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À Smara, le polisario s’est suicidé en voulant sauver son projet séparatiste moribond

En cherchant à raviver la tension autour du Sahara marocain et à préserver le statu quo autour de la MINURSO, le polisario et son parrain algérien risquent au contraire d’accélérer leur isolement diplomatique. L’attaque menée contre Smara apparaît comme un tournant susceptible de renforcer davantage la position du Maroc sur la scène internationale.

Le 12 mai 2026 à 13h06

Le polisario vient tout simplement de se tirer une balle dans le pied. C’est sans doute la description la plus adéquate de l’attaque que le groupe séparatiste a menée la semaine dernière contre la ville marocaine de Smara. Tout dans cette attaque laisse clairement entrevoir que le front séparatiste et son parrain algérien n’ont véritablement tiré aucune leçon du cuisant échec qu’ils ont subi à l’automne 2020, lorsqu’ils avaient tenté de modifier le statu quo dans la région de Guerguerat, à l’extrême sud du Sahara marocain.

À Guerguerat, des éléments armés du groupe séparatiste avaient cherché à raviver l’intérêt international autour de la question du Sahara afin de regagner une sympathie mondiale largement érodée. En bloquant le passage des camions marocains vers la Mauritanie puis vers les pays d’Afrique subsaharienne, le polisario espérait provoquer une réaction marocaine disproportionnée qu’il pourrait ensuite présenter au monde comme une prétendue preuve de "l’oppression" et de la "répression" marocaines.

Parallèlement, d’un point de vue purement opérationnel, l’un des objectifs déclarés de cette initiative était de démontrer la capacité du polisario à exercer un contrôle effectif sur ce passage stratégique et à empêcher le Maroc de le transformer en une importante porte d’entrée de marchandises vers l’Afrique subsaharienne. Toutefois, ces calculs stratégiques et opérationnels de l’Algérie et du polisario se sont rapidement effondrés.

Car le Maroc avait alors réussi – avec une facilité qui a surpris de nombreux observateurs – à expulser les éléments du polisario de la zone et à obtenir le soutien de l’écrasante majorité des États membres de l’ONU pour l’opération qu’il a menée afin de garantir la libre circulation des camions commerciaux.

Tout le monde connaît la suite de cette mésaventure séparatiste à Guerguerat. À peine un mois après cet incident, le polisario subissait un revers historique avec la reconnaissance américaine de la souveraineté du Maroc sur le Sahara. Et comme si cela ne suffisait pas, la reconnaissance américaine a été rapidement suivie par le soutien explicite de l’Espagne au plan d’autonomie, puis par la reconnaissance française de la marocanité du Sahara.

Cette longue séquence de revers pour les illusions étatiques du polisario a culminé en octobre dernier avec l’adoption de la Résolution 2797. Comme je l’ai démontré dans un article précédent, cette dernière résolution du Conseil de sécurité des Nations unies a pratiquement clos, et ce de manière définitive et irréversible, le débat juridique autour du conflit. Quoi que prétendent l’Algérie et son poulain, cette résolution a pratiquement consacré le plan marocain d’autonomie comme la seule voie pouvant mener à un règlement définitif de ce différend artificiel.

La MINURSO ne sauvera pas un séparatisme en état de mort cérébrale

Les profondes transformations qu’a connues le dossier du Sahara ces dernières années, combinées à la volonté ferme de l’administration américaine actuelle de débarrasser les Nations Unies de missions n’ayant produit aucun résultat tangible après des décennies d’existence, ont placé la question de l’avenir de la MINURSO au cœur des débats.

En effet, les discussions se sont intensifiées ces dernières semaines au sein du Conseil de sécurité autour de la possibilité de modifier – voire de supprimer – le mandat de la mission et de la rebaptiser entièrement. Pour cause, les réalités politiques actuelles ainsi que les évolutions juridiques du dossier ne justifient plus le maintien de la mission dans sa forme actuelle.

Cela constituerait un coup extrêmement dur pour l’Algérie, qui considère que le maintien de cette mission dans sa structure actuelle – même si elle n’est plus en mesure de modifier la nouvelle réalité juridique – lui offre au moins une marge de manœuvre pour continuer à alimenter son récit trompeur sur la prétendument continuelle pertinence de la thèse, désormais enterrée, du référendum d’autodétermination.

Dès lors, étant donné que la mission principale de la MINURSO depuis la fin de l’année 2003 se limite essentiellement à la surveillance du cessez-le-feu, tout laisse à croire que l’Algérie a ordonné à son poulain séparatiste de mener une attaque à la roquette contre la ville de Smara. Le caractère militairement insignifiant de cette attaque est à la fois essentiel et secondaire.

Car l’objectif n’était nullement d’infliger au Maroc un revers militaire ou opérationnel. Dans leur désespoir de sauver ce qu’il reste de l’irréalisable rêve séparatiste du polisario, ce qui importe désormais pour l’Algérie et les dirigeants du polisario est de continuer à présenter les provinces du Sud du Maroc comme une zone de guerre non résolue entre le Maroc et les séparatistes du polisario.

L’objectif, en somme, est de présenter cette attaque aussi dérisoire que condamnable comme une prétendue preuve que la MINURSO ne peut ni être démantelée ni rebaptisée tant que des tensions subsistent dans la région.

Mais en agissant de la sorte, le polisario s’est effectivement livré à un véritable suicide politique tout en offrant au Maroc une opportunité en or. En effet, Rabat œuvre depuis longtemps à mobiliser ses alliés arabes, africains, asiatiques et américains afin d’obtenir la désignation du Front polisario comme organisation terroriste menaçant la paix et la sécurité internationales.

Et les récents rebondissements qu’a connus le dossier du Sahara démontrent que cette stratégie commence déjà à porter ses fruits. Deux projets de loi ont déjà été déposés au Congrès américain visant à faire classer le polisario comme organisation terroriste. Même si réunir la majorité nécessaire à l’adoption d’une telle législation peut prendre du temps, le simple dépôt de ces textes constitue déjà un développement de très mauvais augure pour le groupe séparatiste.

Que ce projet de désignation du polisario aboutisse maintenant ou dans quelques années, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit déjà d’une avancée porteuse de conséquences graves pour les illusions du polisario et de ses parrains à Alger. Mais au lieu de prendre la mesure de ce message et de s’abstenir de toute initiative pouvant être perçue comme une remise en cause de la dernière résolution du Conseil de sécurité, voire comme une atteinte à la paix et à la sécurité internationales, l’Algérie et le polisario ont préféré s’engager dans une fuite en avant périlleuse. Cette escalade imprudente semblait alors répondre à un pari né d’un désespoir, celui de convaincre les membres du Conseil de sécurité de la nécessité de maintenir la MINURSO dans sa configuration actuelle.

Au regard de l’efficacité dont sa diplomatie a fait preuve au cours des deux dernières décennies, il ne fait guère de doute que le Maroc saura tirer le meilleur parti de ce "cadeau" politique et diplomatique que lui offre cette nouvelle fuite en avant du polisario, aux accents presque suicidaires.

Smara donne un nouvel élan au projet de désignation du polisario

Déjà, la Belgique, la France, le Royaume-Uni, les Émirats arabes unis, le Qatar, l’Arabie Saoudite, le Kuwait, le Bahrain, le Sultanat d’Oman, l’Espagne, la République tchèque, pour ne citer que ces pays, ont tous fermement condamné l’attaque menée par le front séparatiste, tout en réaffirmant que le plan marocain d’autonomie constitue la seule voie crédible pour garantir la paix et la prospérité dans la région du Sahara.

"L’escalade doit cesser conformément à la Résolution 2797 (2025) du Conseil de sécurité des Nations unies, en prenant le plan marocain d’autonomie comme base d’une solution juste, durable et mutuellement acceptable, conforme à la Charte des Nations unies", a déclaré vendredi l’ambassade de République tchèque à Rabat dans un communiqué.

Londres a exprimé une position similaire, soulignant dans son communiqué la prépondérance du plan marocain comme cadre de résolution de la question du Sahara. "Le Royaume-Uni condamne les attaques du polisario du 5 mai, qui risquent de compromettre les efforts de paix. Nous soutenons les efforts de l’ONU et des États-Unis visant à résoudre le conflit du Sahara occidental conformément à la Résolution 2797 du Conseil de sécurité. Nous encourageons toutes les parties à s’engager dans un esprit de compromis afin de parvenir à une solution durable".

Le communiqué émirati est allé encore plus loin, dénonçant l’attaque comme un acte criminel portant les marques de "formes de violence, d’extrémisme et de terrorisme visant à saper la sécurité et la stabilité". De façon encore plus significative, déterminante, Abu Dhabi a réaffirmé avec vigueur sa "position constante de solidarité avec le Royaume du Maroc et leur plein soutien à ses droits souverains légitimes sur le Sahara marocain, ainsi qu’à tout ce qui garantit la sécurité, la stabilité et l’intégrité territoriale du Royaume, contribuant ainsi au renforcement de la paix, de la stabilité et d’une prospérité durable dans la région".

Face à un tel élan de soutien international, porté notamment par des acteurs ayant un poids diplomatique et politique considérable, le Maroc saura sans doute tirer pleinement parti de cette opportunité.

D’autant plus que l’attaque du groupe séparatiste intervient à un moment particulièrement mal choisi pour ses visées territoriales dans les Provinces du Sud. Les États-Unis jouent actuellement le rôle de principal parrain – quoique officieux – des négociations visant à mettre en œuvre la Résolution 2797, laquelle définit de manière claire et sans ambiguïté l’initiative marocaine d’autonomie à la fois comme cadre de négociation et comme point d’aboutissement du processus politique.

Dans ce contexte, ce dernier pari hasardeux du polisario ne fait qu’offrir au Maroc un levier supplémentaire pour intensifier la pression sur le front séparatiste et son parrain algérien. En voulant encore forcer la main du Maroc et des pays qui soutiennent son plan d’autonomie, le polisario et Alger ont – malgré eux – offert au royaume une vitrine précieuse d’où il pourra prendre le temps qu’il lui faut pour éventuellement contraindre l’Algérie et son poulain à se conformer pleinement à la légalité internationale.

Dès lors, le Maroc n’a nul besoin d’attendre que le Congrès adopte une législation désignant officiellement le polisario comme organisation terroriste. Rabat dispose désormais d’arguments solides pour convaincre directement l’administration américaine – soit la Maison-Blanche, le Département d’État ou même le Département du Trésor – de prendre des mesures exécutives afin de classer formellement le front séparatiste comme entité terroriste.

En vertu du droit américain, plusieurs branches de l’administration peuvent désigner des organisations ou des entités comme groupes terroristes sans qu’une législation du Congrès soit nécessaire. Conformément à la section 219 de l’Immigration and Nationality Act, le secrétaire d’État peut classer un groupe étranger comme organisation terroriste étrangère sans qu’une loi spécifique soit adoptée par le Congrès. De même, l’Office of Foreign Assets Control du Département du Trésor peut désigner des individus ou des entités comme acteurs terroristes en vertu du décret exécutif 13224. En outre, la législation américaine confère également au président des États-Unis le pouvoir d’émettre un décret exécutif désignant toute organisation comme organisation terroriste.

Compte tenu du niveau avancé des relations maroco-américaines et de la volonté manifeste de Washington de clore ce dossier territorial conformément à la Résolution 2797, la perspective de voir le Département d’État, le Département du Trésor ou même le président Trump lui-même désigner le polisario comme organisation terroriste n’a jamais semblé aussi plausible.

Dans cette perspective, la décision de la Mission permanente des États-Unis auprès des Nations unies de publier sur X un message condamnant l’attaque de Smara apparaît comme un signal particulièrement révélateur. Tout en soulignant que cette attaque contrevient à la fois à l’esprit du processus politique en cours et aux dispositions de la Résolution 2797, Washington y réaffirme notamment que le plan d’autonomie constitue l’unique base crédible en vue d’un règlement définitif de la question du Sahara.

Ce positionnement laisse clairement entrevoir que, de plus en plus, l’administration américaine semble disposée à accroître la pression sur le polisario et l’Algérie afin de les pousser à se conformer pleinement aux exigences de la Résolution 2797.

Dans ce contexte, le recours aux prérogatives dont disposent le président américain, le secrétaire d’État et le Département du Trésor pour désigner le polisario comme organisation terroriste pourrait devenir l’un des principaux leviers que pourrait mobiliser Washington pour atteindre cet objectif.

L’attaque contre Smara par le polisario met également en lumière l’une des failles les plus persistantes de la politique étrangère algérienne au cours de la dernière décennie. Y compris, entre autres, sa difficulté chronique à appréhender les profondes recompositions géopolitiques ayant traversé le terrain nord-africain, ainsi que son obsessionnelle propension à lire les mutations régionales et internationales à travers un prisme hérité des années 1970 et de la première décennie du XXIe siècle.

Le Maroc a quant à lui largement bénéficié de cette confusion et de cette désorientation stratégique algériennes – lesquelles Rabat a d’ailleurs su parfaitement exploiter. Avec la remarquable habileté, perspicacité et intelligence stratégique dont a fait montre sa diplomatie ces dernières années, le Royaume a considérablement progressé dans l’accélération du règlement de ce conflit territorial qui n’a que trop duré.

D’aucuns, au vu des interminables revers stratégiques qu’a essuyés Alger depuis au moins 2018, pourraient même soutenir que si l’ancien président Abdelaziz Bouteflika était resté au pouvoir, l’Algérie n’aurait probablement pas offert au Maroc une telle succession de cadeaux politiques que Rabat a su exploiter avec autant d’efficacité. En ce sens, la décision du front séparatiste de frapper Smara à un moment aussi délicat constitue peut-être l’illustration la plus éclatante à ce jour de l’état de désarroi, de désorientation et de faillite stratégique dans lequel l’Algérie s’est enfoncée.

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Le 12 mai 2026 à 13h06

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