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L’échiquier géopolitique moyen-oriental : domestication, nouveau protectorat ou désordre créatif réinventé ?

Boule de neige ou avalanche ? L’embarras du choix est légitime dans la lecture des lendemains politiques et stratégiques de la Syrie. Entre la lecture relativement factuelle, objective et plus posée, et la lecture émotionnelle, passionnelle et hâtive, les commentateurs offrent un plateau qui ajoute à la confusion une dose d’ignorance des réalités géopolitiques qui sont en train de prendre le pas sur la platitude ennuyeuse de la politique interactionnelle traditionnelle.

Le 12 décembre 2024 à 15h56

Loin de moi l’idée de faire la synthèse générale de ce qui a été écrit ou dit sur le plan international. Ce serait une entreprise colossale qui ne répondrait pas à l’objet de ce papier. C’est quoi au fait l’objet de cet article ? Réponse directe : il s’agit de répondre à des commentaires reçus de la part de certains amis, dont des diplomates chevronnés, à la suite de la publication de mon papier "Nouvel ordre moyen-oriental, nouvelle ruée vers l’ordre ou l’absurde géopolitique", Medias24.com, 18 décembre 2024).

Mes amis, le verbe chatouillant, mais critique, se sont empressés de dire que le seul grand bénéficiaire de la chute du régime El-Assad n’est autre qu’Israël. Selon eux, tous les autres acteurs impliqués n’y ont récolté que du vent. J’ai balbutié une explication qui se résumait dans l’idée suivante avec laquelle j’avais terminé mon article précédent : "(…), les acteurs qui se croient incontournables dans les équations sécuritaires et stratégiques futures ne perdront rien pour attendre le jour où ils déchanteront, comme ceux qui les ont précédés et ont mordu la poussière en fin de compte".

Cette conclusion s’adressait à tous les acteurs étatiques et non étatiques sans exclusive. Or, il s’avère que certaines personnes font toujours une lecture sélective avec un prédéterminant idéologique qui conditionne leur réaction première face à l’avalanche des informations et des analyses. Elles n’ont pas tort de s’impliquer dans la dynamique de l’intelligibilité, mais à condition de prendre du recul par rapport à l’information, à la réalité sur le terrain et à la lecture prospective.

C’est cela que je vais faire pour clarifier les idées contenues dans l’article mentionné plus haut. Pour ce faire, j’insisterai sur la dimension idéologique, le blocage cognitif, la réaction-mentalité de la meute, le syndrome de la victime, le déni de la réalité qui saute aux yeux, le suivisme en matière d’analyse géopolitique, l’autoflagellation identitaire, la surestimation de la force des adversaires et la lecture statique de la carte politique de la périphérie arabe.

Beaucoup de paradigmes et d’expressions figées, serait-on tenté de dire ? Pas de souci, ma lecture sera inclusive et fédérative des concepts qui s’interpénètrent pour en sortir quelque chose à même de défendre ma perception de l’évolution de l’échiquier géopolitique moyen-oriental.

Alors la première question posée par mes amis : Israël serait le seul grand  bénéficiaire ? Ma lecture est NON. La deuxième série de questions : L’échiquier politique et stratégique au Moyen-Orient et en Afrique du Nord serait confectionné à l’avenir dans la foulée de l’accord Sykes-Picot (1916), de la Guerre du Golfe I (1980-1988) et de la Guerre du Golfe II (1991), de l’intervention américaine en Irak (2003), des attentats du 11 septembre 2001, des répercussions du Printemps arabe (2011) et de la période post-Covid et de la saccade des normalisations entre Israël et ses voisins arabes (2020) ? Ma lecture est qu’il y a matière à border dans ce tissu multicolore sans en faire un patchwork agresseur de la belle esthétique politicienne.

La troisième série de questions : les artisans de la contre-révolution issue du printemps arabe seraient déçus par le réajustement de la contre-révolution et les victimes de la contre-révolution seraient de retour après avoir tempéré leurs ardeurs résultant du printemps arabe ? Encore trop d’expressions qui ne clarifient pas les choses ? Exactement, mais il y a du vrai dans l’idée qu’elles veulent traduire ?

Procédons par étape selon la série d’hypothèses avancées plus haut. La dimension idéologique est intéressante. J’emprunte à un collègue diplomate, qui a préféré garder l’anonymat, une série d’explications qui méritent d’être soulignées.

La chute de la Syrie est une conséquence directe de l’effondrement de l’ordre régional arabe qui a prévalu entre les deux guerres mondiales, de l’érosion du panarabisme dont les vecteurs furent les projets nassériste et baathiste, de la neutralisation du rôle de l’Égypte dans la perception et la gestion des conflits interarabes, de la destruction de la force potentielle de ce qui a été appelé "axe de la résistance" et de la faillite d’un projet arabe qui a été incapable de s’adapter aux changements sur l’échiquier géopolitique global.

Mon collègue termine son commentaire par l’interrogation sur le processus de normalisation arabe avec Israël et sur l’éventualité d’établir un nouvel ordre arabe dans lequel la Ligue des États arabes serait remplacée par une nouvelle structure qui intégrerait Israël ? Là encore, Israël s’invite dans le débat.

Un autre collègue, diplomate de son état, reprend une partie de cette lecture composite et y ajoute l’importance de la dimension interne. Il est d’avis que les peuples arabes n’ont pas encore dit leur dernier mot. Il projette que des pays de la sous-région seraient les prochains candidats à des soulèvements qui finiraient par pousser leurs dirigeants à prendre la poudre d’escampette. Et, comme l’autre collègue, il s’interroge sur le rôle d’Israël dans la provocation du chaos et dans son art d’opportunisme pour en tirer profit.

Puis, il y a la lecture d’un ami, professeur universitaire, ancien fonctionnaire international, qui pose une question encore plus ardue. Selon lui, on s’acheminerait vers l’établissement d’une nouvelle forme de protectorat, sinon de main-basse, sur le Moyen-Orient qui bénéficierait encore une fois à Israël –et peut-être, à moindre mesure, à certains acteurs arabes qui ont le vent en poupe?

Mes deux collègues, qui sont de brillants diplomates, me confirment dans ma lecture sur l’importance de ce que j’appellerais l’existence d’un blocage (et pas un trouble) cognitif, dont je souffre moi aussi par moments. Il consiste dans l’adoption d’un comportement qui associe entre le déni ici et maintenant et la hâte de trouver dans la connaissance antérieure une explication tangible qui écraserait les arguments qui décriraient une réalité nouvelle dans sa double caractéristique de mouvement et de stagnation résiduelle.

Faire le tri idoine est bloqué par ce qui s’apparenterait à une vérité première indéniable. Il ne s’agit pas là d’une sous-estimation de la lecture de mes deux collègues. Mais plutôt d’une invitation à creuser plus profond. Il y a du vrai dans leur lecture respective, cependant la précipitation renforce le bon sens qui ne signifie pas forcément une lecture rationnelle des événements.

L’objectif est de ne pas succomber à la réaction-mentalité de la meute. Une meute qui est à la merci des réseaux sociaux, de la course aux scoops et de l’information fast-food. Il faut dire que le choc de la surprise provoque une panique chez la plupart des experts arabes qui se plaisaient dans leur confort intellectuel qui n’a pas évolué d’un iota en termes de lecture de la division rituelle de la périphérie arabe entre des régimes de droite et des régimes de gauche, entre des régimes conservateurs et des régimes progressistes, entre des islamistes rigoristes et des laïcs modérés, etc.

Sur ce dernier point, la passe d’armes entre l’ancien chef de gouvernement Abdelilah Benkirane et le ministre des Habous et des affaires islamiques, Ahmed Taoufiq, ne peut être perçue que dans ce genre de luxe intellectuel.

Quels sont mes arguments ? Tout d’abord, le changement de régime en Syrie a été le résultat d’un arrangement qui se serait fait à plusieurs niveaux. D’une part, il a été parrainé par les trois pays directement impliqués dans la crise syrienne : la Russie, l’Iran et la Turquie. D’autre part, il a eu l’assentiment d’autres acteurs majeurs, en l’occurrence les États-Unis. Bachar el-Assad a été prié de débraser le plancher, sa validité étant arrivée à son terme.

Par ailleurs, le changement de régime en Syrie et la nature des acteurs qui l’ont conduit sur le terrain laissent entendre que les acteurs qui ont échoué dans la mise en œuvre totale du scénario du Printemps arabe de 2011 ont été repêchés, encore une fois, pour les gratifier d’avoir retenu la leçon. Il s’agit de la Turquie et du Qatar. Preuve en est que les péripéties qui ont précédé le départ de Bashar el-Assad ont été accompagnées par une machine de communication outillée encore une fois par Al-Jazzera et des médias turcs.

Sur la question de la surestimation de la puissance et du machiavélisme des adversaires, deux narratifs découlant de la théorie du complot ont pignon sur rue. D’une part, le narratif qui reprend l’idée selon laquelle une programmation est déjà faite depuis un siècle pour le morcellement de la nation arabe et l’affaiblissement de l’Islam. Cette programmation-stratégie se baserait sur l’entretien d’un désordre permanent dans la périphérie arabe pour l’assujettir en définitive.

D’autre part, le narratif selon lequel il y aurait une complicité désormais flagrante entre l’Occident et Israël pour contrôler le monde arabe et subjuguer la Oumma islamique. L’Occident veut faire amende honorable et se faire pardonner pour l’extermination des Juifs tout au long de l’histoire de l’Europe, notamment sur la question de l’Holocauste. Israël, pour sa part, veut se faire justice par la lutte contre ce qu’il entend être des formes d’antisémitisme inacceptables.

Les deux narratifs recueillent le suffrage de l’opinion publique dans les deux camps. Si bien que la situation en Syrie est perçue comme une suite logique du projet de division du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord sur la voie de la réalisation du Grand Israël. La saccade des normalisations entre Israël et les pays arabes entre dans le cadre de l’autre projet transitoire se rapportant à la fédération des trois religions monolithiques s’inspirant de l’héritage abrahamique.

Or les défenseurs de la thèse de l’existence d’un projet dit machiavélique ourdi par les adversaires des Arabes et des Musulmans font l’impasse (ou juste effleurent) sur celle qui incrimine ces derniers (dirigeants et peuples) pour avoir favorisé ce projet par leurs divisions épistolaires. Ces divisions puisent dans l’interprétation dichotomique de l’histoire de la région, notamment dans ses dimensions culturelle, civilisationnelle et religieuse.

Les divergences idéologiques et politiques en sont la conséquence. La multiplication des projets de société à l’aune de la renaissance au début du siècle dernier et la longue parenthèse des clivages enregistrés au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale et des processus d’indépendance nationale négociée ont favorisé le morcellement dont tout le monde se plaint aujourd’hui.

Pourquoi certains idéologues arabes refusent-ils d’admettre que la faiblesse des projets de société qu’ils ont défendus à cor et à cri réside dans le fait qu’ils se sont enfermés dans un dogmatisme assassin par le simple fait de croire qu’ils avaient raison et que les autres avaient tort?

Cette pensée unique est l’héritage malheureux de pratiques qui avaient condamné la pensée libre par certains khalifes omeyyades et abbassides, sans oublier la grande impasse-ostracisme imposée par certains sultans ottomans. La même pensée ferme les yeux sur les tractations entre l’Empire britannique et l’Empire ottoman deux décennies avant la dislocation de ce dernier (T.E. Lawrence, Seven Pillars of Wisdom, 1926). Certains d’entre ces idéologues reprennent les mêmes argumentaires soit pour faire renaitre un âge d’or hypothétique, soit pour inventer une relève qui fait table rase de tout l’héritage passé et repartir de plain-pied.

Aucune ascendance géopolitique hégémonique n’est viable

Qu’en est-il de la lecture statique de la carte politique du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord ? Une question centrale est posée, dès l’abord. Est-ce qu’on peut construire un État sur une base religieuse pure ? Qu’en serait-il des droits des minorités religieuses, laïques ou autres ?

L’histoire enregistrée enseigne que tous les projets de ce type qui ont ignoré la dimension humaine de l’interprétation des religions ont échoué. L’établissement d’un califat intégrant tous les musulmans a connu des bonheurs différents. Il est en effet établi par des chercheurs indépendants que la religion aurait été un blocage identitaire chaque fois qu’elle n’avait été qu’un instrument exclusif de pouvoir.

Il en va de même pour les défenseurs de la création d’un Grand Israël sur une base religieuse. Cette observation me ramène à la question de départ : est-ce qu’Israël serait le seul grand bénéficiaire de la chute de Bashar el-Assad ?

Des questions subsidiaires sont également légitimes : d’une part, est-ce qu’Israël serait l’intermittent stratégique incontestable dans la région ? Est-ce qu’il serait un nouvel État pivot avec une mission encore plus importante consistant en l’exercice d’une ascendance hégémonique sur les autres pays inclus dans la mouvance de la normalisation ?

Est-ce que les planificateurs occidentaux, notamment américains, seraient amenés à aider à la réinvention des conditions d’une hégémonie semblable à celle qui avait sévi à l’époque du Shah d’Iran ?

La réponse est NON. Mon argument ? L’histoire a démontré que la convergence des intérêts crée les conditions des alliances. Tant que les intérêts de l’Occident et ceux d’Israël (stratégie, idéologie, repentance, rédemption) sont sur la même longueur d’ondes au Moyen-Orient, le rôle de ce pays restera prioritaire, mais s’il y avait dépassement de sa part, cette alliance (sacrée) tomberait comme une feuille d’automne.

C’est dans ce contexte que l’idée de l’inclusion d’Israël au sein de la Ligue des États arabes reformée est défendue par certains politologues. Elle reprend sous une nouvelle forme la proposition de Mouammar Kadhafi Isratine (Israël-Falastine) en 2000. Les soutiens inconditionnels à Israël en Europe et aux États-Unis finiraient par ressentir le fardeau et le coût financier qui en est la conséquence. Sans doute, un état des lieux s’inviterait-il dans le débat dans un proche avenir pour y voir plus clair.

Et alors, l’avenir de la question palestinienne ? Les différentes concessions des Palestiniens depuis les accords d’Oslo de 1993 ? Les sacrifices des différentes intifadas ? Les retombées de la guerre de Gaza qui se déroule encore avec son cortège de victimes ? Tout cela n’aurait-il servi à rien ? Et l’annexion ininterrompue des territoires par Israël, y compris les plateaux du Golan et l’extension des colonies en Cisjordanie ?

C’est justement cet appétit boulimique dont fait montre Israël qui fait peur à certains centres de décisions en Occident, y compris parmi les plus fidèles soutiens d’Israël. Intermittent stratégique dans des limites, oui ; un électron libre sur la voie de porter un coup fatal aux intérêts occidentaux, aux États-Unis, en Russie et au Royaume-Uni, pour ne citer que ces gros calibres ? L’unanimité serait loin d’être acquise.

Les intérêts de ces pays et autres pays limitrophes sont antérieurs à la création de l’État d’Israël. Alors, pas de tergiversation. Les convictions religieuses de certains centres de décision en Israël et dans d’autres pays occidentaux n’engagent pas les grands intérêts, fussent-ils de quelque confession religieuse qu’ils puissent être. Ces intérêts épousent une approche transnationale de la gestion des conflits internationaux et de la maximisation des gains.

Une nouvelle forme de religiosité : l’invention d’un nouveau capitalisme sous peine de couler

Ces intérêts sont animés présentement par une nouvelle forme de religiosité : comment sauver le capitalisme et l’ultralibéralisme pour que le monde ne tombe pas dans le chaos total ? La pandémie du COVID a été un signal d’alarme sérieux, avec théorie de complot ou pas ; avec erreur humaine ou dérapage de l’intelligence artificielle, en vogue de nos jours.

Alors que faire pour sauver les meubles ? La solution du conflit entre les Palestiniens et les Israéliens sur la base du principe des deux États est incontournable. Israël ne peut indéfiniment jouer sur la corde de la menace permanente à sa sécurité pour fermer la porte à cette solution. Les menaces les plus sérieuses ont été neutralisées par la dislocation totale des forces de Hamas, la destruction partielle des capacités de Hezbullah et la disposition de l’Autorité palestinienne et des pays de la région à s’inscrire dans la logique de la coopération et non pas de la confrontation pour faire avancer le processus de paix, même si la marche est tortueuse depuis le sommet de la Ligue des États arabes à Beyrouth en 2002.

Par quels moyens ? Le retour à l’entente initiale atteinte à Camp David et Sharm-Al-cheik en 2000, à condition d’être plus imaginatif cette fois-ci. Est-ce possible ? Force est de reconnaitre que le conflit palestino-israélien reste assujetti à l’ascendance de la politique interne en Israël et dans certains pays de la sous-région.

Mais cela n’empêche pas de préparer le terrain pour se prémunir contre les bouleversements futurs. Ces bouleversements exigent que la gestion des conflits internationaux soit collégiale. Au Moyen-Orient plus particulièrement, cette gestion ne s’accommode plus de l’ascendance asymétrique totale, fût-elle celle d’un acteur étatique qui a le vent en poupe par les temps qui courent. D’autres acteurs de la région sont dans une phase d’émergence dans un espace qui n’est plus un air où se déploient des dindons de la farce, des pantins ou des prétendus complices indifférents.

L’échiquier géopolitique moyen-oriental ne peut être viable sans une reconstruction basée sur l’équilibre entre les acteurs étatiques, l’abandon des velléités sécessionnistes et de morcellement des États souverains pour des considérations ethniques, raciales et tribales.

Cet échiquier gagnerait à s’ouvrir davantage pour que les minorités soient intégrées grâce à l’adoption d’une démocratie authentique pour repousser les fossoyeurs de service et les charognards invétérés qui se nourrissent sur des drames humanitaires dont souffre l’espace moyen-oriental depuis bientôt deux siècles. Autrement, il y aurait risque de voir les foules dans certains pays fragiles être contraintes à se faire justice et, de ce fait, être exploitées pour relancer des printemps et des automnes à répétition.

Non, Israël n’est pas le seul bénéficiaire. La Turquie, l’Iran, la Russie. De nombreux observateurs et stratèges partagent cet avis que j’ai déjà évoqué dans mon article mentionné plus haut. J’ajouterai seulement un point sur le registre des prétextes.

La Turquie se présente désormais comme le porte-étendard de mouvances islamiques surfant entre le radicalisme éclairé et la modération. Elle n’a plus droit à l’erreur. Elle en profitera dans ses relations avec les pays arabes, Israël et l’Iran. Elle établirait une zone tampon avec ce dernier, l’Irak et (avec l’assentiment implicite des nouvelles autorités qu’elle gère à distance) la Syrie pour contenir les Kurdes. Le projet du Kurdistan irakien indépendant qui avait été soutenu par Israël et les États-Unis en 2017 pour faire boule de neige dans la région serait abandonné par les temps qui courent.

L’Iran, pour sa part, aurait bien négocié son retrait progressif de la Syrie en contrepartie du maintien de son influence en Irak et au Yémen. De même, il aurait préparé déjà le terrain pour faire avancer son programme nucléaire (certains sont d’avis qu’il serait à deux doigts de réussir son pari de posséder la technologie nucléaire autre que civile) et ainsi voir les sanctions économiques dont il fait l’objet levées.

Certains sont même d’avis que les planificateurs iraniens seraient convaincus que leur projet politique et diplomatique transnational porté par la révolution islamique depuis 1979 n’aurait pas obtenu les résultats escomptés dans l’espace de temps qui lui aurait été imparti. Ce projet serait tôt ou tard abandonné, car son coût est désormais trop onéreux. Cela aurait lieu une fois que les tractations sur la transition politique au sommet de l’État auront définitivement abouti.

Et puis, il y a une troisième catégorie de pays producteurs de gaz, dont le Qatar, qui verrait enfin le projet de gazoduc pour l’approvisionnement de l’Europe se réaliser dans le cadre du projet de gazoduc (Iran-Irak-Syrie) remis sur table. Ce projet concerne le champ gazier iranien-qatari North Dome ou South Pars, dont le Qatar profite largement en raison des sanctions posées à l’Iran à cause du dossier nucléaire. La géopolitique des hydrocarbures serait finalement le nerf de guerre de toutes les transformations enregistrées depuis une décennie déjà. La Syrie n’aurait été finalement qu’un accident de calendrier.

La Russie aurait compris qu’elle pourrait limiter les dégâts en acceptant une certaine ascendance occidentale sur ses frontières ouest tout en défendant crânement son espace vital. Cela passerait aussi par la limitation de l’influence chinoise qui convoite cet espace vital dans le cadre de l’initiative de la Route de la soie. De même, la Russie serait convaincue que le projet des BRICS n’irait pas loin. Il s’agit là d’une autre paire de manches qui mériterait une réflexion plus profonde.

Rien n’est gagné à l’avance. Un secret de polichinelle, comme on dit. L’homme, le citoyen et le client par excellence de la rotative politique et sociale, ne sera bientôt qu’un NUMÉRO anonyme à la merci de l’intelligence artificielle. Alors, à l’instar de ce qui se passe présentement, Aldous Huxley (1932 et 1958) et Edward Bernays (1928) seront encore une fois revisités pour y trouver une explication tangible.

Ils le seront comme l’ont été Abd Al-Rahman Ibn Khaldoun (1377), Auguste Comte (1822 et 1830-1842), Baruch Spinoza (1660), George Orwell (1949), Taqi ad-Din Ahmad ibn Taymiyyah (1263-1328), Sadek J. al-Azm (1969), Mohamed A. Lahbabi (1954 et 1961), Ibn Rochd-Averroès (1179), Noam Chomsky (1988), etc.

Qu’en est-il de l’Axe de la résistance dans ce patchwork cérébral ? Le seul grand combat que cet axe a failli remporter a été celui de recruter large au sein des pays arabes en vue non seulement de déstabiliser, mais de changer de régime. À moins que je ne me trompe, je ne me rappelle pas avoir vu des pétitionnaires émanant des pays de cet axe faire leurs plaidoyers aux Nations unies et dans certains forums de renom pour défendre les Palestiniens.

Mieux, nombreux sont ceux qui ignorent ou passent sous silence le fait que durant les années 1990, la Syrie, sous le règne de Hafez el-Assad, a négocié secrètement avec Israël pour la conclusion d’un accord de paix similaire, dans certaines mesures, à ceux conclus par ce dernier avec l’Égypte (1979) et la Jordanie (1994). Organisées grâce à une médiation américaine, ces négociations auraient enregistré des avancées. Mais des différences importantes subsistaient non seulement sur la question de la rétrocession des plateaux du Golan, mais aussi sur le timing de la normalisation entre les deux pays. Le processus a été interrompu à cause de l’intervention de certains intérêts, dont ceux des autres pays de l’axe de la résistance.

La géopolitique est une affaire de package. Il n’y a pas de solution miracle aux crises épistolaires ; il y a des arrangements qui dépendent de l’engagement des parties. Et aucune partie ne sortirait vainqueur par la reddition totale des autres parties, qui signifierait une humiliation inacceptable pour ceux que mon collègue diplomate a appelés « les peuples arabes qui n’auraient pas dit leur dernier mot ».

Alors de quel vainqueur, grand bénéficiaire parle-t-on ?

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Le 12 décembre 2024 à 15h56

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