Ghita Naaimy
Ph.D Candidate (Laboratoire Entrepreneuriat et PME)L’idée d’entreprendre en temps de crise : Hapax ou Hoax ?
En ce qui concerne la crise sanitaire Covid-19, si le périmètre sectoriel qui a été négativement impacté par la crise est indéniablement important (restauration, prévoyance, construction...), d'autres secteurs ont connu une résurgence flamboyante (secteur pharmaceutique, e-commerce...).
L’envie d’entreprendre, du stimulus à l’intention…
Les théories et les travaux de recherche menés dans le domaine de l'entrepreneuriat cataloguent les motifs pour lesquels les individus optent pour la voie entrepreneuriale en plusieurs segments, on évoque ici une dichotomie longuement débattue par les chercheurs scientifiques qui sousentend des facteurs stimulants et dissuasifs nommés ‘pull and push factors’, en l'occurrence des particularités le poussant à s'orienter vers une activité entrepreneuriale et d'autres qui l'en détournent.
Les caractéristiques ainsi que les aspects intrinsèques à ces facteurs contiennent des éléments internes (qui peuvent être expliqués par la théorie du Resource-based view), et d’autres externes à l’entreprise soit tous les composants provenant de l'environnement externe et de l'écosystème. En outre, ces derniers contribueront dans un premier temps à ce que l'intention se produise, à ce que la motivation naisse et à ce que l'entreprise se concrétise, ensuite qu’elle atteigne sa meilleure ou sa pire performance.
Entreprendre à l’ère du Covid : bonne ou mauvaise idée ?
Tandis que certains s’attachent à l’affirmation unanime et sempiternelle qui considère que les crises économiques et sanitaires sont de véritables sources d’incertitudes et de réticences, conduisant inéluctablement à l’échec, d’autres les perçoivent comme étant un hapax, de véritables réservoirs de croissance pour ceux et celles qui savent déceler les opportunités même dans des situations menaçantes, la preuve est-elle que l’année 2020 a vu éclore un bon nombre d’entreprises. En outre, au Maroc, le niveau de création d'entreprises établira un record vers la fin de l’année 2021 en enregistrant 93.517 nouvelles entreprises, et ceci excédant les chiffres des années 2019 (pré-crise) ainsi que 2020 là ou 74.786 entreprises ont été créées, soit une augmentation de 25%. (Selon l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale).
Ceci étant, cet enchevêtrement d’avis nous pousse à mettre le point sur la question suivante : Est-il réellement téméraire pour un agent économique de vouloir jouer à quitte ou double et se lancer dans une aventure hasardeuse qu’est l’entrepreneuriat en période de crise, où est-ce au contraire une opportunité à saisir ? Si l’on prend en considération ce changement radical de mode de vie qui prend en compte, entre autres, le confinement et l’apogée du télétravail, on peut dire que l’imagination des processus susceptibles de contourner une éventuelle contrainte liée à une activité entrepreneuriale a été facilitée.
Tous ces éléments inhérents au bouleversement du mode de consommation, notamment à la transformation digitale, l’inflation et les tendances environnementales ont donné vie à un nouveau type d’exigences à prendre en considération. Les divers paramètres internes et externes étroitement imbriqués dans la création d'entreprise et de l'esprit entrepreneurial, se développent avec le temps et trouvent leurs voies pour se dresser contre ou pour l'entreprise, dans sa création, sa résilience et sa pérennité. Crise ou guerre, tous peuvent être cités pour souligner l'influence de l'un ou l'autre sur le collectif ou sur des entrepreneurs particuliers.
Le Maroc, l’épopée d’un pays engagé.
Le Maroc et ses institutions financières déploient un effort colossal en se mobilisant en meute afin d’introduire des programmes soutenant l’entrepreneuriat, on cite, en l’occurrence, les crédits “Damane Relance/Oxygène octroyés en 2020 à raison de 53 MMDH ayant fait bénéficier 66.200 entreprises”, dixit Hicham Zanati Serghini, directeur général de la SNFGE (Ex CCG), également le plan de financement Intilaka destiné aux TPE et PME (entre autres les start up), et le programme Forsa.
Prenant conscience que la petite et moyenne entreprise représente le noyau dur d’un écosystème multi-acteurs, de nombreux scientifiques tentent de démystifier dans le monde entier, entre autres, la question de l’intention, la résilience et l’accompagnement entrepreneurial, notamment en période de crise, par l’étude de l’environnement et attitudes entrepreneuriales des acteurs de ce secteur.
Le “Global Entrepreneurship Monitor-GEM” est l’étude internationale la plus importante en matière d’entrepreneuriat dynamique. Le Maroc fait partie des pays qui mènent cette étude via le Centre de recherche en entrepreneuriat et PME, à l’Université Hassan II-Faculté des sciences juridiques, économiques, et sociales de Ain Chock-Casablanca, à travers lequel les étudiants chercheurs et les professeurs chercheurs, tentent d’accroître la contribution et apporter des preuves scientifiques afin de fournir une clairvoyance dans ce domaine, dans l’ultime finalité d’aider à trouver des solutions à ces problématiques.
Article pensé et co-écrit par Ghita Naaimy et Sofia Sbai
(Doctorantes à la FSJES Casablanca – Laboratoire Entrepreneuriat & PME)
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