France-Israël : je t’aime moi non plus
Il a fallu qu’Emmanuel Macron s’aligne sur le droit international en reconnaissant l’Etat de Palestine le 22 septembre pour que la France retrouve auprès d’une large partie de l’opinion internationale, et plus particulièrement arabe, son aura d’antan. Celle du pays des droits de l’Homme et des valeurs humaines universelles, celle de sa personnalité singulière.
Cette position nous rappelle, toutes proportions gardées, celle du Général de Gaulles qui, malgré l’apport des Américains dans la libération de la France durant le second conflit mondial, a tenu à arpenter, en guise de victoire, les Champs-Élysées et sans les Américains, pour réaffirmer l’orgueil français et l’indépendance de son pays.
On se remémore également les positions fermes de Jacques Chirac et son opposition à la guerre d’Irak en 2003. De même, son séjour mouvementé en Israël lors de sa visite officielle en octobre 1996, quand il a apporté son soutien ferme à la cause palestinienne. De Gaules et Chirac n’étaient pas foncièrement anti-américains. Ils voulaient tout simplement défendre les intérêts de la France et l’autonomie de son action, tout en renforçant une diplomatie internationale multipolaire efficiente.
Israël, que la France a bien aidé dès sa naissance en armements sophistiqués et en soutien politique conséquent, n’a jamais oublié ni la déclaration du premier après la guerre de Six Jours de 1967, les qualifiant de peuple d’élite sûr de lui et dominateur, ni le second pour sa proximité sincère avec la cause palestinienne. Macron, lui, n’a rien d’un anti-Israélien, mais tout le contraire. Cependant, son initiative pour reconnaitre l’Etat de Palestine est le résultat d’un constat : la dérive dangereuse du gouvernement israélien dans la région, et le génocide délibéré en cours à Gaza. Par ce geste à l’égard de la Palestine, Paris traduit ses positions indépendantes habituelles en politique étrangère.
Le génocide des Palestiniens à Gaza, et l’annexion annoncée par Israël de la Cisjordanie, ont été déterminants dans la reconnaissance de l’Etat de Palestine. La France craint par ailleurs que la guerre dégénère dans la région, ce qui mettrait ses alliés et ses intérêts en danger. En dépit des difficultés internes que vit la France depuis la dissolution du Parlement en 2024, et d’un lobbying intensif pro-israélien pour le dissuader de prendre une telle décision, Macron a assumé pleinement sa responsabilité de président pour prendre une telle décision qui s’est avérée, non seulement juste, mais aussi audacieuse.
Cette reconnaissance de l’Etat de Palestine ne peut être appréhendée comme une position anti-Israël, car elle s’inscrit dans la stricte légitimité internationale. Cependant, depuis la naissance de l’Etat hébreu en 1948, les relations entre Paris et Tel-Aviv évoluent en dents de scie.
Dès le départ, la France avait voté contre le partage de la Palestine alors que l’ONU venait de naitre. Ce n’est qu’après de fortes pressions des Etats-Unis, qui monnayait le plan Marshall, que Paris s’est joint à la majorité pour faire admettre le nouvel Etat, malgré les réticences de certains des 57 membres de l’ONU de l’époque, et avec la condition d’établir à ses côtés la Palestine.
C’est d’ailleurs de Paris, où il séjournait, que le ministre des Affaires étrangères du gouvernement provisoire d’Israël, Moshe Shertok, adresse au Secrétaire général des Nations-Unies sa fameuse lettre du 29 novembre 1948. C’est sans doute sur recommandation de ses amis français qu’il y déclare que : le nouvel Etat naissant respectera toutes les obligations de la Charte de l’ONU. Il y écrit : le 14 mai 1948, l’indépendance de l’Etat d’Israël a été proclamée par le Conseil national du peuple juif de Palestine, en vertu du droit international et historique du peuple juif à l’indépendance dans son propre Etat indépendant et souverain, en application de la résolution du 29 novembre 1947 de l’Assemblée générale.
Il y ajoute : "Au nom de l’Etat d’Israël, moi Moshé Sherlock, ministre des Affaires étrangères d’Israël accepte, sans réserve, les obligations énoncées dans la charte des Nations Unies, et s’engage à les honorer, dès le jour où il deviendra membre de l’Organisation". Au siège des Nations-Unies à New York, la France bataillait déjà pour que le nouvel Etat respecte dans l’avenir ses obligations à l’égard de la communauté internationale. On craignait les risques que cette naissance d’un pays ex nihilo au Proche-Orient pourrait engendrer sur la stabilité régionale.
Ainsi, dans le préambule de la résolution 273 de l’Assemblée générale, celle-ci insistait sur l’avis émis par le Conseil de sécurité, qui relevait qu’Israël est un Etat pacifique. L’AG prenait également acte de la déclaration de Moshe Shertok dans laquelle le nouvel Etat accepte volontiers et sans réserve aucune les obligations découlant de la Charte des Nations-Unies. De même, cette résolution réitère dans un autre paragraphe qu’Israël s’engage à observer ces obligations, le jour où il deviendra membre à part entière de l’Organisation. Toutes ces insinuations répétées étaient des signes prémonitoires de ce qui adviendra plus tard dans la région. Fort de ses liens avec l’Occident, et avec les Etats-Unis en particulier, Israël n’a jamais respecté la Charte de l’ONU ni ses obligations à l’égard de la communauté internationale.
Ce sont ces manquements d’Israël à ses obligations internationales, volontairement acceptés, qui ont poussé la France à rejoindre les autres nations en reconnaissant l’Etat de Palestine. En réalité, Macron s’est résigné à le faire, et certainement à regret, en adoptant cette position face à l’épuration ethnique en cours en Palestine, et en constatant la fuite en avant du gouvernement extrémiste de Benjamin Netanyahou. Celui-ci, disposant d’un arsenal militaire américain sophistiqué, et d’un service de renseignement efficace, s’est attaqué à plusieurs pays de la région, y compris le Qatar, l’autre allié de Paris, où se déroulaient les négociations pour libérer les otages.
On se demande dès lors comment Macron a pu résister et tenir face au lobby pro-israélien qui a tout tenté pour le dissuader de prendre une telle décision. Plusieurs médias, journalistes, intellectuels et politiques ont été mobilisés pour le décourager et lui déconseiller une telle initiative. L’argument développé était que son geste n’est qu’une récompense à Hamas pour son acte du 7 octobre. Comme cet argument était peu convaincant, ce lobby est passé à l’autre phase, celle qui consiste à conditionner l’initiative française par des arrangements coercitifs pour la vider de sa substance.
Entre humanité et géopolitique
C’est ainsi que, dans la longue lettre adressée le 24 juillet dernier à Mahmoud Abbas, chef de l’Autorité palestinienne, Macron a réitéré, à plusieurs reprises, les engagements pris par le responsable palestinien, comme si les Palestiniens étaient les agresseurs et les responsables de ce drame qui dure depuis 1948. Ces rappels inopportuns ont vidé l’initiative française de son substrat humanitaire. On peut y lire des phrases comme : "Vous avez fait part à la France et à l’Arabie Saoudite de la volonté de l’Autorité palestinienne de mettre fin à la guerre". Ou alors : "Vous avez condamné l’attaque du 7 octobre, et appelé à la libération des otages détenus par le Hamas, et prôné son désarmement et son retrait de la gouvernance de Gaza".
Le mot engagement a été répété à maintes reprises dans cette lettre : "Vous avez marqué votre engagement à assumer la plénitude des fonctions régaliennes dans tous les territoires palestiniens, Gaza compris. Et à réformer en profondeur et à organiser les élections présidentielles en 2026, afin de renforcer la légitimité du futur Etat palestinien, dont vous assumez qu’il n’a pas vocation à être militarisé", écrit Macron. Il reprend par la suite et à plusieurs reprises la même exigence : "à la lumière de vos engagements, je salue vos engagements, prenant acte de vos engagements", avant de conclure : "avec ma confiance et mes engagements pour le bien et la sécurité de tous".
Cette lettre de deux pages est à l’opposé de la missive brève et concise qu’adresse le Premier ministre britannique Keir Stermer à son homologue palestinien lui annonçant la reconnaissance de l’Etat de Palestine. Je suis conscient, lui écrit-il, du rôle que le Royaume-Uni a joué au Moyen-Orient. En 1917, il a encouragé le principe d’établissement d’un foyer pour le peuple juif, en insistant que rien ne devait être mené pour porter préjudice aux communautés non juives en Palestine. "En prenant cette décision aujourd’hui, je réaffirme l’engagement du Royaume-Uni pour l’Etat de Palestine et pour le peuple palestinien, ainsi que notre soutien à la solution de deux Etats, dans lesquels la Palestine et Israël vivent côte à côte, en paix et en sécurité".
Ce sont donc deux approches différentes, l’une exigeante mais frileuse et l’autre humaine et rédemptrice, mais qui visent toutes les deux le même objectif. Celui de reconnaitre enfin un Etat palestinien où vit un peuple qui y a vécu depuis la nuit des temps, et qui aspire tout simplement à retrouver la terre de ses ancêtres.
Avec ces reconnaissances occidentales bien tardives de l’Etat de Palestine, le chemin de la délivrance pour tout le Proche-Orient reste encore loin de portée tant que les Etats-Unis continuent à défendre l’indéfendable, et à soutenir inconditionnellement Israël, au lieu de la ramener au chemin de la raison et de la paix.
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