Gouverner la géo-ingénierie
Bien que la réduction des émissions de gaz à effet de serre doive rester la plus haute priorité, le Groupe intergouvernemental d'experts des Nations unies sur les changements climatiques (GIEC) explique que cela ne suffit pas. Certains suggèrent aujourd’hui que nous devons également éliminer d'énormes quantités de dioxyde de carbone de l'air. D'autres soutiennent que nous pourrions aussi devoir refléter la lumière du soleil vers l'espace, de manière à accorder au monde un peu plus de de temps pour réduire et éliminer les émissions.
Prises ensemble, ces deux approches relèvent de ce qu’on appelle la géo-ingénierie. Etant donné l’aggravation des effets des changements climatiques, un nombre croissant de décideurs politiques, scientifiques et entrepreneurs prennent ces options plus au sérieux.
Néanmoins, à l'heure actuelle, nous ne savons pas quelles conséquences imprévues et involontaires pourrait avoir le déploiement de ces nouvelles technologies. Les problèmes inconnus – en particulier avec géo-ingénierie solaire – pourraient être tout aussi désastreux que les défis connus présentés par les changements climatiques.
De plus, comme pour le réchauffement climatique, l'impact de ces technologies transcendent les frontières nationales. Cela revient à mettre ceux qui ont le moins dire – les personnes vulnérables et les pauvres – sur la ligne de front. Cela risque aussi d'exacerber les menaces plus larges pour la paix et la sécurité internationales, telles que la rareté des ressources et la migration climatique forcée.
Le rôle des nouvelles technologies
Voilà pourquoi The Elders, un groupe de leaders mondiaux indépendants, appelle la communauté internationale à se mettre d'accord sur un cadre de gouvernance rigoureux pour la géo-ingénierie, et de le mettre en place sans délai. Un tel système de prise de décision doit être transparent, participatif et responsable. Il devrait inclure les voix des personnes les plus touchées et permettre à tous les gouvernements et acteurs non gouvernementaux d’obtenir la compréhension la plus complète possible de ces nouvelles technologies afin de prendre des décisions plus éclairées.
Depuis la révolution industrielle, nous savons que la technologie n’est pas une panacée et qu'elle n’augmente le bien-être humain que si toutes les personnes concernées ont la chance de participer à son développement. Cette considération est tout particulièrement pertinente en ce qui concerne la géo-ingénierie, parce que notre connaissance de ces technologies et de leur impact reste limitée.
Heureusement, des efforts sont en cours pour y remédier. Cette semaine, l’Assemblée des Nations unies pour l'environnement (UNEA) – l’organe de décision le plus qualifié au monde sur les questions environnementales – examinera l’opportunité d'engager un processus d'apprentissage global concernant les aspects à la fois scientifiques et de gouvernance de la géo-ingénierie. A cette fin, l'UNEA demanderait une évaluation mondiale de ces technologies émergentes, offrant à tous les pays une plate-forme commune de connaissance.
Cette compréhension commune est une première étape importante pour veiller à ce que les décisions concernant l'utilisation ou la non-utilisation de la géo-ingénierie soit basée sur les principes de l'égalité, de justice et des droits universels. Ce sont les valeurs sous-jacentes de l’accord de Paris sur le climat de 2015 et des objectifs de développement durable, qui ont tous deux ont été adoptés au cours de mon mandat en tant que secrétaire général de l’ONU.
L'ONU est la mieux placée pour répondre aux exigences du cadre de gouvernance dont nous avons besoin aujourd’hui. Ce n’est qu’en utilisant les processus multilatéraux de l'ONU que nous pouvons veiller à ce que les technologies de géo-ingénierie, et la manière dont elles pourraient être appliquées, ne soient pas l'apanage d’états individuels. Ceci est vital pour la durabilité de l'environnement, la sécurité internationale et le bien-être des générations futures à travers le monde.
Beaucoup de gens se méfient de ce débat, en particulier dans les instances internationales. Ils craignent que cela pourrait ouvrir une brèche pour des idées très dangereuses, et que l'acte même d'attirer l'attention sur ces technologies pourrait réduire la pression pour réduire les émissions.
Je comprends ces préoccupations. Je suis d'accord que notre principale priorité collective doit rester la réduction des émissions; la fin de l'utilisation des combustibles fossiles; et la transition vers une économie zéro-carbone, résistante aux changements climatiques et centrée sur les personnes.
Mais il faut aussi reconnaître que le génie de la géo-ingénierie est déjà hors de la bouteille. La probabilité d'un déploiement unilatéral de géo-ingénierie solaire augmente chaque année. La communauté internationale doit décider de s’engager maintenant, en établissant des règles claires de gouvernance et des garde-fous, ou permettre aux acteurs individuels de prendre les devants et mettre le reste d' entre nous devant un fait accompli.
Ignorer ce débat serait une erreur. Au lieu de cela, le monde devrait se concentrer sur l’acquisition de meilleures connaissances, y compris par le biais du processus proposé par l’UNEA, afin de comprendre la gamme complète d'options et d'évaluer leurs risques avec les meilleures informations disponibles.
Comment comprendre les nouvelles technologies de rupture, et peut-être en tirer parti au profit l'humanité toute entière, est l'une des questions les plus importantes de notre époque. Les générations futures ne nous pardonneront pas si nous ne parvenons pas à y répondre de façon convaincante.
Traduit de l’anglais par Timothée Demont
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