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Jeunesse marocaine : c’est maintenant !

Plus qu’un capital démographique, la jeunesse marocaine est un véritable levier de soft power, capable de rayonner au-delà des frontières et de porter l’image d’un Maroc moderne et influent.  Et pourtant, combien de fois avons-nous transformé ce potentiel en résultats tangibles ? L’heure est venue d’aller au-delà des demi-mesures.

Le 19 août 2025 à 13h41

"La force d’un pays ne se mesure pas seulement à ses infrastructures, mais à l’énergie vitale de sa jeunesse".

Ce jeudi 21 août, les Marocains célèbrent ensemble une journée pas comme les autres. Évidemment, car il s’agit de l’anniversaire du Souverain, et de la célébration de toute une jeunesse marocaine patriotique, loyale mais toujours en quête d’un certain élan dans le long trajet vers la prospérité économique et sociale. En réalité, célébrer au nom de la jeunesse une fête si personnelle comme l’anniversaire du Souverain constitue un message déchiffré qui a marqué l’Histoire du Royaume pendant plusieurs décennies : la jeunesse marocaine est une pierre angulaire dans le présent et l’avenir du pays.

Mais un capital non activé reste une promesse en suspens. La jeunesse a besoin d’un terrain de jeu réel où exprimer son potentiel

Qu’en est-il de la concrétisation de ces idées? Fait-elle défaut ? Trop ingrat et même nihiliste serait d’affirmer, trop ambitieux et déconnecté serait d’infirmer. En effet, les initiatives structurantes en faveur des jeunes Marocains ne manquent pas, entre autres on pourrait citer Forsa, Intelaka, l’INDH, la couverture sociale, la digitalisation des services publics. Toutefois, les objectifs escomptés ne semblent pas être atteints. Et pour cause, une absence de convergence et de pilotage transversal.

Discours royaux : Une jeunesse omniprésente

La jeunesse marocaine occupe une place fondamentale dans la vision royale. Le Roi Mohammed VI a, à maintes reprises, souligné sa ferme détermination à valoriser ce groupe et à le placer au centre du nouveau paradigme du développement. Dans son discours à l’occasion du 65e anniversaire de révolution du Roi et du Peuple du 20 août 2018, le Souverain a rappelé « la nécessité de placer les questions de la jeunesse au centre du nouveau paradigme du développement » et a donné ses instructions pour « l’élaboration d’une stratégie intégrée pour la jeunesse et de réfléchir aux moyens les plus efficaces de la faire progresser ».

Cinq ans plus tard, soit en 2023, le Roi Mohammed VI a valorisé la jeunesse marocaine dans son discours di Trône le 29 juillet. Une jeunesse qui, « chaque fois qu’elle a eu les moyens de donner la pleine mesure de son sérieux et de son patriotisme, a fasciné le monde par des performances d’un calibre inédit ». Le Souverain a également, dans le même discours, dressé fièrement une liste de projets menés par des jeunes marocains dans des domaines nécessitant un génie créateur et un esprit novateur. Des projets qui « portent témoignage du génie marocain et attestent la confiance placée dans les capacités intrinsèques de nos jeunes, ainsi encouragés à redoubler d’inventivité et de créativité. Ils concourent aussi à la promotion du label « Made in Morocco » et confortent le positionnement du Maroc en tant que destination majeure pour les investissements productifs ».

Clairement, les orientations royales donnent une ligne directrice clairvoyante où la jeunesse est considérée non plus comme une catégorie à accompagner, mais comme un moteur structurant du projet de société marocaine.

L’emploi : De nouveaux horizons à explorer

Et si l’on se mettait dans la peau d’un jeune marocain ? Décrocher un emploi, surtout dans un contexte marqué par les vestiges de l’inflation et de la crise, est devenu une nécessité vitale pour espérer une vie digne. Imaginer pouvoir assister à un match du Mondial 2030 relève presque du rêve, puisque pour beaucoup le prix d’un billet équivaudrait à un mois de SMIG ; alors même que pour des milliers de jeunes, se payer une simple tasse de café pour regarder le match reste un luxe inaccessible.

Les chiffres sont alarmants : le chômage des 15-24 ans avoisine les 30 %, bien au-dessus de la moyenne nationale. Plus inquiétant encore, près de 26,6 % des jeunes Marocains sont classés dans la catégorie NEET (ni en emploi, ni en études, ni en formation), l’un des taux les plus élevés de la région MENA selon l’OCDE. Cette situation traduit la difficulté structurelle d’insertion professionnelle pour la jeunesse marocaine.

L’équation est simple : un jeune sans emploi est un pays sans projection !

Pourtant, l’expérience internationale démontre qu’une volonté forte et assumée peut transformer un secteur précaire en véritable gisement d’emplois décents.

En Espagne, « Ley Rider » une réforme adoptée en 2021 a imposé l’intégration des travailleurs de plateformes numériques dans un cadre salarial formel. Résultat : à partir de décembre 2024, pas moins de 14.000 emplois seront créés à travers une seule plateforme, avec des contrats de travail garantissant protection sociale et stabilité. Cet exemple montre qu’une régulation intelligente peut, en quelques mois, sécuriser des milliers de parcours professionnels pour des jeunes.

Pour le Maroc, il est temps de saisir les opportunités dans des secteurs en pleine mutation, capables de transformer la jeunesse en acteur central de la croissance.

L’événementiel constitue déjà une terre fertile pour la jeunesse, notamment dans la communication, la logistique et la gestion de projets, surtout dans un pays qui attire désormais des événements d’envergure internationale. Mais il ne s’agit pas seulement d’organiser des manifestations : c’est tout un écosystème de métiers annexes design, production audiovisuelle, sécurité digitale, tourisme d’affaires – qui peut devenir un gisement d’emplois décents et qualifiés.

Les métiers du sport et de la sport tech ouvrent également des horizons immenses à l’approche de la CAN 2025 et du Mondial 2030. Applications de suivi des performances, équipements connectés, analyse de données sportives, organisation et promotion d’événements : autant de niches où des startups marocaines peuvent émerger. La perspective d’une « industrie du sport made in Morocco » mérite d’être structurée, car elle pourrait à terme peser autant que le tourisme ou l’automobile dans l’économie nationale.

Les nouvelles filières universitaires et professionnelles – intelligence artificielle, cybersécurité, énergies renouvelables, métiers verts ou création digitale doivent devenir des tremplins stratégiques. Elles doivent être intégrées à des parcours professionnalisants, avec des incubateurs sectoriels régionaux qui accompagnent les jeunes de l’idée au marché.

Au-delà de ces domaines déjà identifiés, trois leviers complémentaires méritent d’être explorés :

  • L’économie créative et culturelle : cinéma, musique, gaming, design numérique. Ces industries pèsent déjà plus de 3% du PIB mondial. Le Maroc, par sa jeunesse créative, peut devenir un hub africain d’innovation culturelle.
  • L’économie circulaire et verte : recyclage, gestion durable de l’eau, valorisation des déchets agricoles. Avec une agriculture qui emploie encore 30% des Marocains, des startups vertes peuvent transformer des contraintes climatiques en opportunités d’affaires.
  • Le digital trade et l’e-commerce régional : plateformes de commerce en ligne, fintechs inclusives et logistique intelligente. La jeunesse marocaine peut devenir le moteur d’une intégration économique africaine par le digital.

Miser sur l’employabilité de la jeunesse, c’est aussi renforcer le soft power économique du Maroc. Chaque jeune qui réussit localement ou à l’international incarne une vitrine vivante du pays et contribue à repositionner le label “Made in Morocco” comme un gage de créativité, de fiabilité et d’influence.

Strategic Delivery Unit jeunesse : le socle opérationnel

À l’instar de la Stratégie de Développement Urbain ou encore de la préparation du Mondial 2030, la jeunesse a besoin d’un cadre stratégique et opérationnel clair, qui passe inévitablement par la création d’une Strategic Delivery Unit (SDU) dédiée à la jeunesse, ou bien son intégration en tant que pilier phare de la Fondation Maroc 2030. Cette SDU devrait avoir pour mission de :

  • Coordonner et piloter toutes les politiques jeunesse
  • Assurer la convergence emploi, formation et inclusion territoriale
  • Produire et partager des données régionales fiables
  • Faire de la jeunesse un partenaire stratégique, et non une simple cible

En parallèle, la création récente de la Fondation Maroc 2030 représente une opportunité à ne pas rater pour inscrire la jeunesse comme un pilier central. Une jeunesse ambitieuse et compétente ne peut que constituer un axe fondateur au même titre que l’investissement, l’innovation et la transition verte. La SDU jeunesse y trouverait naturellement sa place comme outil de gouvernance, de convergence et de performance.

En somme, inscrire la jeunesse dans les instances de gouvernance revient à en faire un pilier transversal, au même titre que l’investissement ou la transition verte. C’est ce choix qui fera la différence entre une gestion conjoncturelle et une vision structurante.

Certes la réussite de l’organisation de la Coupe du monde 2030 constitue un objectif national auquel tous les Marocains devraient contribuer. Toutefois, c’est maintenant ou jamais qu’on devrait assurer la relève du capital humain, les acteurs du développement de demain et les futurs capitaines d’un si grand et historique navire qu’est le Maroc. En 2030, le monde témoignera de l’ingéniosité de nos stades et infrastructures et de notre savoir-faire en matière d’organisation. Au-delà du sport, c’est l’Histoire cette fois-ci qui retiendra l’image d’un État qui se développe pour sa jeunesse et par sa jeunesse. Le match le plus décisif se joue sous nos cieux et sur notre sol. On est mené au score mais la Remontada est toujours réalisable, il ne lui faut qu’un pilotage clair, ferme et sans complaisance.

« L’Histoire ne retiendra pas nos promesses, mais notre capacité à transformer l’énergie de notre jeunesse en prospérité partagée ! »

L’enjeu dépasse le terrain social et économique : il s’agit d’un pari civilisationnel.

La jeunesse marocaine, par son génie et son ouverture, est appelée à devenir le vecteur principal du soft power marocain, un outil d’influence culturelle, économique et diplomatique dans le concert des nations.

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Le 19 août 2025 à 13h41

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