Terrorisme, stade suprême du séparatisme
Depuis la nuit des temps, des mouvements de révolte prônant le séparatisme par la violence ont émaillé l’histoire de l’humanité. Chaque période a eu ses particularités et ses raisons objectives, pour le déclenchement de tels mouvements. Avec le temps et le désespoir qui s’installent, le séparatisme vire logiquement vers le terrorisme et les actes suicidaires, avant sa disparition définitive de la scène.
Il n’y a pas une explication monocausale à la naissance d’une organisation séparatiste. L’éclosion d’un tel mouvement ne peut être appréhendée qu’en termes de politique intérieure, ou de géopolitique régionale et internationale, et parfois des deux. Le phénomène du séparatisme touche actuellement tous les continents, et presque tous les pays. Il est d’abord l’affaire d’une minorité de dirigeants qui, dès le départ, veut imposer son programme, souvent idéalisé, à une majorité silencieuse qu’on veut, si non encadrer, au moins manipuler.
Le séparatisme est par essence l’idéologie par laquelle on cherche à séparer une région d’un ensemble plus vaste qui donne sens. Il est souvent favorisé par les anciens colonisateurs qui, sous couvert de protection des spécificités locales, aide aux démantèlements des États pour protéger leurs propres intérêts dans la région. Les pays voisins trouvent toujours les raisons valables pour soutenir de telles aventures, même quand elles sont sans issue.
Les raisons qui poussent un mouvement séparatiste à réclamer l’indépendance diffèrent d’un cas à l’autre. Parmi les motifs évoqués on cite la résistance à une culture étrangère, la haine et le ressentiment d’une communauté rivale, le rejet d’une domination économique, la mainmise politique d’un groupe qui ne veut pas partager le pouvoir de manière égalitaire, les persécutions des traditions locales, et parfois les risques de disparition ou de génocide.
Se défendre d’un nettoyage ethnique et culturel est le motif qui inquiète le plus la communauté internationale car il mène vers la sécession. Lors de la guerre civile au Rwanda en 1994, ni les Tutsis ni les Hutus n’ont demandé la partition du pays. Pourtant c’était la colonisation allemande qui a instauré les privilèges accordés aux Tutsis, et c’est la Belgique qui a décidé d’intensifier la discrimination en faisant figurer l’ethnie sur les papiers d’identité, exacerbant ainsi les tensions parmi les Rwandais.
C’est dire que le séparatisme est souvent créé et alimenté de l’extérieur, par des soutiens politique, financier et militaire, mais aussi par la propagande, ou parfois par tous ces éléments réunis. Un pays peut vouloir alimenter une crise chez le voisin pour tirer politiquement profit d’un conflit et étendre, souvent sous des explications fallacieuses, sa propre puissance.
Les nations qui font face au séparatisme se trouvent sur les cinq continents, mais c’est principalement en Afrique qu’ils pullulent. La zone anglophone d’Ambazonie au Cameroun, Cabinda région francophone en Angola, Oromia en Éthiopie, Delta du Niger et Biafra au Nigeria, la Bande de Caprivi en Namibie, la résistance afrikaner de Volstaat en Afrique du Sud, la Kabylie en Algérie et le Polisario pour le Maroc... La liste, loin d’être exhaustive, représente quelques zones à risques.
L’Europe, en dépit de sa démocratie et de la régionalisation avancée, est aussi sujette à des excès de fièvres séparatistes. On peut citer l’ETA dans le Pays-basque espagnol, l’IRA en Irlande du Nord, ou le FLNC en France pour la libération de la Corse, pour ne citer que ceux-là. Ces trois mouvements séparatistes ont défrayé les chroniques, et sont passés par la case terrorisme pour faire valoir leurs idées, sans grands résultats notables. L’ETA a fait des centaines de victimes espagnoles pour qu’au final il accepte le statut d’autonomie.
L’IRA a, de son côté, mené une guerre contre la Grande-Bretagne en refus du traité anglo-irlandais de 1922. Une partie a rejoint l’armée de la république d’Irlande, quand une autre a manifesté son opposition et privilégié le terrorisme de manière systématique. Il a exécuté des attentats sanglants pour plier Londres à son bon vouloir, sans résultats, avant de déposer les armes. En Corse, le FLNC a adopté la même démarche en procédant à l’usage de la violence contre les symboles de l’État français sans obtenir gain de cause.
Du séparatisme au terrorisme
Le passage du séparatisme au terrorisme est souvent un acte de désespoir quand l’objectif politique est difficile à atteindre. Au sein du même groupe séparatiste réside toujours une frange extrémiste, et une autre qui cherche une sortie à la crise par des moyens pacifiques et des compromis possibles. Ces derniers, regardés souvent comme des traîtres à la cause, sont généralement les adversaires des premiers et n’ont, souvent, de choix que l’exil. Ce sont eux qui auront le dernier mot.
L’itinéraire que le front polisario a suivi depuis sa création en 1973, sous l’influence des deux colonels, l’Algérien Boumediene et le Libyen Kadhafi, pour empêcher le Maroc de récupérer le Sahara, suit la même logique. Ce n’était pas tellement la cause sahraouie qui animait les défunts présidents, mais bien la détestation qu’ils partageaient à l’égard d’un Maroc décrié comme prooccidental.
Depuis cette date, les militaires algériens s’obstinent à faire de ce dossier leur cheval de bataille pour nuire aux intérêts suprêmes du Royaume en usant de principes fallacieux. Quant aux sahraouis vivant en exil, comme ceux qui survivent difficilement dans les camps de Tindouf, ils sont de plus en plus conscients que seule une entente avec le Maroc leur permettra de vivre dignement chez eux. Mais les militaires algériens, qui ont tant investi dans cette aventure, les laisseraient-ils agir librement ?
Comme l’IRA, l’ETA et le FARC hier, une partie du polisario est désormais consciente que sa soumission à la volonté des militaires algériens ne leur apportera pas la victoire face à l’unanimité inébranlable du peuple marocain sur l’intégrité territoriale du pays. Les actes terroristes dans la zone tampon, ou ceux annoncés à grand renfort médiatique par la propagande d’Alger pour ensanglanter nos villes n’ont guère eu d’écho. Les exemples édifiants des groupuscules européens précités doivent leur montrer le vrai chemin qu’il leur reste à emprunter.
C’est certainement pour ces raisons que la tenue, en ce mois de septembre aux Iles Canaries, de la première réunion du Mouvement Sahraoui pour la Paix, a soulevé des espoirs pour que les exilés sahraouis sortent enfin de l’emprise qu’exerce sur eux les militaires algériens. Comme tous les mouvements scissionnistes, le polisario lutte maintenant pour sa survie, car concernant le Sahara il sait qu’il est militairement vaincu.
Retranché sur des positions figées depuis sa création, le mouvement séparatiste ne survit que par la volonté des militaires algériens et l’abondance des ressources financières mises entre ses mains. Ses membres sont devenus les obligés d’un pays dont ils servent aveuglément les objectifs. Le comportement des dirigeants du polisario est de plus en plus irrationnel et erratique ne suivant aucune logique pour servir les vrais intérêts de la population qu’il croit défendre.
Mahjoub Salek, l’un des fondateurs du polisario, a été bien lucide dans sa récente sortie. Après trente ans d’opposition, nous avons pris conscience qu’il n’y a aucun espoir de réformer ce mouvement parce que le polisario n’est pas maître de ses décisions, disait-il. Avant d’ajouter comme un cri strident : “deux solutions se présentent à nous, accepter l’autonomie, ou rester dans l’enfer de Tindouf”. C’est ce cri que doit entendre la communauté internationale, car pour nous autres, nous savons par expérience que ceux qui dirigent l’Algérie font, par principe, la sourde oreille à tous les appels du bon sens.
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