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Karim El Aynaoui

Président exécutif du Policy Center for the New South (PCNS), vice-président exécutif de l'Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) et doyen de sa Faculté de gouvernance, sciences économiques et sociales (FGSES)

Otaviano Canuto

Ex vice-président directeur général de la Banque mondiale et directeur général du Fonds monétaire international. Chercheur non résident de la Brookings Institution et chercheur principal au Policy Center for the New South.

Comment financer des infrastructures écologiques

Le 24 octobre 2022 à 11h27

Modifié 24 octobre 2022 à 11h31

Pour aiguillonner le développement et combattre les changements climatiques, il faudra aux marchés émergents et aux économies en développement (les MEED) d’énormes investissements dans les infrastructures écologiques au cours des prochaines décennies. Mais beaucoup de ces pays ont peu de marge de manœuvre sur le plan budgétaire, surtout après les chocs des dernières années. Compte tenu de tout cela, pour combler les besoins en infrastructures des MEED, il faut mobiliser l’épargne privée excédentaire dans les économies avancées. La question est de savoir comment.

WASHINGTON, DC - La première étape pour jeter un pont entre l’épargne privée et les investissements en infrastructures dans les MEED est de connaître les besoins des investisseurs. Les investisseurs institutionnels, comme tous les autres types investisseurs en dette et en capital-actions, ont leurs propres motivations, contraintes et objectifs, tous ces facteurs influent sur les affectations de leurs fonds, notamment quels types de projets financer (les sites vierges p/r aux friches industrielles), où et à quel stade du cycle du projet (développement, construction ou exploitation). La couverture inadéquate des risques, le manque de données, l’hétérogénéité des structures des projets, des cadres réglementaires et des normes contractuelles peuvent tous faire obstacle à l’investissement.

Le problème est de définir les “possibilités d’investissement attrayantes” et de canaliser les investisseurs de manière systématique. Au centre de cet effort, on devrait mettre en place un vaste éventail de produits d’investissement bien structurés pour différents types d’investisseurs institutionnels et selon leurs profils risque-rentabilité respectifs. Par exemple, les investisseurs institutionnels (comme les caisses de retraite) pourraient être enclins à participer aux premiers stades d’un projet (avant l’exploitation) si les risques de refinancement sont couverts et les risques de construction éliminés.

Le risque de change pose un autre enjeu pour les investisseurs dans les MEED. Ici, les agences de crédit à l’exportation pourraient être en mesure d’aider, quoique bien souvent à un coût élevé.

Le manque d’instruments financiers appropriés -ainsi que les coûts et la complexité des instruments offerts- constituent encore un autre obstacle potentiel aux investissements en infrastructures dans les MEED. Les instruments à revenu fixe -notamment les obligations (les obligations de projet, les obligations municipales, les obligations infranationales et les obligations vertes, ainsi que le sukuk), et les prêts (les prêts et les coinvestissements directs pour les projets d’infrastructures, et les prêts consortiaux de projets) -peuvent contribuer à résoudre ce problème, car ils pourraient attirer les investisseurs institutionnels dans les MEED.

Réduire les risques de projets et attirer l’investissement privé

Les institutions de finance multilatérales ont un rôle important à jouer pour attirer le capital privé vers les projets à long terme qui pourraient aiguillonner le développement dans les pays et secteurs que les marchés des capitaux perçoivent comme étant à risque élevé. En assurant le financement, en offrant des garanties ou les deux, de telles institutions peuvent réduire les risques de projets et attirer l’investissement privé. Elles peuvent également rallier des partenaires dans certains prêts en consortium.

Pour sa part, le secteur privé dispose d’un nombre d’instruments pour gérer les risques. Ainsi, les entreprises peuvent se servir d’instruments de transfert de risque et de rehaussement du crédit, qui sont actuellement pilotés par les banques nationales et multilatérales de développement. Ces instruments englobent des garanties, des polices d’assurance et des dispositifs de couverture dans lesquels moyennant paiement, un fournisseur consent à rémunérer le concessionnaire (ou ses prêteurs) en cas de défaut ou de perte découlant de certaines circonstances indiquées.

L’assurance contre les risques politiques est particulièrement importante ici. Certains secteurs -comme les télécommunications ou l’électricité -subissent plus souvent la volatilité réglementaire ou les effets de la pression politique (notamment sur les prix). Ceci implique le besoin d’une surveillance accrue des investisseurs en infrastructures et de mécanismes adaptés de réduction des risques.

La clé réside dans la structure financière du projet. L’expérience montre qu’un assortiment diversifié de bailleurs de fonds pour un projet -composé notamment de banques nationales, internationales et multilatérales, et des propriétaires -peuvent empêcher les interventions politiques et amortir les chocs. Et tout comme les alliances stratégiques avec les entités étrangères protègent les acteurs locaux contre les interventions politiques, les partenariats avec les entreprises locales peuvent aider un exploitant d’infrastructures à se départir de leur étiquette d’“investisseur étranger”.

En transformant l’abondance de liquidités et d’épargne d’aujourd’hui en investissements qui font grandement défaut dans les infrastructures écologiques des MEED, les secteurs public et privé ont tous deux d’importants rôles à jouer. Les responsables des politiques doivent rendre plus transparents les cadres juridiques et viser la stabilité politique et réglementaire, en reconnaissant que le secteur public devra en fin de compte assumer tous les frais élevés de transaction encourus par les investisseurs privés lorsqu’ils canalisent des ressources financières vers les MEED.

Les investisseurs institutionnels et les autres intermédiaires financiers, ainsi que les établissements financiers non bancaires, soulignent le plus souvent l’absence d’une filière de projets prêts pour l’investissement. Pour améliorer les options, le secteur public devrait assumer plus de responsabilités pour la conception de projet dans des situations caractérisées par une forte complexité et des risques réglementaires, surtout quand ces risques sont plus difficiles à cerner et à mesurer à l’avance. La plupart des coûts de ce processus peuvent être récupérés lorsque des partenariats publics-privés (comme des concessions) sont créés. La planification et l’établissement des priorités du secteur public sont essentiels.

Mais les investisseurs privés doivent adopter un rôle plus actif, notamment en tirant avantage des outils de gestion des risques à leur disposition. Les marchés financiers et instruments développés et sophistiqués aideraient, car ils donneraient les moyens aux agents financiers de prendre plus de risques selon leur profil de risque et leurs capacités.

Ce ne sera pas facile. Mais avec ces éléments constitutifs, nous pouvons créer les infrastructures les plus importantes de toutes : le pont reliant l’épargne des pays avancés et les besoins financiers des MEED.

Traduit de l’anglais par Pierre Castegnier

© Project Syndicate 1995–2022

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