Evénements de Fnideq : le piège mortel tendu par l’Espagne
L'épisode du 15 septembre 2024 à Fnideq, où plusieurs centaines de jeunes Marocains ont tenté de franchir la frontière vers l'enclave occupée de Sebta, soulève des questions profondes concernant les relations entre le Maroc, l'Espagne et, par extension, l'Europe. Cet événement met en lumière un relent colonial dans la politique migratoire européenne. En effet, l'Europe veut l’avantage d’avoir des frontières en Afrique, sans assumer le coût humain, financier et en termes d’image de leur protection. Elle préfère sous-traiter ce "travail ingrat" au pays dont elle occupe illégalement ces frontières et venir cyniquement plus tard lui reprocher la manière "violente" dont il procède pour protéger ces mêmes frontières. Cherchez l’erreur !
Cette politique éhontée crée une tension palpable dans la région, où le Maroc se retrouve dans une position délicate. Il est à la fois partenaire (quand tout va bien) et bouc émissaire (quand on a des comptes à régler avec lui). Les autorités marocaines sont pressées d'endiguer les tentatives de migration tout en faisant face à un malaise social croissant parmi une jeunesse, qui voit dans l'émigration une échappatoire à un avenir incertain. L'immigration, qui devrait être abordée avec empathie et solidarité, se transforme alors en un enjeu où les jeunes Africains deviennent des pions dans un jeu géopolitique plus vaste.
Les tentatives répétées d’émigration et à des intervalles de plus en plus réduits (un nouvel appel vient d’être lancé) sont un signal d’alarme appelant à un changement radical de méthode de la part de l’Europe. L’approche actuelle tient dangereusement du point de non-retour.
L'immigration et le déplacement des populations est une activité humaine indispensable et faisant partie intégrante de l'histoire de l'humanité et de l'évolution des civilisations. Ces mouvements, qu'ils soient motivés par la recherche de meilleures conditions de vie, la fuite de conflits ou toute autre raison, sont des activités légitimes enracinées dans l'essence même de notre existence collective. L'Europe ne peut se permettre de se bunkeriser et de nier ce droit fondamental aux populations en quête de sécurité et de dignité, et faire porter tout le poids de cette politique au Maroc, en le mettant sur le front de la gestion des flux migratoires.
Cette situation est d'autant plus problématique lorsque l'on considère le pillage méthodique des ressources naturelles et des meilleurs cerveaux des pays africains, laissant peu de choix aux populations que d’aller chercher leurs ressources pillées chez ces pays prédateurs. Et c’est leur droit le plus absolu, quel que soit l’habillage juridique par lequel on a cherché à déguiser ce constat élémentaire.
L'histoire coloniale a laissé des cicatrices profondes, et les conséquences de cette exploitation se font encore sentir aujourd'hui, contribuant aux conditions économiques précaires qui poussent les jeunes à fuir leur terre natale. En déniant le droit à l'émigration, l'Europe ignore sa part de responsabilité dans les inégalités mondiales. Les événements à Fnideq doivent donc être compris dans un contexte plus large où les relations entre l'Afrique et l'Europe sont marquées par des dynamiques historiques complexes. Vouloir faire porter le poids humain et financier de cette politique au Maroc, en lui faisant jouer le rôle du garde-frontières de l’Europe est profondément injuste et potentiellement dangereux.
Il est illusoire de croire que le Maroc peut s’interposer longtemps entre les jeunes, qu’ils soient Marocains ou d'autres nationalités et l’espoir d’un avenir meilleur, sans en payer le prix. Avec les crises économique, démographique, institutionnelle et climatique croissantes, les mouvements migratoires vont probablement s’intensifier. Cela créera une véritable "bombe" sociale et humanitaire que l’Europe ne veut pas voir exploser chez elle et préfère voir la déflagration se produire ailleurs. Notre pays, déjà éprouvé financièrement et sur le plan de son image, ne pourra pas supporter indéfiniment cette pression, au prix de sa stabilité interne.
Les images et vidéos (vraies ou fabriquées) des événements tragiques qui circulent sur les réseaux sociaux portent une atteinte mortelle à notre image. Ces mêmes représentations seront cyniquement exploitées un jour par l'Europe quand elle cherchera à obtenir des concessions ou quand certaines parties voudront régler leurs comptes avec le Maroc. Ce dossier met en évidence le double standard de l’Europe, entre grands discours sur les droits de l’homme d’un côté et férocité impitoyable dans la gestion des flux migratoires, de l’autre. La responsabilité de l'Europe dans ce contexte ne peut être minimisée, car elle a souvent utilisé la détresse des migrants pour justifier ses politiques répressives.
Aujourd’hui, l’Espagne et l'Europe doivent choisir une voie responsable et réaliste dans la gestion de ce dossier épineux.
- Soit, elles assument pleinement la protection de leurs frontières africaines et ne plus chercher à faire faire ce "travail ingrat" par notre pays.
- Soit, elles mettent "la main à la poche", en lançant un ambitieux plan Marshall de développement des provinces du Nord du Maroc, afin d'y améliorer les conditions de vie et réduire les motivations à émigrer.
- Soit, elles reconnaissent les nouvelles réalités africaines du 21e siècle et restituent les villes occupées au Maroc, qui en assurera la protection.
Il est temps pour l’Europe de réaliser qu’on ne peut pas avoir le beurre, l'argent du beurre et le sourire de la crémière, tout en gardant les mains propres. Si le ministre Bourita a dit une fois : "le Maroc d’aujourd’hui n’est plus le Maroc d’hier" et que "le Maroc n’est le gendarme de personne", il est temps de joindre les paroles aux actes.
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