Lemine Ould Salem

Journaliste spécialiste des questions africaines

Œil d’Afrique. Quand les juges maliens cherchent exemple au Sénégal

Le 2 avril 2024 à 14h19

Modifié 4 avril 2024 à 13h13

Au Mali, la période de transition s’est théoriquement achevée le 26 mars. Des  magistrats ont saisi la Cour constitutionnelle pour contraindre le pouvoir à respecter ses engagements initiaux. Pour notre chroniqueur Lemine Ould M. Salem, l’exemple de la démocratie sénégalaise où une nouvelle alternance spectaculaire vient de survenir le 24 mars n’est, manifestement, pas étranger à l’initiative des juges maliens.

Quand en août 2020, un groupe d’officiers de l’armée malienne dépose le président élu, Ibrahim Boubacar Keita (IBK), les putschistes s’ empressent dans la foulée de promettre qu’il ne resteront pas longtemps au pouvoir. Dix-huit mois tout au plus, avaient alors juré les nouveaux maîtres de Bamako, avant de se raviser neuf mois plus tard. Le 24 mai 2021, ils prennent le contrôle total du pouvoir en écartant le président de transition Bah Ndao et son premier ministre Moctar Ouane, installés par eux huit mois plus tôt, après un remaniement ministériel qui avait vu deux des leurs évincés du gouvernement.

Le colonel Assimi Goïta (dont le prénom est une déformation en langue bambara de Hachimi, nom de la lignée dont est issu le Prophète Mohamed) est alors intronisé comme chef de l’Etat.

Une des premières mesures du chef du Comité national pour le Salut du peuple (CNSP), l’organe politico-militaire qui regroupe les officiers putschistes, est un décret présidentiel allongeant la durée initiale de la transition à deux ans, avec comme point de départ le 26 mars 2022.

Deux ans plus tard, le calendrier initial de la transition est théoriquement achevé sans que celle-ci ne franchisse la moindre étape vers un retour au régime civil initialement promis, sauf celle d’un référendum constitutionnel organisé en juin dernier.

Or, ce scrutin qui consacre une nouvelle loi fondamentale ouvre la voie à une candidature éventuelle du Colonel Goïta, ce que lui-même et ses compagnons avaient pourtant exclu lors de leur premier putsch.

Il est vrai qu’entre-temps, le pays a connu des turbulences, souvent violentes .

La France qui depuis janvier 2013 maintenait des milliers de soldats au Mali pour combattre les groupes jihadistes avait été contrainte de retirer ses troupes, laissant le terrain libre à la Russie. Celle-ci, par l’intermédiaire de la compagnie militaire privée Wagner, d’aujourd’hui Afrika Corps, est désormais l’allié de référence de Bamako.

Comme leurs homologues français, les soldats de la mission onusienne au Mali (Minusma) ont aussi été invités à plier bagages.

La guerre a repris entre l’armée malienne et les anciens touaregs, entraînant la mort définitive de l’accord de paix laborieusement négocié par les deux parties sous l’égide de l'Algérie voisine et signé à Bamako en 2015.

Cette situation, qui a largement profité aux groupes jihadistes pour reprendre du terrain ou amplifier leurs attaques, surtout dans l'est et le centre du pays, aurait pu pourtant être évoquée par les autorités pour tenter de justifier une nouvelle prolongation de la transition.

Or, le colonel Assimi Goïta et son équipe dont le terme légal de présence au pouvoir a été atteint, selon les textes régissant la période transitoire, le 26 mars dernier, ont choisi d’évoquer de simples « raisons techniques », provoquant des doutes sur leurs intentions.

Si plusieurs acteurs politiques et des activités de la société civile réclament aujourd’hui le respect des textes et du calendrier de la transition, des magistrats, eux, ont carrément saisi la Cour constitutionnelle.

Ces juges exigent de la haute juridiction constitutionnelle qu’elle dise que « les autorités actuelles sont sans mandat ou pouvoir pour représenter le Mali ». Ils demandent aussi « une nouvelle transition incluant toutes les composantes de la nation, y compris l’armée républicaine ».

En Afrique, les juridictions étant souvent sous l’emprise du pouvoir, leur démarche ne peut aboutir que par un courageux sursaut de conscience de leurs confrères sollicités.

Au Sénégal voisin, le spectaculaire épilogue de la longue turbulence démocratique vécue par ce pays ces derniers mois n’a été possible que par la seule volonté du conseil constitutionnel. C’est lui qui a imposé au pouvoir sortant le calendrier électoral à là faveur duquel l’opposant Bassirou Diomaye Faye a été élu le 24 mars dernier comme cinquième président du pays.

Habituellement modèle inspirant dans la sous-région, l’exemple sénégalais n’est sans doute pas étranger à cette tentative des juges maliens. Qu’ils aient gain de cause ou pas, c’est une autre histoire.

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