Flagrant délit… flagrant déni !
Le Maroc est face à un tournant décisif. Sa jeunesse n’accepte plus ni les discours recyclés ni la mise en scène du strict minimum vital. Quand le basique devient un exploit, c’est l’intelligence des jeunes qu’on insulte, car le moment est extrêmement critique pour continuer à satisfaire les pseudos égos de certains politiciens au détriment de la stabilité de toute une nation : il faut arrêter !
Distribuer à temps des bourses de formation aux stagiaires n’est pas une prouesse à saluer : c’est une obligation. Quant à évoquer un "manque de talents" dans un secteur économique stratégique alors que le pays compte des centaines de milliers de jeunes au chômage, des centaines de centres de formation professionnelle et académique… C’est défier la logique la plus élémentaire.
Un constat s’impose : les programmes électoraux, lorsqu’ils abordent la jeunesse, sont devenus prévisibles et obsolètes. Pour un jeune Marocain de Safi ou de Tanger, doté d’une connaissance politique élémentaire, il suffirait d’un effort minime pour deviner ce qu’on lui promettra : un peu de rhétorique standardisée et quelques chiffres insignifiants. Or, comme je l’ai récemment souligné dans une tribune intitulée Jeunesse marocaine : c’est maintenant !, cette déconnexion entre promesses recyclées et attentes réelles des jeunes explique la profondeur du désenchantement actuel.
Cette répétition lasse. Elle alimente une rupture profonde entre la jeunesse marocaine et le champ politique, qui se traduit aujourd’hui par un boycott silencieux mais massif des scrutins. Le problème ne tient pas seulement à l’absence de résultats, mais à l’incapacité de certains acteurs politiques à adapter ne serait-ce que leur langage à une génération qui ne ressemble en rien à ses aînées.
Dans le meilleur des cas, on se contente d’exalter des réalisations tardives, souvent réclamées depuis des décennies, comme si l’achèvement du minimum vital pouvait constituer une victoire.
"Le désengagement des jeunes est le fruit amer d’une nonchalance semée pendant des décennies".
À l’approche de chaque échéance électorale, la dichotomie droit-devoir refait surface. Autrement dit, il s’agit de recourir implicitement à la pratique de la carotte et du bâton. Il s’agit, d’un côté, de faire comprendre, surtout à la jeunesse, que la participation aux élections est un droit constitutionnel dont elle pourrait jouir et, de l’autre côté, de la convaincre que l’abstention est un manquement à un devoir civique passible d’un "prélèvement" sur le solde de patriotisme.
Si aux yeux de la loi marocaine, l’acte de ne pas voter ne constitue point une infraction, bien que l’idée ait été débattue à maintes reprises, cette abstention mettrait tout de même les jeunes en flagrant délit moral et civique. Cette érosion de la confiance en les élus, grave mais justifiée, n’est point sans répercussions sur les institutions nationales et par conséquent, et à défaut d’interlocuteurs sérieux, fiables et patriotes, sur la stabilité d’une nation !
Par ailleurs, n’est-il pas temps de considérer le tas de signaux d’alarme, pour longtemps ignorés ? Évidemment, si. La jeunesse marocaine aujourd’hui semble avoir toute la légitimité de déplorer le "They don’t care about us" quand ils parlent des différents gouvernements qui se sont succédé au Maroc. Le désengagement électoral en est une illustration criante, les primo-votants s’inscrivent peu, votent encore moins.
L’idée du "koulchi bhal bhal et/ou Lahh Ye3tina Cheta" est très enracinée dans la conscience collective des jeunes de notre époque.
Les partis politiques, en dépit de toutes leurs divergences de principes, de doctrines, de référentiels, entre autres, se ressemblent parfaitement aux yeux d’une jeunesse incomprise et négligée. À cela viendraient s’ajouter les fractures territoriales et sociales et les écarts criants dans l’accès à l’éducation, au numérique, aux infrastructures, aux services de base, etc. Comment s’attendre à un engagement électoral à un moment où une bonne partie de la jeunesse conjugue la réussite à l’immigration ?
"Et si le droit de mobilité était universel et absolu, discuterait-on du nombre de jeunes qui votent… ou qui restent?"
2026-2031 : un quinquennat de rupture avec les promesses creuses
"Après la pluie, le beau temps". Bien qu’on ait vraiment besoin que nos cieux arrosent nos terres, cette pluie symbolique qui a éteint la toute dernière flamme d’espoir et de confiance parmi les jeunes en leurs gouverneurs devrait cesser pour le prochain quinquennat afin de pouvoir, enfin, profiter du beau temps. Le Maroc est à la croisée des chemins et les prochaines élections semblent constituer la "last chance" pour une réconciliation avec la jeunesse.
Pour ce faire, il serait crucial d’arrêter avec la pseudo-grandeur des chiffres gonflés et des promesses farfelues : ces surenchères publiques ne trompent plus personne, elles ne suscitent que lassitude et ironie. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une autre attitude des responsables : un supplément d’empathie, la capacité d’assumer son parcours politique et de se demander quelle trace l’on souhaite vraiment laisser ? Être relégué à la corbeille de l’Histoire ou bien inscrit dans le Cloud des générations futures et "Yeterhemou alikoum elnass belkhir" ?
La différence se joue dans les actions concrètes. Car il faut aussi comprendre que la notion du temps n’est pas la même pour tous : une journée dans la vie d’un chômeur a l’ampleur d’un océan, chargée de pessimisme et de désespoir. Ceux dont les agendas débordent devraient réaliser que, pour les jeunes sans perspectives, chaque heure qui passe est un fardeau. Ce qu’ils attendent, avant tout, c’est de sentir qu’ils peuvent contribuer, être utiles, servir à quelque chose.
Il est temps d’adopter une véritable Charte nationale de la jeunesse, contraignante et intégrée au futur programme gouvernemental, avec des engagements chiffrés et vérifiables : réduire le chômage des jeunes de cinq points en cinq ans, augmenter de 20% le taux d’inscription électorale des 18-30 ans, et réserver au moins 5% des budgets locaux à des projets portés par ou pour les jeunes. Cela passe aussi par un geste politique fort : chaque parti doit avoir son porte-parole jeunesse, moins de 30 ans, visible, investi sur ses listes législatives et doté d’un réel pouvoir de décision.
Enfin, renforcer les dispositifs du "Pass Jeunes" ne peut se limiter à une annonce de plus, centralisée et vite oubliée : il faut en mesurer l’impact réel, territoire par territoire. Car le Maroc ne se résume ni à l’axe Casablanca-Tanger ni aux seules métropoles côtières. Les jeunes de Youssoufia, Béni Mellal, Arfoud ou Guelmim ont droit à la même attention, avec des politiques adaptées à leurs réalités : mobilité, culture, sport, formation et emploi. La jeunesse marocaine n’est pas un axe, c’est un pays tout entier !
Objectifs clairs, chiffrés et territorialisés
À l’horizon 2030, le Maroc n’a plus le luxe d’improviser : il nous faut des objectifs clairs, chiffrés et territorialisés. En plus du point du chômage, il faut ramener les NEET sous la barre des 20%, grâce à des "Territoires Productifs" spécialisés : Essaouira pour l’industrie créative et culturelle, Ouarzazate pour les énergies renouvelables, Berkane pour l’agro-industrie, Chefchaouen pour le tourisme durable, Tanger pour la logistique… et une plateforme nationale de stages rémunérés, avec quotas régionaux et suivi transparent ; d’autant plus que les PFE viennent d’être annulés dans les parcours académiques.
Ensuite, la participation citoyenne : porter à plus de 30% le taux d’inscrits primo-votants et augmenter de 20 points la participation des 18-25 ans, via l’inscription automatique à 18 ans, des bureaux de vote mobiles, des quotas générationnels (15% de candidats de moins de 35 ans) et des budgets participatifs jeunes dans chaque commune dépassant 20.000 habitants.
Sur l’égalité territoriale, l’urgence est d’assurer le haut débit pour tous d’ici 2028 et de réduire les fractures rural/urbain avec un plan de Voisinage Égalité (transport, culture, santé, numérique) et un "Pass santé mobile" combinant cliniques itinérantes et soutien psychologique subventionné.
Enfin, la culture et l’innovation doivent devenir des droits effectifs : garantir un espace culturel ou jeunesse à moins de deux heures de chaque jeune, avec des Maisons des talents dans chaque province, un Fonds Innovation Jeunes Marocains dédié aux startups culturelles et écologiques, et un "Pass numérique" ouvrant l’accès gratuit à des formations digitales certifiantes. Ce sont là des choix de société, pas des options : le Maroc de 2030 se construira sur la clarté, l’équité et la force de proposition.
Quelle crédibilité si, à chaque fois que vous parlez de "jeunesse", c’est sans projet, sans budget, sans échéance ? Les jeunes veulent voir, mesurer, juger.
Si, autrefois, les slogans et les discours chatouilleux parvenaient à créer de faux espoirs chez les jeunes Marocains, ce n’est plus le cas aujourd’hui, non plus demain. Dorénavant, la jeunesse s’attend à des actes, à une transformation palpable au quotidien, à une rupture avec l’ère où le minimum fut mis en avant, à tort, en tant qu’exploit.
"Le quinquennat 2026-2031 pourrait, et devrait aussi, être celui de la dignité, de l’inclusion et de l’espoir".
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