l’influence chinoise.

Les pays du Golfe sont devenus ces dernières années le centre des grands événements mondiaux et le lieu où se règlent les différends et les litiges internationaux. Des négociations s’y sont déroulées entre les factions palestiniennes et Israël, entre l’Occident et l’Iran, entre Américains et Talibans, et entre Russes et Ukrainiens. Cette nouvelle vocation sera davantage renforcée après la visite fructueuse de Trump dans la région. Dans un monde déstabilisé, et face à la tentation de voir les Etats-Unis se renfermer sur eux-mêmes, les pays du Golfe ont su comment appâter les Américains et les attirer vers eux. Leur richesse a produit ses effets et a séduit Trump et tous les hommes d’affaires de son administration.

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Le 30 mai 2025 à 16h30

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