États-Unis vs Iran, la stratégie du chaos
Après à peine cinq jours depuis l’attaque israélienne sur l’Iran, l’Amérique menace d’intervenir et brandit la carte d’éliminer le guide suprême et de changer le régime iranien. Quels sont les risques et les conséquences de ce chaos en perspective ?
Au-delà du caractère théocrate du régime iranien, "on ne change pas un régime à coups de bombardements. Les peuples sont souverains de choisir le pouvoir qui leur sied", comme disait Emmanuel Macron, qui fut aussitôt recadré par un certain Donald Trump. Or, ce à quoi nous assistons aujourd’hui est exactement un remake de ce que l’Occident a fait subir à l’Irak il y a un quart de siècle, avec des conditions aggravantes. Car, dans l’épisode irakien, il y avait au moins une résistance honorable de la France, un rejet du Conseil de sécurité, une mise à l’écart d’Israël et, en face, un cavalier seul, ou presque, des États-Unis.
Je vous épargne un flash-back de la guerre d’Amérique en Irak, mais je rappelle juste deux ingrédients importants. Un, l’objectif étant le changement de régime de Saddam hostile au couple américano-israélien. Deux, le prétexte fut monté en toutes pièces au vu et au su du monde entier : des armes chimiques. Le résultat est connu de tous, mais on y reviendra, car des similarités imposent ce come-back dans l’histoire.
Aujourd’hui, que reproche l’Occident à l’Iran ? Voyez bien que je n’ai pas cité Israël. Car cette dernière n’est que le bras armé des États-Unis pour imposer un nouvel ordre mondial, à commencer par le Moyen-Orient. Les autres composantes de l’Occident, notamment la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, le Canada et l’Italie ne sont que les proxys de l’Amérique et que Trump oriente, et réprimande même, comme bon lui semble.
Le tort de l’Iran selon l’Occident, c’est de vouloir développer une arme nucléaire. Du pain béni pour ce bloc afin de décréter un boycott économique, politique et militaire sur ce pays. En d’autres termes, l’affaiblir et le mettre à genoux avant de l’achever. Sans surprise, les éléments de langage de l’Occident à l’égard de cette guerre sont les mêmes qu’auparavant. Un régime de dictature qui oppresse sa population, des autocrates qui menacent "la seule démocratie au Moyen-Orient, Israël", un pays qui présente un risque imminent sur la sécurité des pays occidentaux.
La réalité, c’est que l’Iran est aujourd’hui un pays incapable d’assurer sa propre protection, comme le monde entier est en train de le constater. Comment osent-ils nous vendre un pays capable d’attaquer les États-Unis, l’Europe et leur représentant régional ? En fait, le plan occidental est de démanteler le régime des mollahs et de le remplacer par un gouvernement docile, aux ordres de l’Occident et mettant à leur disposition l’énorme potentiel de richesses naturelles.
Le rapport de force n’étant même pas un sur dix, et la fin du régime iranien, dans l’état actuel de ce rapport et de ce conflit, ne serait plus qu’une question de temps. Soit. Mais qu’en est-il de l’après-guerre ? Car c’est de cela qu’il s’agit. Or, l’Occident n’y a jamais pensé dans ses précédentes interventions militaires pour des changements de régimes. Et là où il est passé, il y a eu le chaos.
En Irak et en Syrie, le néocolonialisme occidental a émergé le groupe terroriste armé Daech, et en Libye l’éclatement délibéré du pays a mis ce dernier sous l’emprise de groupuscules armés. Elle est où, la démocratie que l’Occident promettait aux populations de ces pays ? L’histoire ne retiendra qu’un million de civils tués en Irak, une civilisation enterrée en Syrie et un pays renvoyé à la préhistoire, une Libye déchirée par le terrorisme et devenue un carrefour déstabilisant tout le Sahel en Afrique. En d’autres termes, l’Occident génère le sang, la souffrance, le chaos.
Aujourd’hui, ce même Occident, mené par un Trump guerrier et aventurier, va dans le même sens sans le moindre brin d’humilité pour tirer les leçons d’histoire. L’Iran c’est trois fois plus grand que l’Irak en superficie et en population, avec une géographie des plus difficiles. Croire que faire tomber le régime ouvrirait le pays, sur un tapis rouge, aux proxys de l’Occident est une utopie. Cela donnerait plutôt lieu à une résistance armée dans plusieurs régions reculées du pays. Prétendre dissoudre et fondre dans la nature une armée composée d’un million de soldats et d'officiers et de centaines de milliers de religieux radicaux, c’est mal connaître la géopolitique et l’histoire de la région.
Le pire est donc à prévoir, avec un lot de conséquences qui n’épargneraient pas l’Occident des débris de ce chaos, avec un chamboulement géopolitique qui ne garantit rien ni pour sa sécurité ni pour la survie d’Israël ni pour la protection des alliés de la région. Un scénario cauchemardesque.
Nous sommes en pleine mutation de ce qu’on appelle l’ordre mondial, devenu une grande jungle où le plus fort pourrait à n’importe quel moment envahir un autre pays sous de farfelus prétextes, en s’asseyant sur le droit international et en déclenchant un chaos généralisé du golfe à l’océan et plus.
à lire aussi
Article : Air Transat lance sa première liaison aérienne directe entre Montréal et Agadir
Le premier vol direct de la compagnie canadienne "Air Transat" reliant Montréal à Agadir a atterri samedi 13 juin, à l’aéroport Al Massira avec 194 passagers à bord.
Article : Crimes de masse, mémoire sélective : le procès impossible de l’Occident
De la traite transatlantique aux guerres contemporaines, des génocides coloniaux aux famines organisées, cette contribution de Fatiha Charrat, docteur en sociologie, interroge une contradiction majeure : les puissances qui ont façonné le droit international et se présentent comme gardiennes des droits de l’Homme sont aussi au cœur des crimes les plus structurants de l’histoire moderne. Une réflexion sur l’impunité, la mémoire sélective et l’exigence d’une justice réellement universelle.
Article : Mondial 2026 : avant Maroc-Brésil, Ancelotti teste des bracelets tactiques inspirés du football américain
Sur les terrains d’entraînement de la Seleção, Marquinhos et Gabriel Magalhães ont été vus avec une petite fiche codée au poignet, destinée à mémoriser les placements sur corners et coups francs. Un outil simple, emprunté à la culture NFL, qui en dit long sur la préparation brésilienne : face aux Lions de l’Atlas, le talent ne suffira pas, les détails aussi compteront.
Article : Nabil Benabdallah annonce son départ de la direction du PPS après les prochaines législatives
Invité de l’émission "Li Lhadith Baqya", Nabil Benabdallah a révélé qu’il quittera la présidence du PPS après les prochaines élections législatives, affirmant que le parti "regorge de compétences aptes à prendre le relais".
Article : Le Maroc et l'Argentine explorent les pistes de renforcement de leur coopération économique
Réunis le 11 juin 2026 à Buenos Aires, dans le cadre de la 8ᵉ session de la Commission mixte et de la 6ᵉ session des consultations politiques, le Maroc et l’Argentine ont engagé un dialogue approfondi sur l’état et les perspectives de leur coopération bilatérale, fondée sur l’Accord de coopération commerciale, économique et technique signé en 1978.
Article : “Nidam Tayyibat”, ce régime viral sans validation scientifique qui peut nuire à la santé
Popularisé autour de promesses de digestion améliorée, de perte de poids et de "guérison", ce mode alimentaire exclut notamment les œufs, le poulet, les légumineuses, plusieurs légumes, de nombreux fruits et une partie des produits laitiers. Pour le Dr Mohamed Adahchour, ces restrictions exposent surtout à des carences, à un appauvrissement du microbiote et à des risques métaboliques à long terme.