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Quand la France s’abstenait de voter la partition de la Palestine

À quelques jours d’intervalles, deux déclarations fortes du président français Emmanuel Macron sur la guerre que mène Israël à Gaza et au Liban ont soulevé des réactions immédiates et sévères du premier ministre Benjamin Netanyahou. Une analyse d'Ahmed Faouzi.

Le 19 octobre 2024 à 11h27

La première déclaration du président français, intervînt lors du sommet de la francophonie, quand Macron a fait savoir qu’il était favorable à un arrêt des livraisons d’armes à Israël. La seconde fût lors d’un conseil des ministres quand il lui a rappelé de ne pas s’affranchir des décisions de l’ONU, car Israël avait été créé grâce à une résolution onusienne.

Comme la guerre qu’il mène en roue libre au Moyen-Orient, Netanyahou anime aussi une guerre diplomatique agressive à l’égard de tous ceux qui le critiquent, parmi même ses propres alliés. Il n’y a qu’en Occident qu'il trouve encore de l’écho dans les médias et auprès d’une frange de la société. Car au niveau international, il a depuis longtemps, perdu toute crédibilité, et terni l’image d’Israël auprès de l’opinion mondiale. Il a qualifié ouvertement les propos du président français de "honte". "Alors qu’Israël combat les forces de la barbarie dirigées par l’Iran, tous les pays civilisés devraient se tenir fermement du côté d’Israël", a-t-il répliqué.

L’autre critique qui a fuité après une réunion du conseil des ministres israélien, c'est quand Macron a rappelé qu’Israël avait été créé grâce à une résolution de l’ONU. Cette déclaration faisait suite à plusieurs assassinats par Israël, en dehors de ses frontières, des chefs de Hamas en Iran et du Hizbollah au Liban et de ses attaques répétées contre les casques bleus de la Finul, ne tenant compte ni de la charte, ni des résolutions des Nations Unies. Tel Aviv a même poussé l’audace jusqu’à déclarer le Secrétaire Général de l’ONU persona non grata en Israël, sous le prétexte qu'il n'a pas condamné l’attaque iranienne contre l’État hébreu.

Là encore, le Premier-ministre israélien n’a pas œuvré dans la dentelle en répliquant, comme à son habitude, avec véhémence contre le président français. Ce n’est pas la résolution de l’ONU qui a établi l’État d’Israël mais plutôt la victoire obtenue dans la guerre d’indépendance, lui rétorque-t-il. Celle-ci a été gagnée avec le sang des combattants héroïques dont beaucoup étaient des survivants de l’Holocauste, notamment du régime de Vichy en France. Des mots assez forts pour culpabiliser la France et rappeler à Macron ce passé douloureux.

À chaque sortie d’un dirigeant français pour critiquer Israël, ou apporter un soutien aux Palestiniens, les répliques israéliennes sont immédiates et font resurgir des références à la Shoah ou à des accusations toutes prêtes d’antisémitisme. Dans son ensemble, la classe politique française n’ose plus, et n’a plus le courage de ses prédécesseurs pour critiquer ouvertement Israël. On se rappelle du voyage en Israël de Jacques Chirac en 0cobre 1996 et le soutien qu’il apporta aux Palestiniens. À Jérusalem-Est, beaucoup ont toujours en mémoire sa révolte face à la sécurité israélienne et son soutien actif aux palestiniens à l’intérieur même d’Israël.

Et que dire encore de la réflexion de Charles de Gaulle, après la guerre de six jours menée en juin 1967 par Israël contre les pays arabes, lorsqu’il décida l’embargo des ventes d’armes à Israël ? Les juifs, disait-il, jusqu’alors dispersés étaient restés ce qu’ils avaient de tout temps été, c’est-à-dire, un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent une fois rassemblés dans le site de leur ancienne grandeur, à changer en ambition ardente et conquérante, les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis 19 siècles, l’an prochain Jérusalem. De notre temps, aucun des responsables français actuels ne pourrait adopter une telle posture gaullienne.

La récente déclaration de Macron consistant à rappeler à Netanyahou qu’Israël est né d’une résolution des Nations-Unies parait donc bien timorée par rapport à celle de de Gaulle. Malgré cela, il a été critiqué aussi bien au sein de la classe politique que par les médias français. Le président du Sénat Gerard Larcher, pour ne citer que lui, a affirmé qu’il était stupéfait que de tels propos puissent être tenus à l’égard d’Israël. La naissance d’Israël n’est pas venue comme un acte notarié constaté par l’ONU, dira-t-il.

Face aux tollés qu’ont provoqué les déclarations de Macron sur Israël, le président a diffusé une mise au point, en date du 17 octobre. "Il appartient à chacun des participants du conseil des ministres de se montrer respectueux de ses règles par éthique et discipline personnelle pour ne pas faire circuler des informations fausses, tronquées, ou sorties de leurs contextes", pouvait-on lire. Puis de continuer : il appartient aux journalistes et aux commentateurs de traiter les rumeurs et les propos rapportés avec les précautions qui s’imposent. Mais le constat c’est que personne n’a démenti la déclaration présidentielle.

Si Macron a mentionné qu’Israël a été créé par une résolution des Nations Unies, il a omis de rappeler qu’à cette époque la France s’est même abstenue à voter la résolution de partage de la Palestine en 1947 et l’admission d’Israël à l’ONU. Faire reconnaître l’Etat hébreu fût l’une des premières priorités pour les Américains juste après la mise sur pieds de l’ONU pour gérer le monde d’après-guerre. Le vote de partition de septembre 1947, qui nécessitait l’obtention des deux tiers des voix des 57 pays membres de l’époque, donna 25 voix pour le partage, 13 voix contre, et 19 abstentions dont celle de la France.

Mécontents des résultats, les Américains feront pression contre la France pour la mener à voter la deuxième résolution proposée deux mois après la première le 25 novembre 1947. Le résultat ne changea guère, 25 voix pour, 13 contre, 17 abstentions et 2 absences. Il manque toujours une voix pour que la résolution soit adoptée. Les américains passent alors à la vitesse supérieure en menaçant Paris de lui couper les vivres du Plan Marshall de reconstruction d’après-guerre, si elle ne vote pas la résolution.

Un nouveau vote est vite lancé cette fois-ci trois jours après, le 29 novembre 1947, quand l’Assemblée générale adopta la résolution 181 du plan de partage de la Palestine en deux États, l’un arabe et l’autre juif qui donna naissance à Israël. Si les Américains et les Soviétiques ont reconnu le nouvel État, la France ne l’a reconnu officiellement que plus tard le 20 mai 1949. Les raisons de ce retard étaient multiples en raison de plusieurs désaccords entre Paris et le nouvel État naissant. On peut citer le statut de Jérusalem, la situation des lieux saints, et l’avenir des institutions françaises en Palestine.

Mais la France qui se targue d’être le premier pays européen à avoir émancipé les juifs, était aussi une puissance méditerranéenne qui régnait sur l’Afrique du nord. Elle savait que reconnaître ce nouveau pays qu’est Israël, allait lui causer plus d’ennuis dans ses colonies musulmanes que lui procurer des avantages. Cependant, Paris allait se rattraper par la suite quand les pays d’Afrique du nord se sont émancipés, en aidant militairement le nouvel État pour maintenir un certain équilibre avec le monde arabe.

En sous-main, la France facilitait l’immigration des juifs français, comme ceux des autres pays européens vers la Palestine. Elle fermait aussi les yeux sur les dirigeants sionistes pour mener leurs activités comme bon leur semblait sur l’étendue de son territoire sans entraves. Cette politique fut soutenue pour l’essentiel par certaines personnalités juives et anciens résistants comme Leon Blum, René Meyer ou Daniel Meyer et bien d’autres. Face à ces soutiens, le Quai d’Orsay avertissait des dangers que représentait le soutien au mouvement sioniste pour les intérêts français.

L’arrivée de Gamal Abdel Nasser à la tête de l’Egypte en 1952, puis la nationalisation du canal de Suez par ce dernier allait rapprocher davantage la France d’Israël qui, rapidement, deviennent des partenaires stratégiques dans la région pour contenir les ambitions égyptiennes. L’agression tripartite France Royaume-Uni et Israël en 1956 reste un point noir dans l’histoire de la France dans cette région. Chez les gaullistes, comme au sein des socialistes français, tous se sentent porter une lourde dette à l’égard du peuple juif qu’ils n’ont pas pu protéger contre les Allemands durant la seconde guerre mondiale.

Plusieurs personnalités israéliennes jouaient un rôle dans ce rapprochement notamment Itzhak Shamir, condamné pour terrorisme par les Britanniques, et à qui la France avait accordé l’asile avant la naissance d’Israël. Shimon Péres et David Ben-Gourion, avaient eux aussi leurs entrées chez les responsables français, et négociaient directement les achats massifs d’armes à la France. Tout cela a permis au jeune État israélien de se doter d’un arsenal militaire de qualité pour assurer sa défense, et surtout attaquer ses voisins, dont probablement l’arme nucléaire.

Cette récente passe d’armes entre Macron et Netanyahou s’inscrit certes dans un contexte de relations diplomatiques pour le moins tendues entre les deux pays. Le président français semble tiraillé entre la puissante communauté juive française, dont une majorité apporte son appui à Israël, et une forte communauté française musulmane plus nombreuse qui ne supporte plus le silence face aux massacres des populations civiles palestinienne et libanaise.

Il sait très bien que le soutien aveugle à Israël décrédibilise son pays comme il décrédibilise déjà tout l’Occident qui ferme volontairement les yeux face à cette barbarie moderne. La France, comme tout l’Occident, auront plus de difficultés maintenant à venir promouvoir leurs valeurs et les droits humains après leurs complicité et silence face aux massacres commis par Israël.

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Le 19 octobre 2024 à 11h27

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