An 2022 : guerre en Ukraine et nouvelle réorganisation géopolitique mondiale
Il y a un an, l’humanité espérait entamer rapidement la sortie de la pandémie de Covid pour reprendre le chemin de la croissance. Peu d’attention était alors prêtée aux milliers de soldats russes amassés près de la frontière ukrainienne et aux risques possibles de déflagration en Europe. Après vingt ans d’exercices à la tête de l’Etat russe, on croyait Poutine assez mature pour se lancer dans une aventure contre le voisin ukrainien.
À la stupéfaction générale, le président russe est passé à l’action et a ordonné à ses militaires, le 24 février 2022, d’envahir l’Ukraine. Ceux qui pensaient que le XXIe siècle verrait un duel États-Unis-Chine en ont eu pour leur frais. De nouveau, l’Occident se retrouve face aux sempiternelles ambitions russes. La confrontation avec l’Orient, conçue et développée par tant de théoriciens occidentaux, a laissé place à un conflit entre Européens.
C’est cette guerre en Ukraine qui a impacté le plus l’année qui vient de s’écouler, en altérant les rapports de force entre les grandes puissances et entre celles-ci et les pays du Sud. D’autres événements importants ont également émaillé l’année, comme les protestations en Iran, le changement de premier ministre et la fin de l’ère Elizabeth II, la victoire de Lula da Silva au Brésil, la réélection d’Emmanuel Macron en France et de Xi Jinping en Chine, entre autres. Ils se sont ajoutés aux crises structurelles relatives à l’économie et aux conséquences des changements climatiques.
L’incohérence des Européens
La guerre en Ukraine a déteint sur toutes les autres crises de par le monde, dont certaines ont été reléguées au second rang. Tragédie humaine certes, comme beaucoup d’autres, elle a occupé tout l’espace médiatique durant l’année écoulée. Elle a révélé l’incohérence des Européens à faire face seuls aux ambitions russes sans recourir, une fois encore, aux Américains. La démarche de la Finlande et de la Suède d’adhérer à l’Otan pour se mettre sous protection de l’Alliance Atlantique, démontre que sans l’implication de Washington, l’Europe est dans l’incapacité d’assurer seule sa propre défense.
La guerre en Ukraine et la pandémie ont été des accélérateurs des changements au niveau des relations entre États. Suite à ces deux chocs successifs, la reprise économique et le redémarrage des échanges commerciaux ont été plus lents. Avec le conflit ukrainien, cet espoir a vite cédé la place aux craintes de récession. Les différentes sanctions prises par l’Occident à l’encontre de la Russie ont puni celle-ci tout en impactant les économies européennes.
Les sanctions prises contre Moscou ont révélé à l’Europe combien la Russie leur était indispensable. Ce pays, même situé à l’extrême Est du continent européen, en est ethniquement et culturellement proche. L’Union européenne, qui importe 40% de sa consommation de gaz, a été contrainte de mettre fin aux livraisons gazières, pour ne citer que cette matière indispensable à sa croissance économique.
L’Allemagne, qui s’est battue pour faire avaliser par Washington l’achèvement de la construction du gazoduc Nord Stream 2 la reliant à la Russie, a aussi été contrainte de renoncer à cet avantage. L’usage de l’arme économique à travers les sanctions, dont les premières conséquences commencent à se faire sentir en Russie, a eu des effets induits sur le reste du continent européen et bien au-delà.
Le double impact de la guerre en Ukraine
En s’engageant dans cette guerre, et en se mettant l’Occident à dos, Poutine a d’abord ralenti l’ouverture et la modernisation de son pays, qu’il avait entamée depuis son arrivée au pouvoir en 2000. Exclu du système financier international et souffrant de l’embargo contre certains de ses produits, comme des biens sensibles provenant de l’Occident, l’économie russe est entrée dans une spirale dépressive.
On estime que le rouble a perdu 35% de sa valeur depuis le déclenchement de la guerre avec l’Ukraine, et 72% depuis l’annexion de la Crimée en 2014. La baisse du PIB en 2022 est évaluée à moins 7%, et pourrait être encore plus prononcée. Les activités économiques se seraient réduites de 15% à 20%, de même que le revenu réel des populations. La réorientation des besoins russes vers l’autre géant chinois semble illusoire. Coupée de l’Europe, la Russie ne peut être que vassale de la puissance chinoise.
Les sanctions économiques qui ont jalonné l’année 2022 contre la Russie pour la punir de son intervention en Ukraine ont réellement impacté les deux blocs en conflit. Le gel des avoirs russes en Occident comme les sanctions économiques ont certes eu des conséquences sur la Russie. Les Occidentaux en ont eux aussi payé le prix en se privant des grandes opportunités qu’offrait le marché russe.
L’embargo décrété contre la Russie a ravivé les tensions au sein même des pays membres de l’Union européenne. Entre Berlin et Paris, les relations ont été mises à mal en raison des enjeux économiques. Grâce au nucléaire, la France est peu impactée par les importations de gaz russe qu’elle n’utilise que comme combustible de chauffage. L’Allemagne, en revanche, qui mène depuis 2011 une politique de sortie du nucléaire, en dépend largement.
Cette crise économique n’a pas affecté que la Russie et l’Occident ; elle s’est également invitée dans les pays en développement. La baisse des exportations de céréales en provenance d’Ukraine et les retards de livraison y ont provoqué des pénuries et augmenté les risques de famine et de troubles sociaux, notamment sur le continent africain.
Durant toute l’année précédente, les prix des produits énergétiques et alimentaires ont augmenté en raison de la guerre en Ukraine et des spéculations, déstabilisant des pays fragiles et mettant en péril la vie de millions de personnes. Le renchérissement des produits de base et les ruptures d’approvisionnement ont conduit à un niveau d’endettement élevé et à un ralentissement de la croissance mondiale.
Une neutralité stratégique
Pour ces raisons, une grande partie des pays du Sud ont gardé une forme de neutralité face aux belligérants. Certains se sont tournés vers la Russie et la Chine, avec qui ils partagent leur aversion pour l’ordre international instauré depuis la fin du dernier conflit mondial. Le basculement vers ce monde multipolaire ne paraît pas, à leurs yeux, plus nocif que l’ancien pour faire avancer leurs propres intérêts.
La guerre en Ukraine a altéré les relations internationales et accéléré les transformations interétatiques. Elle annonce les prémices d’une nouvelle réorganisation géopolitique mondiale. Celle-ci a déjà commencé par l’établissement des nouvelles alliances entre les pays arabes et Israël ; entre celui-ci et la Turquie ; entre les États-Unis et certaines puissances du Pacifique. Même l’Arabie saoudite, longtemps pro-américaine, s’est ouvertement rapprochée de Pékin et de Moscou.
C’est la même tendance observée en Israël, l’autre allié des Américains. Le gouvernement israélien s’est montré soucieux de ne pas froisser la Russie, avec laquelle il veut maintenir de bonnes relations, et une certaine entente sur le dossier syrien. L’ancien Premier ministre israélien Naftali Bennet a même poussé l’audace à son paroxysme en proposant sa médiation entre les belligérants. Son initiative ne pouvait qu’être déclinée, car Israël elle-même fait échouer toutes les médiations qu’on lui propose avec les Palestiniens.
Un monde unilatéral en fin de vie
Nous ne sommes toujours pas certains que la guerre en Ukraine prendra fin cette année. Cependant, tout prête à croire que la Russie est consciente qu’elle serait perdante à long terme, et que les dangers qu’elle fait courir à sa propre population, à la région, et au monde entier, sont disproportionnés par rapport aux intérêts qu’elle voudrait atteindre.
La surenchère de Poutine sur l’utilisation de l’arme atomique est puérile car ses adversaires, réunis, en possèdent bien plus et en mieux sophistiquées. Personne ne sortira vainqueur d’une telle confrontation.
Le premier enseignement que nous révèle la guerre en Ukraine, c’est que le monde unilatéral, imposé depuis l’effondrement du bloc de l’Est, est en fin de vie. Un autre monde multipolaire et multi-civilisationnel est en train de naître, difficilement, sous nos yeux.
Le déclenchement il y a un an du conflit entre la Russie et l’Ukraine en est un des facteurs transformateurs menant vers ce changement. Le modèle unique et universel imposé par l’Occident depuis 1945 n’est plus l’avenir de l’humanité. Les autres civilisations aspirent légitimement, elles aussi, à avoir une place au soleil. C’est là l’un des enseignements majeurs de l’année qui vient de s’écouler et de cette guerre ukrainienne déclenchée en terre européenne.
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