La triple crise qui ébranle la planète
BERLIN – Les responsables politiques, les médecins, les scientifiques et le grand public ont beaucoup appris de la première vague de la pandémie. Une deuxième vague est très probable, mais elle ne se déroulera pas comme la première. Plutôt qu'un confinement généralisé qui met à l'arrêt l'économie et la vie sociale, les autorités opteront sans doute pour des mesures de distanciation sociale strictes mais ciblées, concernant le port des masques, le télétravail, les vidéoconférences, etc. Néanmoins, en fonction de l'intensité de cette deuxième vague, le recours au confinement pourrait être envisagé là où la situation sera la plus alarmante.
Le chaos mondial va augmenter de manière spectaculaires
A l'image de la première vague, la deuxième consistera en trois crises simultanées. A la crise sanitaire (avec le risque que les nouvelles infections échappent à tout contrôle et s'étendent à nouveau à toute la planète), s'ajouteront la crise économique et sociale en cours et l'intensification des crises géopolitiques. L'économie mondiale est déjà frappée par une grave récession qu'il ne sera ni facile ni rapide à surmonter. Ces différents facteurs vont peser sur la rivalité sino-américaine de plus en plus vive, d'autant plus que s'approche l'élection présidentielle américaine de novembre.
Comme si cette combinaison de crises sanitaires, socioéconomiques et géopolitiques n'était pas suffisamment déstabilisante, s'y ajoute le problème Trump, car s'il remporte le scrutin présidentiel, le chaos mondial va augmenter de manière spectaculaire. Par contre l'élection de son adversaire démocrate, Joe Biden, serait gage d'une plus grande stabilité.
L'enjeu de l'élection américaine pourrait difficilement être plus élevé. Compte tenu de l'aggravation des crises dans le monde, il n'est pas exagéré de dire que l'humanité arrive à la croisée des chemins. Il faudra sans doute attendre l'automne ou l'hiver pour que se manifeste toute l'étendue de la récession. A ce moment-là nous ressentirons probablement un choc supplémentaire, car nous n'avons jamais connu une crise économique d'une telle ampleur, et tant sur le plan psychologique que dans la réalité, nous sommes habitués à une croissance continue.
Les pays riches d'Occident et d'Asie pourront-ils faire face à une forte récession, voire à une dépression très étendue, de longue durée? Même si des milliers de milliards d'euros viennent stimuler l'économie et permettent d'éviter un effondrement total, reste la question de la suite.
Dans le pire des cas (hypothèse que l'on ne peut exclure), Trump sera réélu, la deuxième vague de pandémie sera mondiale, l'économie continuera sa chute libre et la nouvelle Guerre froide en Asie de l'est se transformera en un véritable conflit. Et même si ce scénario ne se réalise pas, la triple crise nous fera basculer dans une ère nouvelle qui nous contraindra à reconstruire les systèmes politiques et économiques nationaux et les institutions multilatérales. Et dans le meilleur des cas il ne pourra y avoir de retour au statu quo antérieur. Le passé est derrière nous, seul compte maintenant l'avenir.
Redistribution de la puissance et des richesses
Ne nous berçons pas d'illusions, les crises déclenchées par la pandémie sont si profondes et si étendues qu'elles conduiront à une redistribution radicale de la puissance et des richesses au niveau de la planète. Les pays qui auront anticipé la situation à venir en combinant l'énergie, le savoir-faire et les investissements nécessaires pour y faire face compteront parmi les gagnants - ceux qui ne voient pas ce qui se prépare compteront parmi les perdants.
Bien avant la pandémie, le monde était déjà en transition vers l'ère numérique, suscitant des bouleversements pour les technologies traditionnelles, au niveau des secteurs industriels classiques. Cette transition modifie aussi la distribution de la puissance et des richesses au niveau mondial. Par ailleurs, une crise mondiale encore plus grande se dessine clairement à l'horizon. Les conséquences du réchauffement climatique qui s'emballe seront beaucoup plus sévères que tout ce que nous avons connu jusqu'ici, et ce n'est pas un vaccin qui résoudra ce problème.
Le réchauffement climatique: une crise de plus
La pandémie de Covid-19 marque un véritable tournant. Depuis des siècles, nous comptons sur un système économique et politique reposant sur l'exploitation de ressources naturelles finies, fonctionnant avec des Etats-nations souverains et égoïstes et des industries qui consomment à tire-larigot des énergies fossiles (que ce soit sous un régime socialiste ou capitaliste). Ce système atteignant rapidement ses limites, un changement fondamental est inévitable.
Il nous faut donc retenir toutes les leçons de la première vague de triple crise. Pour l'Europe qui paraissait avoir pris un retard considérable sur le plan économique et géopolitique, la situation actuelle constitue une occasion inattendue pour combler ses insuffisances manifestes. Elle dispose des valeurs politiques (démocratie, état de droit et justice sociale), du savoir-faire technique et des capacités d'investissement voulus pour agir résolument dans l'intérêt des ses principes et de ses objectifs, et plus généralement dans l'intérêt de l'humanité. Qu'est-ce que les Européens attendent pour agir?
Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz
à lire aussi
Article : Le Nouvel an de l'hégire (1er Moharram) sera célébré ce mercredi 17 juin au Maroc
Le 1er Moharram de la nouvelle année de l’Hégire 1448 correspondra au mercredi 17 juin 2026, a annoncé le ministère des Habous et des affaires islamiques.
Article : Adouls : la Cour constitutionnelle valide l’essentiel de la réforme, mais écarte plusieurs dispositions
Saisie par 93 députés avant la promulgation du texte, la Cour a déclaré non conformes des articles touchant aux incompatibilités professionnelles, aux personnes en situation de handicap, au témoignage collectif dit “lafif” et à l’organisation des instances représentatives. Le texte devra donc être corrigé sur ces points, sans remettre en cause le cœur de la nouvelle loi 16.22.
Article : En commission, les conseillers votent la nationalisation de la Samir et le plafonnement des hydrocarbures
Deux propositions de loi portant sur les hydrocarbures et la Samir ont été récemment adoptées en commission à la Chambre des conseillers. Un vote "surprise" rendu possible par un rapport de forces numérique défavorable à la majorité, lors d’une séance où l’opposition était majoritaire en nombre. Si ces textes ont franchi l’étape de la commission, leurs promoteurs sont conscients qu’ils ont peu de chances d’être adoptés en plénière.
Article : Retail : la guerre silencieuse pour conquérir le panier des Marocains
Pendant longtemps, les courses du quotidien se sont surtout jouées entre l’épicier du quartier, le grossiste et quelques grandes surfaces. Ce modèle commence à se fissurer. Entre fusion capitalistique, rachats d’enseignes, master-franchises, centrales d’achat, logistique commune et formats de proximité, les grands opérateurs installent peu à peu des réseaux capables d’accompagner le consommateur du café du matin aux achats du week-end. Non sans bousculer les équilibres.
Article : Crédit du Maroc : ce que cache l’augmentation de capital à 699 MDH
Depuis son passage sous le contrôle de Holmarcom, Crédit du Maroc a changé de rythme. La banque affiche des bénéfices en hausse, prépare son plan CDM Boost 2028, et propose désormais à ses actionnaires de suivre le mouvement via une opération ouverte du 26 juin au 16 juillet. Derrière le prix fixé à 938 DH par action, le marché devra surtout juger si cette nouvelle étape confirme une trajectoire ou ouvre un pari plus large. Décryptage.
Article : Nador West Med : derrière le port, le pari industriel de l’Oriental
ROUND UP. Prévu pour entrer en service fin 2026, Nador West Med se construit déjà au-delà de ses quais : routes dédoublées, future autoroute vers Guercif, projets chinois dans l’éolien, les pneus et les alliages, ambition énergétique autour du GNL et de l’hydrogène vert. L’enjeu est désormais de transformer cette infrastructure en véritable moteur économique régional.